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Engagement opérationnel

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Le soldat a-t-il sa place en phase de normalisation, dans la gestion de l’après conflit ?

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Par DESTIA

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Les soldats français en République de Côte d’Ivoire ou au Kosovo sont-ils une armée d’occupation ? Une armée étrangère sur le sol d’un pays n’est pas une chose naturelle. Se plaçant dans le cadre du droit international et en dehors de toute lutte d’intérêts, sa vocation est bien de quitter le pays où elle est intervenue, pour céder la place aux organismes de tutelle internationale et aux institutions de ce pays elles-mêmes. Il convient d’abord de définir ce qu’est la phase de normalisation : c’est la phase de mise en place et d’affermissement d’un système politique, juridique et social durable et accepté par les protagonistes du conflit. Ainsi, la normalisation est tout simplement, dans un pays, « le retour à la normale ». C’est la suite logique à l’intervention et la stabilisation. Dans ce contexte, le retrait progressif de la force armée au profit des autorités légitimes, des forces locales de sécurité et des acteurs non militaires, marque la réussite définitive de l’opération militaire. La question est quand ? Dans ce contexte, la force armée n’a pas sa place en phase de normalisation. C’est néanmoins l’action du soldat dans les phases d’intervention et de stabilisation qui va conditionner la réussite ou non du retour à la normale.

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La force militaire peut devenir un obstacle à la reconstruction, par la place qu’elle occupe dans le « milieu ».1

 

Car la force armée entre en concurrence avec l’émergence des institutions.

 

Le premier risque est celui de l’addiction de la population et des autorités locales à la force. En effet, la tentation est grande de se reposer intégralement sur les unités militaires pour créer un environnement stable et calme et les solliciter dans tous les domaines elles peuvent agir. C’est  souvent,  comme  par  exemple  au  Kosovo,  une  garantie  sans  avoir  à  négocier  et construire avec les ennemis dhier.

 

Le second point militant fortement contre la psence du soldat dans la reconstruction dun pays, c’est le fait que la force militaire génère par ses activités une concurrence déloyale sur les plans politique, sécuritaire et économique. En effet, les chefs militaires ont souvent tendance à canaliser laction politique sur le plan local, ce qui est légitime en intervention et en stabilisation mais peut ensuite nuire au développement. La puissance des unités militaires peut facilement étouffer l’émergence des forces de sécurités locales et la crédibilité des unités de  police  sous  mandats  internationaux  (comme  celles  de  la  mission  EULEX  dans  les Balkans). Enfin l’aide apportée aux collectivités locales, qu’elle soit médicale ou sur les infrastructures, peut limiter l’émergence du tissu économique.

 

Parce que la force armée peut devenir source de séquilibre.

 

Paradoxalement, la force peut en effet devenir un facteur de troubles elle-même. On pourrait appeler cela l« effet totem ». La psence même des unités sur le terrain, stigmate du conflit, devient un objet de prise à partie au risque de   cristalliser une situation. C’est dans cette logique que le général commandant la Task Force Nord au Kosovo fin 2008, avait fait enlever

 

 

1 Par milieu, on entend tout lenvironnement dans lequel agit le soldat et qui peut influencer son action (milieux physiques, humain, médiatique, information, opinions…)


les barbelés de MITROVICA et désengager des unités déployées sur des points sensibles, supprimant ainsi tout support et tout symbole aux traditionnelles zones de tensions2.

 

De plus, dans un contexte de reconstruction et dinvestissement, les intérêts politiques et économiques parfois ts divergents des nations engagées peuvent mettre en péril l’équilibre et la cohérence de la force et ainsi devenir là aussi un facteur de trouble, en particulier au sein de la communauté internationale.

 

Enfin, une question essentielle, lorsque la reconstruction dun pays se conduit,side dans les différences qui existent souvent entre le pays en crise et la normalité telle qu’elle est comprise au sein des nations intervenantes. C’est là que les Etats-Unis par exemple ont souvent été décriés dans leurs interventions, toujours conduites dans une logique de « global reach »3 défini par Georges W. BUSH.

 

Cependant, si le soldat ne doit pas agir dans la phase de retour à la normale, son impact y est bien réel.

 

« On ne sort bien dune crise que si on y est bien rentré » écrit le général DESPORTES4. La façon de conduire une opération militaire et les combats est donc déterminante dans la gestion de l’aps-conflit. Cette doctrine est lun des fondements des opérations basées sur les effets5 qui sont lun des axes de réflexion majeurs des armées occidentales aujourdhui. La gestion des infrastructures en Irak par larmée américaine en 2003 ou la façon d’appréhender les tensions  interethniques en  Côte  dIvoire  par  les  forces  françaises  en  2002  en  sont  des exemples.

 

Par conséquent, par le sultat de ses actions et par la perception de son action par la population et les opinions, lombre du soldat restera donc longtemps perceptible dans l’aps- conflit. C’est lui, par sa façon d’agir dès le départ, ses contacts avec la population et sa connaissance du milieu, qui va créer, ou non, les conditions de la ussite du retour à la normale.

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Le rôle du soldat dans le continuum dune opération side dans le fait quil est le

« liant », le connecteur entre intervention, stabilisation et normalisation. Il existe cependant un point de rupture à partir duquel la force armée devient la concurrente des organismes qui vont permettre le total et irréversible retour à la normale. Ce point, marquant le nécessaire désengagement du militaire, se situe bien entre stabilisation et normalisation.

 

Humblement, on pourrait laisser LYAUTEY conclure : « moi je cherche des officiers qui sachent s’emparer dun village à l’aube et y ouvrir le marc à midi. » Dans cette logique, c’est lorsque le « marché » a ouvert que le soldat doit s’éclipser.

Ce qui nous montre, une fois de plus, quune partie des réponses à nos problèmes d’aujourdhui se trouve dans notre histoire.

 

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2 Ce fut par exemple le cas du centre culturel et du pont de MITROVICA en novembre 2008.

3 Le « global reach », le but à atteindre, revient à lexportation et limposition d’un modèle démocratique universel, calqué sur le modèle occidental américain.

4 Le général DESPORTES commande aujourd’hui le Collège Interarmées de fense, après avoir été en charge de la doctrine demploi des forces armées.

5 Effects Based Operations (EBO).

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