Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
Histoire et Stratégies

Image
Saut de ligne

LE COMBAT DES SOUS GROUPEMENTS DE LA 2ème D.B.

Image

Les groupements et sous groupements immortalisés par les divisions blindées de l’armée de la Libération trouvent leur origine dans l’Instruction pour l’emploi des grandes unités de 1936, dite IGU 36. L’armée française a en effet mis sur pied sa première grande unité blindée, en 1934, la division légère mécanique (D.L.M.), appelée à moyen terme à devenir la grande unité type de la cavalerie.

Image
Image
Cette division est articulée organiquement en deux brigades, l’une de chars à deux régiments et l’autre comprenant un régiment de découverte[ii] et un régiment de dragons portés qui constituait alors une véritable infanterie portée[iii]. Paradoxalement, cette articulation régimentaire ne correspond pas toutefois aux conditions d’engagement de la division, destinée à l’exploitation plus qu’à la rupture. Aussi, sous l’impulsion du général Georges, les rédacteurs de l’IGU se sont appliqués à préciser la constitution de groupements mixtes, soit de découverte, soit de combat, sur la base des escadrons de dragons portés (9 répartis en 3 bataillons) avec soit, des escadrons de découverte sur leurs AMD[iv] Panhard, soit de chars, des SOMUA, sous forme de groupements de découverte ou de combat. Leclerc, lui même cavalier, a préparé le concours de l’Ecole de guerre à Saint Cyr[v] entre 1936 et 1938. Comme tous ses camarades candidats, l’IGU est un véritable livre de chevet, afin de résoudre les thèmes tactiques auxquels il est astreint. Par ailleurs, après le début de la Seconde guerre mondiale, l’armée américaine doit assurer sa montée en puissance, seule la Flotte ayant été développée en temps de paix. Marshall confie alors la formation des officiers de l’Armour[vi] à Patton qui s’installe à Fort Benning. Francophile et ayant conservé un vif souvenir de son séjour sur le front de France en 1918, celui-ci monte des exercices en s’inspirant des règles édictées par l’IGU 36. C’est ainsi qu’il en vient à prôner la dissociation des brigades organiques de la toute nouvelle armoured division pour constituer des groupements, dénommés Combat Command. C’est ainsi que par un curieux retournement de l’histoire, la Wehrmacht sera vaincue en Europe par une armée qui s’est directement inspirée de la doctrine de l’armée française écrasée en 1940[vii] « par la force mécanique ».

Leclerc était tellement imprégné de cette notion de groupements qu’en février 1941, ayant rassemblé à Faya Largeau une colonne de circonstance contituée d’éléments hétérogènes, il l’articule en un groupement mixte de découverte et deux de combat et c’est à leur tête qu’il se lance à l’assaut du fort d’El Tag dans l’oasis de Koufra à l’issue d’une infiltration de près de 1000 kilomètres dans le désert libyen. Lorsque la mise sur pied de la 2ème D.B. lui est confiée au Maroc fin 1943, d’emblée, il organise sa division sous la forme de trois groupements tactiques (GT) dont il confie le commandement à ses trois chefs de corps les plus anciens, chaque GT reprenant l’initiale du patronyme de son chef : Dio, commandant le RMT[viii], Langlade le 12ème R.C.A et Warabiot le 501ème R.C.C.[ix]. Les sous groupements seront confiés, pour le R.M.T. aux commandants de bataillon et pour les régiments de chars aux officiers supérieurs des régiments respectifs. Leurs noms vont rapidement devenir célèbres : parmi eux, il suffit de citer Guillebon, La Horie, Rouvillois, Cantarel, Quilichini, Noiret, Massu ou Putz.

Cette organisation en sous groupements, très souple, non figée et adaptable aux circonstances, (noyau dur d’un ou deux escadrons de chars, une compagnie d’infanterie, un peloton de TD[x], des éléments d’éclairage et un DLO) permet un style de commandement très décentralisé et imprimait un rythme rapide à la manœuvre : Depuis un PC tactique, Leclerc peut ainsi, en conduite, commander directement les sous-groupements de tête, le PC principal prenant à sa charge les indispensables mesures de coordination avec les groupements. En outre, s’agissant du maintien du rythme de la manœuvre, il n’est pas remis en question par des ré-articulations en cours d’action, les unités étant déjà mixées, ce qui facilite également les rattachements logistiques. L’emploi de ces sous groupements de circonstance devient presque systématique.

C’est ainsi qu’en Normandie, entre Le Mans et Alençon, face aux bouchons anti-chars mis en place par la 9ème Panzer dans le cadre de son action de retardement, Leclerc a pu décupler le rendement des unités des groupements Dio et Langlade en utilisant tous les axes libres. Il va même, avant Alençon, jusqu’à constituer lui même un sous groupement de circonstance confié à Noiret avec lequel il peut s’emparer du pont d’Alençon, objectif de Langlade qui fut fort dépité d’y être coiffé par son chef et de s’y faire copieusement « engueuler ». A Paris, tandis que le groupement Billotte est ralenti sur l’axe de la RN 20, Leclerc confie à Dronne un détachement mixte, sa compagnie du RMT, un peloton de chars[xi] et peloton de reconnaissance du 1er Spahis avec mission de précéder les gros de la division en s’infiltrant jusqu’à l’Hôtel de Ville, objectif à atteindre une heure plus tard. Quant aux sous groupements de Langlade, devant aborder Paris par l’Ouest, c’est par des itinéraires détournés qu’ils atteignent les ponts de Sèvres et de Saint Cloud. A Baccarat, le sous groupement Rouvillois pénètre dans la ville par le Nord, alors que les Allemands sont fixés face au sud par le reste du « GT D ». Mais la plus belle manœuvre des sous groupements demeurera le forcement de la ligne de défense des Vosges, permise grâce à l’action du sous-groupement la Horie à Badonvilliers, le double débordement de la résistance de Saverne – au nord par Quilichini à la Petite Pierre et au sud par Massu par Dabo - et la « charge » en plaine d’Alsace en exploitation vers Strasbourg de l’ensemble de la 2ème D.B., largement déployée en sous groupements pour aborder simultanément toutes les résistances[xii] défendant les accès de la capitale alsacienne dont la garnison capitule très vite. Malheureusement, peu adaptée au combat en zone urbaine, du fait de la faiblesse quantitative de son soutien d’infanterie, la division ne peut atteindre le pont de Kehl et Strasbourg demeurera sous le feu allemand jusqu’au contrôle de la plaine de Bade par la 1ère Armée en avril suivant.
Témoignage de la vigueur de leur engagement, le tribut payé par les commandants de sous groupements n’a pas été anecdotique puisque deux d’entre eux, La Horie avant les Vosges et Putz en Alsace ont été tués au combat.

Cette recherche de la valorisation des capacités de manœuvre par un mixage systématique des unités et par une adaptation permanente de celles-ci au terrain et à l’ennemi est un souci constant chez Leclerc. Pour la rédaction de ses ordres quotidiens, Leclerc avait donné comme consigne à son état-major de consacrer un paragraphe aux enseignements des combats livrés la veille par les unités de la division et s’en réserve souvent personnellement la rédaction. Dans l’OPO de la 2ème D.B. du 11 août, on peut y lire :
« L’expérience de cette première journée de guerre est qu’il est indispensable, en fonction du terrain et des facilités qu’il donne à l’ennemi dans sa mission de combat retardateur, de faire le maximum de détachements de toutes nature (1 peloton de chars, 2 sections d’infanterie, 1 groupe[1] de TD, quelques obusiers), chacun de ces détachements étant lié à un axe ou une zone. C’est dans leurs zones respectives que chacun des commandants de sous-groupements doit manœuvrer ses détachements et c’est entre ces commandants de sous groupements que le commandant de groupement doit établir son idée de manœuvre. »
            On ne saurait mieux illustrer l’emploi actuel des sous groupements tactiques interarmes, redécouverts il y a quelques années.


[1] On dirait aujourd’hui une patrouille.


[i] Au sein des 1ère et 5ème D.B., ils avaient conservé l’appellation américaine de combat command, tandis que Leclerc avait francisé ce terme en groupement tactique (GT) au sein de sa division.
[ii] Terme de l’époque pour désigner l’actuelle notion d’éclairage, quoiqu’au niveau divisionnaire, la découverte de l’époque ait une portée plus profonde que l’actuel éclairage.
[iii] Ce qui n’existait pas dans l’infanterie, puisqu’au sein des régiments d’infanterie motorisés, seuls les trains de combat étaient réellement motorisés, les bataillons étant uniquement transportés par camions et ne disposaient d’aucun véhicule de combat.
[iv] Automitrailleuses de découverte (tourelle armée d’un canon de 47 mm pour les dernières versions).
[v] Il commande alors l’escadron au sein duquel sont rassemblés les candidats cavaliers, il impose à la hiérarchie de l’école qui y était assez récalcitrante, un exercice blindé en terrain libre en fin de seconde année, dit « exercice DLM ». Voir à ce sujet les souvenirs du général Compagnon (34- 36) dans sa biographie définitive consacrée à Leclerc : Compagnon. Général. Leclerc. Paris. Flammarion. 1994. 626 pages.
[vi] L’arme blindée.
[vii] Pour des raisons tenant à l’histoire, aux évolutions doctrinales, aux matériels en dotation, à l’état d’esprit général du pays, cette doctrine n’a été que très imparfaitement appliquée par le commandement français en 1940, bien que son inspirateur, le général Georges, fût numéro deux au sein du haut-commandement.
[viii] Régiment de marche du Tchad.
[ix] Une fronde des capitaines commandant ayant éclaté pour ne pas servir sous les ordres du colonel Warabiot, non FFL d’origine, a amené ce dernier à résilier son commandement, et bien que le commandement de son « GT » ait été confié au colonel Billotte, il conservera néanmoins l’appellation de GT « W ».
[x] Tank Destroyer : chasseur de chars. Un châssis de Sherman une tourelle ouverte permettant le service d’un canon AC.
[xi] A l’époque, les pelotons étaient à 5 chars, donc étaient capables de manœuvrer.
[xii] C’est le sous-groupement Rouvillois qui parviendra le premier à s’infiltrer en ville.
Image