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Tactique générale

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La surprise tactique en Afghanistan

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Par le CNE (TA) Matthias de LARMINAT

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L’approche actuelle du conflit afghan tend à marginaliser la réflexion tactique par le biais d’une focalisation sur la population, l’adaptation des moyens ou l’approfondissement des mesures de sauvegarde. Or la victoire tactique reste fondamentale en contre insurrection. L’anthropologue de la guerre Ardant du Picq rappelle que « les 3 ressorts inébranlables du guerrier demeurent la peur, l’instinct de survie et la surprise ». Pour des insurgés endoctrinés et très religieux, les deux premiers semblent difficiles à fragiliser. La surprise, en revanche, facteur d’incertitude, apparaît comme un objectif crédible pour affaiblir la rébellion. Dans un contexte globalement défavorable à la surprise initiale, seule la capacité de manœuvre en réaction pourra recréer les opportunités permettant de densifier le brouillard de la guerre et de surprendre des insurgés aguerris.

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Un contexte défavorable à la tactique initiale

 

En dépit de capacités disproportionnées, l'incertitude n'a pas totalement changé de camp : les coalisés peuvent écouter, localiser, tirer sans être vus grâce aux drones armés. Ils conduisent des raids et des actions de ciblage via un méticuleux travail de renseignement coup à des structures dédiées (fusion cell) et des forces spéciales en bout de chne. Et pourtant les résultats restent limités. Les insurgés pallient en effet leur faiblesse par une extrême mobilité et des adaptations de circonstance, telles de simples couvertures pour masquer l'image thermique. Bien qu'ils se sachent observés en permanence et potentiellement cible du targeting, la pression psychologique liée à l'incertitude n'est finalement pas suffisante pour limiter durablement leur liber d'action.

 

Au-delà de l'impact limi de missions spécifiques dédiées aux forces spéciales, agir par surprise avec des troupes régulières apparaît comme une véritable gageure. Plusieurs facteurs viennent se combiner pour rendre la tâche délicate. D'une part, dans ce pays intrinquement guerrier, où les habitants apprennent la géographie au prisme des capacités agricoles mais aussi aux vues des capacités tactiques, il apparait illusoire de surprendre par le terrain. De même, la culture du renseignement interdit la sauvegarde véritable du secret des opérations alors que tous nos mouvements sont observés et que les Afghans employés via l'externalisation sont systématiquement débriefés. Nos opérations de déception restent également trop limitées en volume, dans le temps et dans l'espace pour atteindre un effet véritable. Les tacticiens doivent donc intégrer comme présuppo que la surprise initiale sera très réduite.

 

Enfin, surprendre c'est avant tout n'être ni lisible ni prévisible par l'adversaire. Or aujourd'hui, notre approche cartésienne de la guerre joue contre nous. Ainsi, notre préparation technique de très  grande  qualité,  pour  essentielle  qu'elle  soit,  facilite  la  reproduction  par  le  jeu  des détachements d'assistance opérationnelle. Sans rejeter en bloc ce processus qui garantit la transmission d'expérience, cet apprentissage très technique ne doit surtout pas être le soleil éblouissant qui occulte la grande tactique. Nos chefs de terrain doivent chercher à s'affranchir de cette technici au risque, comme le soulignait justement le comte Jacques de Guibert, de s'y engluer au dépend de la lucidité d'analyse.

 

Si la complémentarité des actions tactiques et d'influence va dans le sens de la duperie de l'adversaire, la surprise viendra surtout de notre capacité à recréer les conditions permettant de manœuvrer.

 

Surprendre par une capacité renouvelée de manoeuvre et d'exploitation.

 

En contre rébellion, la bataille décisive n'existe pas. La bataille de Normandie de le pas à une succession de micro-combats complétée d'une stratégie globale censée assécher le marais de la rébellion. Malgré cela, l'importance des victoires tactiques demeure, et l'attrition infligée aux réseaux insurgés reste fondamentale au sein de l'approche globale. Fort de ce constat, la surprise tactique, corollaire historique de la victoire, peut et doit être retrouvée par notre capacité à réagir dans des opérations au rythme et à la durée favorisant le combat.

 

Cela suppose d'abord de parvenir à initier le cycle d'action - contre-réaction sans lequel vouloir exploiter reste utopique. Pour cela, la manœuvre rassurante consistant à concentrer toute sa force sur le centre de gravi au plus vite doit être absolument bannie car elle inhibe la combattivité des insurgés. C'est ainsi que l'une des plus grandes opérations aéroportées conduite en Afghanistan, l'opération « Normandy Eagle » en août 2010, en dépit de résultats certains par ailleurs, n'a pas permis d'infliger de fortes pertes aux insurgés qui ont fait profil bas du fait d'un rapport de force trop déséquilibré d'emblée. La concentration des forces doit donc céder la place à la concentration des effets. On pourra combiner une empreinte au sol minimale, juste suffisante pour faire réagir les insurgés, avec une capacité de réaction via des moyens peu visibles de la zone d'opérations.

 

Enfin, le jeu de l'action-réaction devra être entretenu dans la durée afin de favoriser la concentration des insurgés. Pour cela, la rupture de rythme apparaît essentielle. Elle peut prendre de nombreuses formes, tel un retrait partiel simulé, temporaire, une relance subite de l'action plus en profondeur, des dispositifs de contre embuscade... Elle seule permettra de pousser l'adversaire à la faute en le bousculant dans ses habitudes. Il s'agira notamment de rompre avec la linéarité habituelle de nos opérations au cycle préparation - action - désengagement  bien connu. Cette linéarité prête d'ailleurs le flanc à une action insurgée lors des phases qu'il sait délicates, telles que le désengagement. Nous devons donc sans cesse réinventer un rythme pour chaque manœuvre.

 

Ayant ainsi créé les conditions favorables à l'exploitation, nous devons être capables de saisir rapidement les opportunités ainsi dévoilées. Il faudra pour cela atteindre une réelle alchimie entre moyens et planification.   Exploiter  signifie avant tout disposer d'une capaci de manœuvre, d'une réserve; or nous voici pris en flagrant délit de faute contre la doctrine avec une brigade à 2 éléments de manœuvre... Pour être efficace et créer des ruptures, cette réserve doit être particulièrement  mobile.  Or  le  cruel  vide  capacitaire  en  moyens  3D  gros  porteurs  vient lourdement pénaliser la mobilité en réaction, la planification avec les alliés américains exigeant des délais en amont. En dépit de ces difficultés, la capture du chef insurgé Eshanoulah suite à une infiltration  à  pied  par  une  compagnie du 2ème  RIMA  en  février  2011,  dans  une  zone considérée comme refuge par les insurgés, atteste parfaitement de la validité de la surprise en phase d'exploitation. La subsidiarité a pleinement favorisé le processus de réaction-exploitation, mais il faut prendre garde à ne pas contraindre cette liber par la centralisation excessive d'une brigade à deux pions.

 

Enfin,  dans  ce  jeu  d'action-réaction  permanent,  la rapidi d'apprentissage  demeure fondamentale et l'intégration des moyens offerts par l'adaptation réactive une priorité. De la même manière que Guderian avait su tirer profit de l'avantage offert par l'usage de systèmes radio, nous parvenons à surprendre efficacement les insurgés lorsque nous combinons harmonieusement l'ensemble de nos capacités, accélérant par là le processus décisionnel et la précision. La neutralisation d'un groupe insurgé en mouvement par un hélicopre dirigé grâce aux observations d'un ballon d'observation PTDS1  et d'un drone lors de l'opération Blacksmith Hammer en Décembre 2010 atteste de l'efficacité d'une intégration correcte des moyens.

 

 

 

 

Si de prime abord la surprise semble l'apanage des insurgés, rappelons-nous comme le disait si justement Alain combien le pessimisme est d'humeur, l'optimisme de volonté. Le brouillard et l'incertitude pourront être réellement densifiés grâce à un renouvellement permanent de la manœuvre.  Cela  exige  inventivité  et  créativité  à  tous  les  échelons  afin  d'imaginer  des manœuvres a-rythmées et sans cesse réinventées.

 

La prise de risque, corollaire de la surprise tactique, restera une des conditions du succès. Mais à l'heure de la judiciarisation, il n'est pas sûr que la devise des SAS « who dares wins » trouve un écho auprès des juges. Cette nouveauté n'est elle pas de nature à remettre en cause le caractère sacré de la mission ?

 

 

1 Permanent Threat Detection System

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