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Histoire et Stratégies

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Le combat des Cadets de Saumur 1ère partie

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Par le CBA Eric Henrio

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« Vous êtes, messieurs, une génération de sacrifiés. Demain vous serez tous morts. » Colonel Charles Michon, juin 1940

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Cette phrase à elle seule laisse entrevoir l’état d’esprit qui prédominait ce jour de juin 1940. Le Colonel MICHON, commandant l’école de cavalerie, vient de s’adresser à ses élèves et aux éléments disparates qui demain prendront place sur cette dernière ligne de défense qu’est la Loire. Il faut bien avouer que cette harangue brutale ne visait qu’à galvaniser une troupe sous équipée, inexpérimentée et en nombre insuffisant, face à un ennemi victorieux et autrement plus nombreux. Le colonel Michon sera entendu au-delà de ce qu’il était possible d’imaginer et laissera à la postérité le soin de juger son action et celle de ses hommes.

Le contexte général : une armée en déroute :

Après l’offensive de mai 1940, la France ne dispose plus alors que de 40 divisions parvenant toutefois à se replier en bon ordre, face à 138 divisions ennemis attaquant sur 3 axes en direction de Rouen, Paris et Dijon. Remplaçant le Général Gamelin le 19 mai à la tête des armées, le Général Weygand ne peut cependant que constater l’ampleur de la catastrophe. Ne pouvant repousser l’invasion, il décide fin mai de défendre toutes les coupures humides afin d’empêcher la progression ennemie vers le SUD.
Ce miracle n’aura malheureusement pas lieu. Juin 1940 voit les forces armées allemandes percer le front sur la Sommes et l’Aisne. Le 3eme Reich déferle sur le pays. Politiquement, la France est aux abois. Le gouvernement, divisé sur les mesures à prendre, est replié sur Bordeaux depuis le 10 juin. Le président du conseil, Paul Reynaud, démissionne et le Maréchal Pétain est appelé alors à former son gouvernement. L’armistice est demandé le 17 juin. Malgré ce désastre national, la Loire sera défendue.


La Situation locale : des préparatifs sous pression
La défense de la Loire incombe alors au Général VARY commandant la IXe Région militaire et son adjoint le Général PICHON. Cette ultime ligne de défense est divisée en secteurs, et le secteur de Gennes-Saumur- Montsoreau est ainsi confié à l’Ecole de Cavalerie fin mai.
La défense s’organise dès le 28 mai et les quatre points de franchissement sur un front de 40 km vont être l’objet de toutes les attentions du Colonel MICHON et de l’école de Cavalerie. Ces quatre points permettant de franchir la LOIRE d’EST en OUEST, sont les ponts de GENNES, le double pont de SAUMUR, le viaduc de chemin de fer et le pont de MONSOREAU. La surveillance et le contrôle des accès à ces ouvrages sont renforcés et l’ambiance saumuroise devient de plus en plus pesante et électrique. Des groupes civils de surveillance se créer spontanément et la tension est palpable partout. Le flot de réfugiés, de blessé et de troupes éparses s’intensifie, laissant présager l’orage.
Puis c’est un premier bombardement le 8 juin et un second le 13. Si ces deux raids sont de faible ampleur, le conflit se rapproche néanmoins et est maintenant aux portes de la ville. Pour répondre à l’avancée allemande, les préparatifs s’intensifient également. Des éléments du 6ème régiment du Génie viennent prêter main forte : mise en place de barrage antichars sur l’ile Offard, destruction d’un barrage et remise en eau du bras NORD de la LOIRE, minage des ponts.
Le 15 un ordre tombe, émanant de la direction de la cavalerie dont dépend l’école. Cet ordre annule tout simplement celui du commandement de la Région Militaire de défendre la LOIRE. La stupéfaction du Colonel MICHON et de son chef d’état-major, le Chef d’Escadrons LEMOYNE, est totale. Leur indignation l’est tout autant. L’école et ses éléments doivent se replier sur MONTAUBAN. Loin de se résigner, il obtient le droit de demeurer sur place avec les éléments pouvant combattre tout en renvoyant le 18 juin les éléments de soutien vers l’arrière (les services administratifs et d’intendance mais également les 800 chevaux que compte l’école). La préparation du dispositif défensif peut continuer.
Cette défense ne fait pourtant pas l’unanimité à Saumur. Les relations entre les autorités civiles et le Colonel MICHON ont toujours été quelque peu délicate. Elles deviennent franchement difficiles lorsque le maire Robert AMY, appuyé par le sous-préfet, demande au Général VARY d’obliger son subordonné à déclarer SAUMUR ville ouverte.
L’annonce de l’armistice le 17 juin tombe à Saumur à 12h30. Ce couperet vient encore un peu plus compliquer une situation déjà critique. Le Colonel MICHON rassemble l’école. Après avoir exposé cette déclaration aux cadres et élèves, tous se portent pourtant volontaire pour continuer le combat. Ils se tiennent prêt à accueillir l'ennemi.
Ce 17 juin au soir, la première unité française à faire acte de résistance sera une école.



Les acteurs : Un rapport de force défavorable :

            Les Allemands :

Après la prise de Paris, la progression allemande se poursuit à l’Ouest. Après un temps d’arrêt au SUD de CHARTRES, l’état-major de la 4ème armée décide d’envoyer ses unités blindés sur le grand ouest afin d’empêcher la création d’un réduit breton et de prendre les villes de BREST et CHERBOURG. Ce n’est donc pas un déferlement de panzers qui arrive sur SAUMUR mais principalement une unité de cavalerie traditionnelle dont une grande partie est montée. Il s’agit de la 1ère division de Cavalerie qui deviendra plus tard la 24ème Panzer Divizion (des éléments de la 11ème division d’infanterie prendront également part aux combats). Cette division a été formée en Prusse Orientale et a été renforcé. Elle se compose de 4 régiments de cavalerie, en partie montés, un régiment d’artillerie doté de canons automoteurs, de deux bataillons cyclistes, d’un groupe antichars et de deux groupe DCA. Ses avant-garde sont des éléments légers mécanisés, comportant également des motocyclistes, de gros camions à 6 roues et quelques auto-mitrailleuses.

La mission de la division est de foncer vers le sud et de s’emparer des ponts sur la LOIRE à SAUMUR, MONTSOREAU et PORT BOULET. ( Dr F. M. v. Senger u. Etterlin jr, Die 24. Panzer-Division vormals 1. Kavallerie-Division ( 1939-1945 ), Kurt Vowinckel Verlag, Neckargemünd, 1962 ( Bibliothèque du S.H.D. à Vincennes ). et article du commandant Even cité au dossier précédent ). Malgré des axes engorgés de réfugiés et de troupes en retraite, la progression est fulgurante. La division progresse de 200 km en une journée, allant même jusqu’à laisser dans des enclos identifiés les chevaux des éléments montés, les cavaliers poursuivant alors à byciclettes. Les avants gardes arrivent devant Saumur le 19 vers minuit. Malgré leur rapidité, elles ne bénéficient d’aucun effet de surprise. Les positions françaises ont été préparées avec minutie et l’avancée ennemie est repérée par deux chefs de gare qui donne l’alerte. Si le pont de PORT BOULET restera praticable malgré les efforts déployés pour le détruire, les premières charges explosent sur le pont Napoléon (Saumur Ile OFFARD), suivies à 2h par celles de MONTSOREAU, à 3 h par celles du viaduc de chemin de fer, à 16 h par celles de GENNES. La saisie des points de passage sera donc plus compliquée.

Prenant son temps, l’état-major allemand est malgré tout certain de sa supériorité. Le gros des troupes rejoint l’avant-garde pendant toute la journée du 19 juin.

         Les Français :
Les effectifs combattants de l’Ecole semblent dérisoires comparés aux moyens adverses. Le gros des effectifs est fourni par les Elèves-Aspirants de Réserve arrivés en mai à l'Ecole. Organisés en brigades d'instruction et encadrés par des lieutenants expérimentés, ils sont environ 790 (550 Elèves Aspirants de Réserve de Cavalerie et 240 du train). Chacun est armé d’un mousqueton d’exercice et doté de 40 cartouches. Un ensemble hétéroclite de troupe vient s’adjoindre à ce noyau dur : une compagnie de tirailleurs Sénégalais à l’instruction, un groupe de reconnaissance d'infanterie, un escadron du 19 ème Dragons, les enfants de troupe de l'Ecole, et même des pompiers de Paris.
Quelques éléments semblent plus solides. C’est le cas du premier groupe franc de Cavalerie du Capitaine NEUCHEZE. Unité en cours de reconstitution au Coudray-Macouard, elle dispose encore d’un escadron motocycliste, d'automitrailleuses et de pelotons blindés formés surtout de 7 automitrailleuses ACG1 et de 5 chars Hotchkiss. A ces quelques matériels lourds, viennent s’ajouter quelques chenillettes et armes antichars du Centre d’organisation mécanique de la cavalerie de FONTEVRAUD. Les effectifs disponibles montent alors à environ 2200 hommes auxquels viendront se joindre deux compagnies d’Elèves Aspirants de Réserve d’Infanterie de SAINT MAIXENT.
L’équipement est également assez hétéroclite. Outre l’armement individuel, l’approvisionnement en fusil mitrailleur (une centaine), mitrailleuse (une vingtaine) et grenade est plutôt bon. 11 mortiers (4 de 81 et 7 de 60), 17 canons (3 de 37 ; 10 de 25 et 4 de 75) complèteront les matériels disponibles.
Les moyens de communication sont ceux dévolus à l’instruction. La radio fonctionne mal et les responsables de secteurs utiliseront le téléphone public jusqu'à la destruction du central de Saumur, utilisant ensuite des estafettes.
Le dispositif défensif adopté par le Colonel MICHON et son chef d’état-major est simple. Les brigades d'élèves-aspirants sont placées sur un mince couloir le long du fleuve sur la rive OUEST, un homme tous les 30 mètres. Les débouchés des ponts sont renforcés, quelques points d'appui placés en seconde ligne, les éléments mécanisés lourds formant une réserve à l'arrière (4km à l’OUEST de SAUMUR). Un peloton motorisé est envoyé le 16 juin au NORD afin de renseigner sur le dispositif et l’avancée allemande.

A suivre ...
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