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Histoire et Stratégies

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La surprise stratégique est-elle encore possible?

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Par le colonel Michel GOYA

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Il y a surprise lorsque les réponses habituelles ne suffisent pas pour répondre à une situation nouvelle. Ce phénomène provoque généralement un temps de stupeur suivi du déclenchement du processus de réflexion qui permettra de trouver de nouvelles réponses. Ce délai, stupeur plus réflexion, est généralement mis à profit par l’agresseur pour une exploitation. La surprise est donc un multiplicateur d’efficacité particulièrement recherché surtout si on se trouve dans un rapport de forces défavorable. Certaines armées classent d’ailleurs sa recherche comme un des principes de la guerre.

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Si une invasion de type 1914 ou 1940 - on parlait d'«attaque brusquée» à l'époque - est exclue dans l'immédiat, il serait présomptueux de prédire combien de temps la France pourra bénéficier de cet état «insulaire». Les situations géopolitiques peuvent évoluer en effet très vite. En 1788, les monarchies entourant la France ne se doutaient pas qu'elles seraient envahies sous peu. En 1932, en Europe, tout allait bien. En 1938 encore, était publié un ouvrage intitulé «Une invasion est-elle encore possible?» et qui répondait par la négative. Les États existent encore qui sont susceptibles d'un «basculement» et d'une fuite en avant nationaliste, y compris parmi ceux qui émergent et dont le budget militaire est en augmentation constante. Par effet de dominos, une nouvelle course aux armements n'est pas à exclure.

 

Il est sous-entendu qu'en cas de «remontée des périls» nous pourrions développer rapidement notre outil de défense. Les exemples des démocraties durant l'entre-deux-guerres devraient cependant nous inciter à une certaine prudence (et particulièrement l'exemple britannique, étonnamment proche de notre situation actuelle).

Mais si on écarte l'hypothèse d'une invasion à court terme, il existe d'autres manières de nous faire très mal en frappant nos ressortissants par exemple ou nos intérêts économiques vitaux. On pense bien sûr au terrorisme, qui, dans sa forme «massive», n'est guère différent d'une frappe militaire, ainsi des attaques du 11 septembre 2001 réalisées par des «missiles de croisière du pauvre». Al Qaïda a simplement innové, non pas techniquement mais méthodologiquement et culturellement (le combattant suicide est un phénomène récent dans le sunnisme). Et nul ne peut nier que les résultats ont été stratégiques.

Comme ce type d'attaque n'est plus vraiment surprenant, il faut logiquement s'attendre à d'autres formes d'agressions et peut-être d'autre angles d'approche. Une série d'émeutes, même si les effets en sont très limités, peut-être d'une certaine manière une surprise stratégique. Comme certains mouvements de foule récents, elles illustrent les possibilités de mobilisation à distance offertes par les technologies de l'information - on parle de «levée en masse électronique». Ce n'est qu'un exemple des possibilités offertes à une organisation malfaisante. On pourrait également parler des attaques massives sur les réseaux électroniques comme en Lettonie récemment.

Tous ces exemples semblent démontrer que, fort de notre supériorité, si surprise il doit y avoir, elle serait recherchée hors du champ militaire. Ce n'est pas évident car avec l'extrême sensibilité aux pertes des nations occidentales on dépasse rapidement le simple niveau tactique. Les attentats d'octobre 1983 à Beyrouth ou les combats de Mogadiscio en octobre 1993 - «La chute du faucon noir» - sont des surprises tactiques qui ont scellé le sort de deux opérations importantes. En novembre 2004, la frappe aérienne sur Bouake et les agressions sur les ressortissants français en Côte d'Ivoire cherchaient sans doute des effets similaires.

 

Le phénomène militaire nouveau est que, depuis 2003, plusieurs armées occidentales ou de type occidental, comme Israël, ont subi des échecs «surprenants», avec des conséquences politiques majeures. En 2003, les Américains ont mis des mois pour accepter l'idée même d'une guérilla irakienne, puis ont été étonné de sa résistance. L'année suivante et dans le seul et même mois d'avril, ils ont été surpris successivement par la résistance de la ville de Falloujah - devenue ainsi la première victoire militaire du monde arabe contre les États-Unis -, par la diffusion des images des exactions d'Abou Ghraïb et par le soulèvement chiite mahdiste. Dans ce dernier exemple, les contingents italiens et espagnols, entre autres, se sont retrouvés impuissants face à des bandes de centaines d'adolescents armés de kalashnikovs. Personne n'avait prévu qu'une telle violence puisse survenir et fourni les moyens d'y faire face. En 2006, en annonçant l'envoi d'un contingent britannique dans le sud de l'Afghanistan, John Reid, le ministre de la défense de l'époque assurait qu'aucune cartouche ne serait tirée. Le premier bataillon d'infanterie envoyé en tirera finalement plus de 120.000 en cinq mois car cette implantation coïncidait avec une offensive des Talibans d'une ampleur et d'une efficacité inédite. À la même époque, l'armée israélienne, une des plus puissantes au monde, était tenue en échec pendant un mois par une milice d'une dizaine de milliers de soldats.

 

Toutes ces surprises sont dues à des lacunes en matière de renseignement, à une incompréhension et souvent une sous-estimation de l'ennemi mais surtout au fait que personne n'avait envisagé le cas où les choses ne se passent pas comme prévu. Ce n'est donc pas seulement un problème d'alerte mais aussi d'anticipation intellectuelle. Il faut être conscient aussi que malgré tous les efforts, il restera impossible de prévenir toutes les agressions et d'empêcher toute surprise. Nous devons donc être capables de réagir et pour cela il est nécessaire de disposer de ressources suffisantes. C'est le vieux concept militaire d'«élément réservé», que certaines armées placent à côté de la surprise parmi les principes de la guerre.

 

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