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Histoire et Stratégies

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Le maréchal Foch et le commandement interalliés

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Lieutenant colonel Claude FRANC

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Si tout le monde a en mémoire la décision prise à Doullens le 26 mars 1918 par les gouvernements français et britannique de confier à FOCH la « coordination » des armées alliées alors en pleine déroute face à l’offensive allemande, coordination rapidement transformée en véritable commandement interalliés, les conditions effectives de l’exercice de son commandement sont moins connues.

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Tout d'abord quel était son état-major ?
 
Organisé ex nihilo, puisque n'existant pas précédemment, l'état-major interallié de FOCH a été mis sur pied à partir de celui du chef d'état-major de l'armée, poste qui était le sien précédemment. Il s'agissait d'un état-major exclusivement français, sous les ordres du général WEYGAND, fonctionnant selon les procédures françaises alors en vigueur. Les armées alliées, en fait essentiellement britannique et américaine, y détachaient des officiers de liaison d'un grade subalterne. Il ne s'agissait en aucun cas d'un état-major « combiné » au sens multinational que nous connaissons actuellement.
 
FOCH prenait directement contact, personnellement, avec les commandants en chef subordonnés, en règle générale de façon individuelle, très rarement par des conférences au sommet. Durant les huit mois d'opérations intenses que son commandement a connus, Foch n'a tenu en tout et pour tout que deux conférences interalliées :
 
- la première, en juillet, pour commenter sa directive de reprise des opérations offensives et donner ses orientations en matière de planification ;
 
- la seconde, tout début novembre, pour finaliser le projet des conditions d'armistice à imposer à l'Allemagne défaite.
 
S'agissant des contacts avec ses « homologues » alliés, FOCH ne s'est jamais départi d'une courtoisie parfaite, respectant toujours leurs intérêts nationaux. Il n'y a que vis-à-vis de PETAIN qu'il s'est montré particulièrement directif. Chaque commandant en chef conservait la possibilité d'en appeler à un arbitrage de son gouvernement s'il se considérait « lésé » par une décision du commandant en chef des armées alliées. FOCH n'a eu aucun mal à convaincre CLEMENCEAU d'ôter ce « droit de recours » à PETAIN en juin, à une époque où leurs conceptions divergeaient totalement, PETAIN voulant raccourcir son front pour se reconstituer des réserves, FOCH, beaucoup moins alarmé devant l'ampleur de la progression allemande, planifiant une contre-attaque[1].
 
Sachant qu'il n'obtiendrait aucun résultat en pratiquant un commandement trop directif, FOCH a toujours agi en souplesse. On lui prête d'ailleurs l'aphorisme, en fait de SARRAIL[2] à Salonique, selon lequel « ... il admirait beaucoup moins Napoléon depuis qu'il avait commandé une coalition... ». C'est ainsi que FOCH, en tant que commandant suprême interalliés en 1918 a toujours prôné la persuasion comme méthode unique de commandement, ce qui demeure encore aujourd'hui surprenant, eut égard à son caractère difficile !
 
« Le commandement unique, surtout quand il doit s'exercer sur des chefs d'une autre nation, d'une autre race, ne peut pas s'imposer par un décret. Le seul qui l'impose, c'est l'homme chargé de l'exercer, agissant, par son ascendant, sur ceux avec qui il doit collaborer (...) Mon idée revient en somme à ceci : quand le commandement s'exerce sur des armées alliées, des ordres secs, impératifs, catégoriques ne produiraient aucun résultat. Il faut que celui qui les donne sache les faire accepter pleinement par celui à qui il s'adresse, qu'il obtienne sa confiance, son adhésion. Il n'existe pas pour lui d'autre manière de commander (...). Quand les armées se battent ensemble, il est absolument impossible de réaliser l'unité de commandement autrement que par cette influence morale. En d'autres termes, ce n'est pas la contrainte qui agit, mais uniquement la persuasion.
 
A quoi sert-il en effet de donner des ordres lorsque, pour toutes sortes de raisons matérielles et morales, ils ne peuvent pas être exécutés ? Il faut prendre les hommes, surtout les étrangers, comme ils sont et non pas comme nous voudrions qu'ils fussent[3]. ».
 
 
 
 
 
Les relations qu'il a entretenues avec PERSHING et PETAIN sont significatives de son style de commandement « interalliés ». Avec le premier, commandant un chef étranger, FOCH « mettait les formes », tandis que vis-à-vis de PETAIN, général français, son attitude était celle d'un supérieur vis-à-vis d'un subordonné.
 
Lors de la mise sur pied des grandes unités américaines, PERSHING voulait qu'elle fussent réunies en une armée nationale dont il assurerait le commandement, prétention légitime tandis que PETAIN, confronté à une grave crise des effectifs français, envisageait que les grandes unités américaines puissent être réparties au sein des armées françaises, ce qui, en outre, présentait l'avantage de rôder leurs états-majors, encore peu expérimentés. FOCH arbitra en faveur de PERSHING au nom de la solidarité interalliée.
 
De même, en automne, alors que l'offensive américaine en Argonne piétine et démontre l'inexpérience de la jeune armée américaine, CLEMENCEAU, constatant cet échec, presse FOCH d'en obtenir la relève, ce qui aurait été, à coup sûr, source d'une grave crise interalliée. FOCH s'y oppose avec vigueur et stoppe même l'offensive de GOURAUD sur son flanc gauche, offensive qui ne sera relancée que lorsque l'armée américaine sera remise en ordre. Cette mansuétude de FOCH vis-à-vis de PERSHING indisposa particulièrement CLEMENCEAU et les relations entre les deux Français s'en ressentirent.
 
 
 
A contrario, avec PETAIN, les relations seront celles d'un chef à un subordonné.
 
En juin 1918, observant que le commandant en chef français n'est pas enclin à préparer les contre-attaques qu'il projette, mais qu'il envisage même de raccourcir son front[4], FOCH rapproche son PC de Provins où est déployé celui de PETAIN, et, chaque matin durant trois semaines, WEYGAND se rend au GQG français vérifier que son homologue, le major général des armées françaises, se plie bien aux ordres de FOCH. Par ailleurs, considérant que le général ANTHOINE, major général, est l'âme damnée de PETAIN qui l'entretient dans son pessimisme, FOCH en obtient la relève et son remplacement par BUAT, plus acquis à ses conceptions. Ces frictions et ce commandement « rênes courtes » du GQG français par FOCH seront à la source des relations tendues qu'ont entretenues après la guerre les « maisons » FOCH et PETAIN.
 
Le 18 juillet, PETAIN décommande une nouvelle offensive MANGIN pour utiliser cette armée au colmatage de la brèche créée par LUDENDORFF au sud de la Marne. En une heure, FOCH annule l'ordre du G.Q.G. français, confirme l'action de MANGIN et actionne lui même directement FAYOLLE, commandant le G.A.R[5] .
 
 
 
 
 
Que retenir de cette première expérience de commandement interallié ?
 
L'enseignement majeur réside dans le respect des alliés et de leurs intérêts nationaux. Même si FOCH ne disposait pas d'un état-major multinational, il a toujours placé la « gestion » de ses intérêts au premier chef de ses préoccupations, dussent-ils aller à l'encontre d'impératifs opérationnels immédiats. Ce constat et cette même approche se retrouveront exactement dans les mêmes termes moins de vingt ans plus tard lorsqu'EISENHOWER commandera les forces alliées en Europe. Pour les mêmes raisons, BRADLEY s'estimera toujours lésé par rapport à MONTGOMERY, notamment lorsque les priorités logistiques de la coalition alliée seront attribuées à ce dernier pour une opération à haut risque, Market garden, laquelle se solda par un cuisant échec à Arnhem.
 
Il est loisible de se demander si ce mode de commandement, facteur de cohésion et partant, d'efficacité, n'est pas aujourd'hui oublié ou tombé en désuétude quand on constate qu'au sein de toute coalition multinationale « moderne », la prégnance des intérêts nationaux a tendance à s'estomper face au leadership de la « lead nation » qui impose ses buts, son organisation et ses modes de fonctionnement.
 
 
 
[1] Celle-ci sera conduite avec succès par Mangin le 11 juin 1918.
 
[2] GA Maurice SARRAIL (1856-1929) : officier général français qui s'est illustré au cours de la 1ère guerre mondiale comme commandant de IIIe Armée, puis commandant en chef des armées alliées d'Orient (première bataille de la Marne, expédition de Salonique).
 
Rappelé en activité en 1924, il est nommé haut-commissaire de la République française en Syrie et commandant en chef de l'Armée du Levant pour redresser la situation lors de la révolte des Druzes.
 
[3] In Recouly. Le mémorial de Foch. Paris. Les éditions de France 1929. Pages 15 à 24
 
[4] Le 4 juin, Pétain remet à Foch une note personnelle préconisant un raccourcissement du front par un repli au nord sur la Somme et l'abandon à l'est de la lorraine. Foch n'y donne aucune suite, dénonce cette manœuvre auprès du gouvernement français et ordonne la contre attaque Mangin.
 
[5] Groupe d'armées de réserve dont dépend Mangin.
 
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