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Tactique générale

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Le fonctionnement d’une coalition au XXIème siècle : l’exemple des Operations «Enduring Freedom» (OEF)et «Iraqi Freedom» (OIF)

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Par le Lieutenant-colonel Didier JAMME

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«J’admire beaucoup moins Napoléon depuis que je commande une coalition!» Maréchal FOCH. L’état-major américain CENTCOM est un des cinq grands commandements interarmées dont la responsabilité régionale s’étend du Kenya au Kazakhstan et du Liban au Pakistan. A ce titre, son chef, le général Abizaid commande au niveau, simultanément, les conflits iraquien et afghan stratégique soit depuis Tampa sur une base de l’armée de l’air en Floride, soit depuis un PC avancé au Qatar. Au nom de la lutte globale contre le terrorisme, 64 pays, dont la France comme la plupart des grands pays européens, font partie de la coalition engagée dans la Long War soit au titre d’OEF, soit au titre d’OIF, soit au titre des deux opérations.

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Comment les nations étrangères sont-elles intégrées dans la coalition par CENTCOM?

 

Les Américains ont créé à cet effet, le Coalition Coordination Center (CCC) qui dépend du J5 de CENTCOM et qui peut être comparé à un état-major interarmées «miroir» pour les nations. La mission du CCC peut se résumer en deux volets:

- Faciliter le processus d'intégration des nouveaux venus depuis les propositions des nations jusqu'à l'acheminement des troupes sur les théâtres;

- Coordonner les échanges d'information entre les nations et CENTCOM.

Pour faciliter ce dialogue, les pays participant à la coalition mettent en place des Détachements de Liaison (DL) pour représenter le chef d'état-major de leurs armées respectives en la personne d'un Senior National Representative[1] (SNR) dont le grade varie selon l'engagement du pays concerné. A titre d'exemple, la France est représentée actuellement par un général de brigade qui dispose de conseillers de chaque armée et de la DRM[2]. Les DL assistent aux points de situation sur les opérations de CENTCOM et participent à des groupes de travail dont les thèmes sont spécifiques à chaque conseiller (renseignement, IED, opérations maritimes ou aériennes).

Il existe une deuxième entité permettant aux nations de participer aux travaux de planification de CENTCOM. Il s'agit du Combined Planning Group[3] qui dépend également du J5. Il est composé d'officiers supérieurs insérés venant d'une trentaine de pays.

Ces officiers étrangers sont regroupés en équipes de planification et travaillent sur des études très diverses comme l'avenir de la coalition, la situation de la zone de responsabilité de CENTCOM en 2016, les conséquences de la menace nord-coréenne pour CENTCOM, etc....

Au bilan, plutôt que de parler d'intégration, le mot juxtaposition semble plus juste. L'hyper puissance mène sa politique militaire en appliquant les ordres du Commander in chief, le président des Etats-Unis.

 

Forces et faiblesses de la coalition

 

Parmi les principaux atouts, il est évident que la présence de 64 pays donne une légitimité internationale à l'engagement américain. Du Tonga au Salvador, de la Hongrie au Pakistan, de la Corée du Sud à l'Egypte, toute une palette de cultures est représentée à CENTCOM et cautionne ainsi une cause qui prend une valeur quasi universelle. Pour la France, c'est l'occasion de renforcer des liens avec des partenaires traditionnels (francophonie aidant) et de vivre la complicité européenne en particulier l'axe franco-allemand.

L'existence de la coalition offre aussi un avantage non négligeable par rapport à l'OTAN: celui d'avoir un  mandat différent. Cela permet ainsi une action complémentaire quand d'autres organisations militaires régionales ne peuvent pas agir. C'est le cas en Afghanistan où le mandat d'OEF permet des opérations de contre-terrorisme qui sont impossibles aux forces de l'OTAN.

Enfin, la coalition permet de renforcer les capacités militaires américaines d'une façon appréciable et encore plus significative avec l'arrivée des démocrates au Congrès en 2007. Ainsi les Britanniques avec plus de 7.000 hommes encore en 2006 peuvent assurer le commandement de la division multinationale Sud-est en Iraq. En Afghanistan, la coalition permet aux Américains d'économiser des troupes: ces derniers représentent maintenant moins d'un tiers des effectifs de la FIAS[4].

Néanmoins, la coalition souffre des handicaps structurels liés à ce type d'organisation. Les restrictions nationales (ou caveats) peuvent à tout moment s'exercer en cas de désaccord sur l'emploi des forces par le commandant de théâtre. Il existe toujours des difficultés au niveau de l'interopérabilité entre les différentes nations et en particulier pour les états-majors en matière de système de communication. Enfin le partage de l'information et des renseignements se heurte à la protection du secret. Il est évident que les risques de fuite sont largement augmentés dans une coalition aussi nombreuse malgré toutes les protections prises. Ce nombre important de pays s'avère paradoxalement être aussi un faiblesse. En effet au niveau purement militaire, les 64 pays représentent un ensemble très hétéroclite qui travaille difficilement ensemble. Les Américains cherchent toujours à rassembler le plus grand nombre alors que de nombreux pays européens préfèrent une coopération plus restreinte mais plus efficace. Cette différence d'approche peut rapidement entraîner des tensions entre les partenaires de la coalition.

Parmi les faiblesses spécifiques de la coalition de CENTCOM, on peut considérer que le Coalition Coordination Center est un filtre supplémentaire et donc un ralentisseur pour accéder aux différentes cellules de CENTCOM. De même, le statut des personnels armant le CCC n'est pas de nature à améliorer le dispositif. Il s'agit d'officiers réservistes ou d'officiers d'active pour la plupart détachés pour quelques mois. Avec un peu de recul, on peut se demander si ces dernières faiblesses perçues par les pays de la coalition ne sont pas une force pour les Américains leur permettant  de protéger ainsi leur état-major.

 

Avenir de la coalition

 

La pérennité de cette organisation pourrait être remise en cause suite à l'évolution des conflits: prise en compte de tout le territoire afghan par l'OTAN, retrait de plusieurs pays d'Iraq. Mais les Américains, au contraire, semblent vouloir amplifier le dispositif. Tout d'abord, la coalition pourrait s'enrichir d'agences d'Etat, du type C.I.A, compte tenu du cadre élargi des opérations de contre-terrorisme qui nécessitent d'autres compétences en plus des capacités militaires.

D'autre part, l'idée de faire bénéficier les autres grands commandements interarmées américains (en cas de conflit dans leur zone respective) de la coalition actuelle, fait son chemin. Les modalités particulières comme la localisation géographique (maintien à Tampa, déménagement vers Washington ou vers le PC d'un autre commandement unifié) ne sont pas arrêtées. Quant au nombre de partenaires, le nombre pourrait encore augmenter avec la nouvelle diplomatie américaine au Moyen-Orient (consolidation d'un axe sunnite pour assurer un équilibre régional). Dans cette perspective de cercle élargi, la coalition sera encore plus hétérogène et ne présentera pas les qualités nécessaires pour une coopération militaire efficace. Seul le noyau dur, le club des four eyes only[5], encore plus qu'aujourd'hui, bénéficierait des informations et participerait à l'élaboration des ordres.

Quoi qu'il en soit, les Américains n'abandonneront pas un système qui leur permet une liberté d'action dont ils ne disposent pas au sein de l'OTAN.

 

Quels choix pour l'armée française?

 

Pour qu'une coalition fonctionne, il faut qu'il y ait, par essence, un ensemble de valeurs et d'intérêts à partager entre les différents pays. La cohésion et l'efficacité seront d'autant meilleures si la coalition n'est pas le résultat d'une alliance de dernière minute face à un événement mais le résultat de relations politiques solides respectant les trois verbes: reconnaître, apprécier et accepter.

Les possibilités de coopération militaires sont nombreuses: maintien du statut actuel, renforcement des accords bilatéraux avec les Etats-Unis, trouver une troisième voie privilégiant les pays à la hauteur de leur contribution[6] militaire (boots on the ground).

Quels dispositifs militaires de représentation? Là aussi diverses options sont possibles: accroissement ou diminution du nombre d'officiers insérés au CPG, accroissement ou diminution du détachement de liaison français, création d'une Mission Militaire Française (MMF) auprès de CENTCOM etc.....

Compte tenu des enjeux que représente la zone de responsabilité de CENTCOM pour la décennie à venir, une réflexion politico-militaire s'impose pour déterminer comment être un acteur informé et influent dans la lutte globale contre le terrorisme.

 

[1] Chef de la Représentation Nationale.

[2] Direction du Renseignement Militaire.

[3] Groupe de Planification Interalliés composé  des pays suivants: Etats-Unis, Canada, France, Norvège, Danemark, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Ukraine, Australie, Corée du sud, Mongolie, Nouvelle Zélande, Singapour, Thaïlande, Azerbaïdjan, Jordanie, Kenya, Pakistan, Qatar.

[4] Force Internationale d'Assistance et de Stabilisation.

[5] Etats-Unis, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle Zélande.

[6] La France est le 7ème contributeur de la FIAS après les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Italie.

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