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Valeurs de l'Armée de Terre

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Le Maréchal Lyautey au service de la France

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Par le Colonel (er) Pierre GEOFFROY

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En cette année qui marque le 90ème anniversaire du départ officiel du Maréchal Lyautey du Maroc, les Cahiers poursuivent leur hommage envers ce chef militaire, cette personnalité politique, ce philosophe qui a marqué et marque encore tant de générations. Nos remerciements vont à nouveau au Colonel (er) Pierre Geoffroy pour ce nouveau témoignage dont il a bien voulu nous faire part.

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Le Maréchal Hubert Lyautey occupe une place respectable et imprenable dans l’histoire, ce que d’aucuns ont tenté de lui contester pour le faire oublier, mais sans succès, donnant raison à Louis Barthou, ancien président du Conseil et académicien, qui écrivait dans sa préface à «Paroles d’action» (1927): «Le Maréchal Lyautey peut attendre avec confiance le jugement de l’Histoire».

D’histoire, il en est beaucoup question à l’occasion des célébrations et commémorations, débats et publications suscités par le centenaire des quatre années de la guerre de 1914-18, et Lyautey y a toute sa place.
L’année 2016, marquée par le centenaire de sa nomination, le 12 décembre, au poste de ministre de la Guerre, devrait fournir l’occasion non seulement d’explorer son rôle pendant la Grande Guerre, mais encore d’évaluer ses visions sur les conséquences mondiales de ce conflit.

Plus on parle et plus on parlera de Lyautey avec l’objectivité qui caractérise les historiens dignes de ce nom, plus on vérifiera que par son exemple et ses visions, il mérite de servir de référence pour les penseurs et les décideurs de notre temps.

C’est sans doute la signification qu’il faut donner à cette phrase qui concluait le discours présidentiel du Général de Gaulle lors de l'accueil des cendres du Maréchal Lyautey aux Invalides, le 10 mai 1961: «En vérité, le Maréchal Lyautey n’a pas fini de servir la France».
Hubert Lyautey continue, plus de 80 ans après sa mort, d'étonner, de fasciner et même de séduire ceux qui le croisent par le biais de ses nombreux écrits, de ses formules à l’emporte-pièce mais toujours frappées au coin du bon sens, de ses vues prophétiques. Il intéresse aussi par les relations qui ont été faites de son épopée jalonnée non pas d’intentions et de promesses sans lendemain, mais bien d’actions réfléchies et de réalisations indiscutables se référant à une véritable VISION, celle de la GRANDEUR de la FRANCE dans un monde en pleine ÉVOLUTION.

Avant de souligner les événements marquants qui jalonnent son existence et parfois la déterminent, intéressons-nous un instant au personnage auquel fut décernée la dignité de maréchal de France à la suite de la guerre 1914-18. 

 Il fut commissaire résident général de France au Maroc pendant 13 ans, de 1912 à 1925, ministre de la Guerre, membre de l'Académie Française. Il fut également commissaire général de l'exposition coloniale internationale de 1931, président du comité français de propagande aéronautique et président d’honneur de toutes les fédérations du scoutisme en France.

En considérant l’ensemble de ses diverses activités, il fut tour à tour ou tout à la fois soldat, pacificateur, diplomate, administrateur, bâtisseur et urbaniste, écrivain et protecteur des arts et, dans tous les cas, un phare pour la jeunesse.

Avant tout conquérant des cœurs: «Il n'y a pas d'œuvre humaine, disait-il, qui pour être vraiment grande n'ait besoin d'une parcelle d'amour». Il préférait «montrer sa force pour en éviter l’emploi», convaincre avant d’exiger. Il maîtrisait les situations les plus variées avec finesse, avec sagesse, avec passion, mais aussi sans faiblesse, avec un leitmotiv: «Le but, toujours le but».

 Parmi ses nombreux portraits, trop souvent hagiographiques, celui de Wladimir d’Ormesson est bien frappé: «En lui s'unissaient des dons et des qualités qui rarement coexistent: une énergie de fer et une souplesse presque féline, la volonté et la finesse, la décision et la prudence, le goût du risque et le sens de la précaution, le bondissement du chef et l'instinct politique. Il avait des intuitions de génie. Il n'avait pas besoin de savoir: il pressentait. »

Ce Lorrain naît le 17 novembre 1854 à Nancy, là où 80 ans plus tard seront célébrées ses funérailles nationales. Son existence est parsemée de jalons qui attirent notre attention sur les événements qui en ont influencé le cours.
·               Premier jalon:de son parcours: un grave accident.
La chute dont il est victime à 18 mois aura d’importantes répercussions sur sa destinée. Longtemps immobilisé et astreint au port d’un corset d’acier jusqu’à 12 ans, il ne peut aller à l’école qu’à l’âge de 10 ans avec des cannes.

Il entre cependant en 6ème au lycée impérial de Nancy, car il a eu à la maison une jeunesse studieuse au cours de laquelle il a pris goût à la lecture, base d’une culture générale très étendue, tout comme à la réflexion qui nourrit l’action. 

Ce qui a valeur d’exemple dans son comportement, c’est une volonté farouche qui lui dictera ensuite l’obligation d’être partout le meilleur pour combler le retard dû à son accident.

«Une volonté, une suite, une continuité, une décision à tout briser, ainsi se font toutes les grandes choses»

Plus exemplaire encore, il mettra cette volonté au service d’un idéal: «L'essentiel, écrit-il, est de savoir ce que l'on veut et où l'on va. Or cela, je le sais: faire prédominer sur tous mes actes le devoir social».

·               Deuxième jalon: premier contact avec l’Algérie.
Sorti de Saint-Cyr en 1875, puis de l’École d’état-major en 1877, le jeune lieutenant choisit de parcourir l’Algérie pendant six semaines pour son congé de fin de stage. Ce séjour le marque à jamais. Émerveillé, il veut tout voir, tout savoir, tout comprendre. Désormais il rêvera sans cesse de ces «pays de lumière», comme il dit, dont la culture le fascine et où il y a tant à faire. C’est une première expérience de sa vie trépidante d’actions outre-mer qui le conduira en Indochine, à Madagascar, deux fois en Algérie, puis au Maroc. 

·               Troisième jalon: le «Rôle social de l’officier», un texte fondateur.
Rentré d’Algérie, il connaît la vie morne des garnisons et ne parvient pas à assouvir sa soif d'action. Préoccupé par les problèmes sociaux, il met à profit, à partir de 1887, son temps de commandement de capitaine au 14ème chasseurs à Saint-Germain en Laye pour mettre en pratique ses idées novatrices. 

Bien vite, son escadron est réputé être l’escadron modèle de l’armée française. Il y crée le premier réfectoire, le premier foyer du soldat avec une bibliothèque, des cours pour les illettrés. De nouveaux rapports s’établissent entre les cadres et la troupe. On parle du bien-être des soldats, de leur formation, de leur éducation. On les fait même participer au sein d’une commission consultative élue: du jamais vu!
Tout s’enchaîne alors. Sollicité par la Revue des Deux-Mondes, un texte du Capitaine Lyautey est publié dans la livraison du 15 mars 1891 sous le titre «Du rôle social de l’officier dans le service universel». Il livre sans ménagement son analyse, le fruit de son expérience et ses réflexions incitatives. Preuve de sa hauteur de vue, son propos s’adresse aussi à «tous les dirigeants sociaux», car il définit les bases d’un management à visage humain à l’opposé d’un management déshumanisé générateur de stress, ce qu’il confirmera plus tard: «Il n'y a qu'une voie à suivre, celle du travail social, qu'une règle: agir dans un esprit de justice et de respect, le seul qui libère l'homme». «Le Rôle social» est un texte fondateur qui n’a pas pris une ride.

·               Quatrième jalon: la rencontre avec Gallieni.
Son affectation en 1894 au Tonkin (Nord-Vietnam) est perçue comme une une mise à l’écart. Chef d’escadrons, la chance ne l’a pas abandonné et lui permet de servir sous les ordres du Colonel Gallieni. À l'école de cet officier de valeur, un homme de terrain qui respecte les hommes et leurs coutumes et qui cherche sans cesse à «faire de la vie», Lyautey, promu lieutenant-colonel en 1897, découvre sa vocation coloniale. Il écrit à sa sœur: «On ne gouverne pas contre le mandarin, mais avec le mandarin».

Le Colonel Gallieni, une fois nommé gouverneur général de Madagascar, appelle Lyautey à ses côtés. Il lui confie la pacification et l'organisation du nord-ouest, puis du sud de l'île. Son génie, servi par sa passion de l'action coloniale et sa pratique toujours améliorée de la «tache d’huile» pour pacifier, apporte à Lyautey la réussite exemplaire au plan humain, sécuritaire, social et économique. Et il peut écrire: «Notre action n’a rien de commun avec les guerres entre nations. Elle est une organisation qui marche, elle est constructrice, celles-ci sont destructrices; elle crée de la vie et non des ruines. La pacification faite de prudence et d’adaptation doit progresser comme une tache d’huile, souple mélange de politique, d’amitié et de force, de raids militaires se muant en essor économique».

·               Cinquième jalon: l’homme de la situation.
 Revenu en France en 1902, le Colonel Lyautey reçoit le commandement du 14ème hussards à Alençon. C’est une parenthèse de neuf mois. En septembre 1903, il est envoyé d’urgence en Algérie, là où la situation exige un homme de son expérience et de sa trempe. Il va se forger l’âme d’un chef d’État.

 Promu général, il commande successivement le territoire d'Aïn Sefra, puis la division d'Oran, avant d'être, en outre, nommé haut commissaire pour les confins algéro-marocains. Ses initiatives, dictées par le souci de l’efficacité à la fois dans le temps et dans l’espace, ne sont pas toujours appréciées à Paris.

Il se marie en 1909 avec Inès de Bourgoing, veuve du Colonel Fortoul, de neuf ans sa cadette. Lorsqu'il est nommé commandant du Xème corps d'armée à Rennes en 1910, il croit son aventure coloniale terminée. Mais c'est là que lui parvient, en 1912, sa nomination de commissaire résident général de France au Maroc, à la suite de la signature du traité de protectorat intervenue le 30 mars.

·               Sixième jalon: sa nomination au Maroc
 Et c'est au Maroc que va s'épanouir pleinement son génie créateur. Il y restera treize ans, répétant à l’envie: «Plus je vis au Maroc, plus je suis persuadé de la grandeur de ce pays» et encore: «Je veux nous faire aimer de ce peuple».

Il fait des merveilles malgré de fréquents désaccords avec le gouvernement français, car il est intransigeant sur le respect du traité de protectorat. Avec une vision d’avenir, il consolide l’autorité du Sultan, il jette les bases du Maroc moderne en respectant ses traditions historiques, religieuses et culturelles avec le dessein avoué d’amener le royaume chérifien à son indépendance dans les meilleures conditions.

C’est pourquoi, outre la mise en place d’une administration modernisée, il entreprend de doter le pays des infrastructures nécessaires pour son évolution économique et sociale. On y construit les premières routes goudronnées et voies ferrées, ports, écoles primaires et professionnelles, collèges, dispensaires, hôpitaux, bâtiments pour les services publics créés, etc. Le Maroc est en chantier.

Bâtisseur, il édicte des règles très strictes pour le respect du patrimoine marocain et sa conception de l’urbanisme fait encore école aujourd'hui. Les travaux gigantesques entrepris au port de Casablanca sont critiqués en France pour leur coût. Mais Lyautey a de l’intuition: «On ne voit jamais trop grand, dit-il, quand il s’agit de fonder pour des siècles». Car, après la découverte du phosphate, il a imaginé que son exploitation serait une richesse pour le Maroc à condition qu’il puisse l’exporter.

Ce faisant, il a farouchement voulu et su faire aimer la France, et il a initié des liens d’amitié entre nos deux pays suffisamment solides pour résister à des «erreurs politiciennes». Aujourd’hui, le plus grand lycée du Maroc, à Casablanca, a gardé le nom de Lycée Lyautey, symbole de l’estime dont le maréchal est l’objet.

·               Septième jalon: la guerre de 1914-18.
En pleine période de commémoration du centenaire de la guerre 14-18, force est de constater que, jusqu’ici, Lyautey fait plutôt figure de grand oublié. Pourtant, parler de «Lyautey et la guerre 14-18» amène logiquement à évoquer deux sujets connexes: «Lyautey et l’Europe» ainsi que «Lyautey et ses visions sur l’après-guerre».

Dès 1897, il traitait de «fratricide» la guerre de 1870, «qui – disait-il – avait brisé dans l'œuf l'Europe unie, logique, historique que préparait le long travail des siècles». Il souhaitait que l’Europe s’unisse enfin «pour faire face aux vrais périls, à ceux qui la menaceront demain dans sa vie économique jusque dans ses sources, à ceux qui la menaceront dans sa civilisation, dans son culte de la beauté et son sens de l'idéal, dont les origines sont à Athènes, à Rome et en Judée». Et, le 3 août 1914, en apprenant la déclaration de guerre par l’Allemagne, le Général Lyautey explose devant ses officiers: «Ils sont fous, complètement fous! Une guerre entre Européens, c'est une guerre civile! C'est la plus monumentale ânerie que le monde ait jamais faite!»

Il reçoit alors l’ordre d'évacuer l'intérieur du Maroc, de ne tenir que quelques ports et d'envoyer en France la totalité des bataillons de l’armée d’Afrique (soit trente-cinq bataillons et l'ensemble des batteries montées). Lyautey envoie aussitôt la 1ère division marocaine, composée surtout de zouaves et de tirailleurs algériens. Puis, en août, le Maroc fournit une brigade de «chasseurs indigènes» dite «brigade marocaine».

S’il envoie ses meilleures troupes en France, il ne peut se résoudre à prendre le risque de voir anéantis les résultats de la pacification obtenus depuis deux ans. Il s’ensuivrait fatalement un soulèvement encouragé et aidé par les Allemands. Lyautey décide donc de s’organiser pour ne rien abandonner des positions acquises. C’est un pari qui parait insensé, mais qu'il gagnera. C’est ce qui fera dire à Guillaume de Tarde: «Sa chance consistait à ne risquer jamais que l’impossible».

 Il obtient l’appoint compensateur de «territoriaux» venus de France. Il crée et entraîne de nouvelles unités de l’armée d’Afrique, fières d’assurer la relève de celles qui sont parties pour le front avant d’y partir elles-mêmes. Il mobilise les ardeurs, séduit, flatte, dynamise par sa présence et par le verbe; il donne le change. Il met en place un volet psychologique grâce à des vitrines de l’optimisme comme la première grande foire de Casablanca en 1915, qui renforce notre prestige. Il persuade de la réalité d’un «front marocain» lié à la guerre européenne puisque les Allemands soutiennent les tribus dissidentes avec des agents, de l’argent et de l’armement. 

Lui-même fait les frais de la vengeance des Allemands à propos du Maroc, qui a échappé à leur convoitise. Ils incendient son château de Crévic en Lorraine le 22 août. Rien ne pouvait autant l’accabler, mais il sait rebondir et valoriser tous ses actes en pratiquant l’action psychologique et l’art de la communication.

Appelé comme ministre de la Guerre fin 1916, il préférera démissionner au bout de quelques mois plutôt que de composer avec des hommes politiques qui refusent de prendre les décisions dictées par la situation. Il restera amer de n’avoir pu ni installer un commandement unique interallié, gage d’efficacité – Clemenceau s’en attribuera le mérite –, ni empêcher l’offensive du Général Nivelle dont il avait pressenti le dramatique échec.

De retour au Maroc, il poursuit son oeuvre de bâtisseur tout en participant, avec une logistique au plus haut niveau, à l’effort de guerre contre l’Allemagne. Il ne cesse d’envoyer en France vivres, bétail, matières premières et renforts de troupes. Il crée et entraîne des unités marocaines – tirailleurs, spahis, goumiers – qui, une fois aguerries, partent à leur tour pour le front où métropolitains, pieds-noirs et marocains mêleront leur sueur et leur sang pour défendre la France. L’armée d’Afrique y acquiert ses lettres de noblesse chèrement payées.

·               Huitième jalon: la mauvaise sortie de guerre en 1918.
Après la victoire sur l'Allemagne et l’armistice du 11 novembre 1918, Lyautey partage la joie générale. Cependant, son sens politique et son intuition l’empêchent d’être euphorique comme beaucoup, car il pressent les tragédies à venir avec une rare clairvoyance. Dès avant l'armistice, il avait laissé percer sa méfiance sur les conditions du futur traité de paix. Ainsi, le 17 novembre 1918, il écrit à sa sœur: «Si j'exulte du triomphal succès militaire, il n'en est pas de même de l'horizon politique. Je n'augure rien qui vaille de cette floraison de républiques socialistes et je crains que les super-Balkans qui vont s’installer dans l’Europe centrale ne soient une cause d'incendie redoutable».
Il suit de près les travaux des négociateurs du traité de Versailles. Sa connaissance des dossiers en aurait fait un conseiller de premier choix. Il fait même des propositions qui contenaient l’Europe en germe. Elles ne seront pas davantage prises en compte que sa demande d’associer le Maroc aux négociations, ce qui relevait d’une grande lucidité. Il affirmait ainsi sa volonté de conduire le royaume sur le chemin de la souveraineté.

Visionnaire, sa perception des faiblesses du traité de Versailles et des conséquences à plus ou moins long terme de la Première Guerre mondiale n’est pas étrangère à ses prises de positions et à ses réactions. 

Le 18 novembre 1920, il prend date sur l’évolution du monde et l’avenir de la colonisation en adressant au gouvernement et à ses subordonnés civils et militaires la fameuse note dite du «coup de barre». Dans ce texte devenu historique, il prend en compte l’idée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En clamant: «Il est urgent de crier ʺcasse-couʺ, il s’appuie sur le respect de l’esprit et de la lettre du statut de protectorat au Maroc pour dénoncer les dérives à combattre et proposer des remèdes. 

Soucieux des bonnes relations à instaurer avec le Maghreb, il plaide dès 1922 pour une fédération franco-musulmane des pays de la Méditerranée entre Gibraltar et le Bosphore. 

Le 19 octobre 1922, invité à poser la première pierre du sanctuaire de la mosquée de Paris, il fait un discours dont le contenu devrait inspirer tous les donneurs de leçons: «[…] la France, libérale, ordonnée, laborieuse, I'Islam rénové et rajeuni, m'apparaissent comme deux forces, deux grandes et nobles forces dont l'union, ne poursuivant ni la violence, ni la destruction, ni la domination, mais l'ordre, le respect de leurs revendications légitimes, I'intégrité de leurs territoires nationaux, la tolérance pour toutes les croyances et toutes les convictions, doit être un facteur prépondérant pour la paix du monde». La France est-elle libérale dans le sens de tolérante, ordonnée, laborieuse? L’Islam est-il rénové et rajeuni? Voilà, semble-t-il, l’équation à résoudre.
Au moment de la guerre du Rif, on sait dans quelles conditions humiliantes le Cartel des gauches évince Lyautey, l’acculant à la démission en 1925 après lui avoir refusé les renforts indispensables pour sauver le Maroc et son œuvre pour l’avenir de ce pays. Rentré en France, il partage son temps entre Paris et Thorey où il décédera le 27 juillet 1934.

Il aurait pu comme tant d'hommes qui quittent les responsabilités se replier sur lui-même et cultiver au fond de son cœur certaines amertumes justifiées. Non, rien de tout cela: il reste sur la brèche. À ses yeux, seuls comptent l'avenir, le contact avec les jeunes qui en sont l’espoir, et le service du pays. 

·               Neuvième jalon: l’Exposition coloniale internationale de 1931.
Sa dernière grande oeuvre est l’organisation de l’Exposition coloniale internationale de 1931. Avec plus de 33 millions de visiteurs en six mois, il en fait un immense succès à la gloire de la France. Ce dernier jalon est à la fois un point d’orgue pour Lyautey et l’envoi d’un message à destination de ceux qui doivent défendre et transmettre les valeurs qu’il défendait.

À l’occasion de cette exposition, ce promoteur de l’amitié entre les peuples proclamait: «Union entre les races, ces races qu'il ne convient vraiment pas de hiérarchiser en races supérieures, mais de regarder comme «différentes» en apprenant à s'adapter à ce qui les différencie». Il s’oppose en cela à Jules Ferry qui affirmait ouvertement que «les races supérieures ont un droit sur les races inférieures».
En mettant en perspective tous ces jalons d’une existence devenus des jalons de l’Histoire et susceptibles d’être, en bien des occasions, sources d’inspiration pour le présent, il convient de souligner qu’Hubert Lyautey, malgré les tensions et les oppositions, ne cherchait pas à diviser pour imposer et s’imposer, mais recherchait sans cesse, selon sa formule, «le dénominateur qui unit les hommes» dans une ambiance de respect, de tous les respects.

C’est en cela aussi qu’il est exemplaire et qu’il peut encore servir la France.


Le Colonel (er) Pierre GEOFFROY a effectué  entre 1953 et 1962 plusieurs campagnes en Indochine et en Algérie, en particulier comme officier des Affaires algériennes. À l’issue de diverses affectations en état-major, il a fait valoir ses droits à la retraite en 1981. Il a alors commencé une seconde carrière en créant un cabinet de conseil, et s’est également beaucoup investi au sein du monde associatif. Ses forces vives ont cependant toujours été consacrées au Maréchal Lyautey. Président-fondateur de l’Association nationale Maréchal Lyautey en 1980, il préside également  la Fondation éponyme. Il a enfin tenu des responsabilités importantes au sein de la commune de Thorey-Lyautey.

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