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Sciences et technologies

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Les forces spéciales: un laboratoire privilégié pour l’armée de Terre

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Par le Chef de bataillon STÉPHANE CUTAJAR

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Dotés de pôles d’expertises adaptés à la R&D, les régiments des forces spéciales de l’armée de Terre constituent un laboratoire performant. Des liens existent entre ces unités atypiques et des entités spécialisées telles que la STAT, mais ils mériteraient d’être renforcés afin de créer et conduire, en totale synergie, des processus de gestion de programmes d’armement plus rapides et plus efficients, notamment dans le cadre des urgences opérationnelles.

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Le mercredi 30 novembre 2011, le bureau des études et de la prospective de l'école d'application de l'infanterie de Draguignan a conduit une séance de démonstration des capacités du fusil d'assaut SCAR pour Special Operations Forces Combat Assault Rifle. Il s'agit d'une arme développée par la société belge FN HERSTAL, en service au sein des forces spéciales américaines depuis 2010. Aujourd'hui, l'armée de Terre recherche un remplaçant pour son fusil d'assaut de 5,56 mm modèle F1 MAS (FA MAS) en dotation depuis 1979, et s'adresse à ses forces spéciales ; le 1er régiment de parachutistes d'infanterie de marine (1er RPIMa) avait transmis toutes ses études et expérimentations en préalable à ladite séance.
 
De plus en plus fréquemment, les forces spéciales de l'armée de Terre sont sollicitées afin de produire une grande quantité de rapports, retours d'expérience sur l'emploi d'équipements spécifiques allant des tenues imperméables jusqu'aux véhicules de combat. En quelle mesure les matériels employés, développés ou testés par ces unités atypiques intéresseraient-ils l'ensemble des forces ? Existe-t-il des liens avec les travaux de la section technique de l'armée de Terre (STAT) ?
 
Les forces spéciales représentent un laboratoire privilégié, une véritable boîte de Petri pour le développement d'équipements utiles à toutes les forces terrestres. Leur expertise du combat, leurs cellules propres de recherche et développement et la diversité de leurs engagements opérationnels les placent en première ligne pour soutenir les choix d'équipements de l'armée de Terre.
 
Il semble ainsi nécessaire de comprendre ce qui rapproche les forces spéciales des forces conventionnelles dans le domaine des matériels, avant d'étudier plus en détail leurs capacités d'étude et les possibilités d'amélioration de leur complémentarité avec les entités techniques qualifiées de leur armée.
 
Des savoir-faire poussés aux extrêmes
 
Par la nature même de leur emploi, les forces spéciales se positionnent indiscutablement en qualité d'expertes, cobayes, critiques, voire développeuses pour faire passer tout type de matériel dans des fourches caudines particulièrement efficaces et rentables.
Outre leurs spécificités opérationnelles particulières, elles sont avant tout des expertes du renseignement et du combat de contact. Grâce à des missions de recherche, d'investigation et d'extraction, ou encore de protection rapprochée, entre autres, elles poussent tous les actes élémentaires dans leurs extrémités avec un souci du détail qui fait leur force. Cette maîtrise leur confère une largeur de vue certaine et un sens critique aiguisé sur les matériels qu'elles mettent en œuvre.
 
Redéployées massivement depuis 2009 sur de très nombreux théâtres, du Sahel à l'Afghanistan en passant par l'Afrique de l'ouest, ces unités couvrent un spectre plus que large en termes de milieux d'emploi. Ces environnements hostiles, divers et variés, offrent des conditions particulièrement rustiques et mettent à mal tout type d'équipement ; ils permettent d'en tester les aptitudes à moindre coût et dans des délais plutôt courts au regard de la durée des travaux d'études menés par les spécialistes en titre.
 
Enfin, les statuts particuliers de centres de formation délégués des régiments de forces spéciales encouragent l'innovation et développent un sens pédagogique particulier chez tous les cadres appelés à instruire à tour de rôle. Ce véritable vivier d'experts en tous genres constitue une force de proposition tangible en matière d'équipement.
 
Un potentiel humain certain, forgé par l'expérience de missions complexes, de milieux d'engagement exigeants et d'un système de formation unique, offre de grandes possibilités en matière de recherche et développement (R&D) pour l'armée de Terre. Dès lors, le point clé demeure la capacité à fédérer ces énergies.
 
Une capacité de test toute particulière
 
Les formations de la brigade des forces spéciales terre (BFST) disposent de centres d'expertise et d'innovation particulièrement aptes au test et au développement de programmes d'équipements complexes. Leurs compétences attirent même les industriels, qui y voient une manne sans égal pour leurs matériels à éprouver ou en cours de conception.
 
 
Sous l'égide de la BFST, trois cellules régimentaires de R&D, dont deux permanentes au 1er RPIMa et au 13ème régiment de dragons parachutistes (13ème RDP), effectuent un travail de fond considérable pour l'amélioration des matériels de leurs corps et par extension, de leur armée. Elles constituent de véritables pôles d'expertise et disposent des unités élémentaires autant que des instructeurs spécialisés de leurs régiments pour mettre en œuvre des processus de tests efficients.
 
Par ailleurs, à travers de nombreuses commissions telles que la mission innovation et la commission interarmées d'étude pratique concernant les opérations spéciales (CIEPCOS), les cellules R&D bénéficient de financements internes importants afin de concrétiser les projets portés par certains cadres de leurs unités. Ainsi, des détecteurs passifs de mouvement, des systèmes de déclenchement à distance de charges explosives et bien d'autres projets ont vu le jour.
 
En outre, depuis la PME jusqu'à THALES, les sollicitations extérieures s'amoncèlent pour appuyer le développement d'un projet particulier. Près de soixante entreprises travaillent actuellement en coordination avec le 1er RPIMa sur des programmes très divers. La création d'un système de trois drones sur un gilet de combat pilotés par un terminal nomade de type personal digital assistant (PDA), comme le développement du SHERPA de RENAULT TRUCKS DEFENSE,requièrent les avis éclairés des hommes de terrain accomplis de Bayonne, Pau ou Souge. Dans ce cadre, les entreprises prennent le financement des études à leur charge.
 
Aussi, l'intérêt est double puisque les unités des forces spéciales de l'armée de Terre s'impliquent activement dans les programmes qui aboutiront à des matériels futurs plus ergonomiques proposés sur le marché et demeurent en pointe en matière d'innovation à travers un lien fort avec le monde de l'entreprise. Ces travaux mériteraient une plus grande considération par l'administration centrale.
 
Des programmes ô combien importants et un positionnement perfectible
 
Si la capacité d'innovation et de développement des forces spéciales ne peut être remise en cause, les matériels produits en grande série peuvent différer très fortement d'avec les modèles de petite série qui leurs sont proposés par les industriels.Certains programmes majeurs en cours d'épreuve mobilisent tout de même l'attention de l'armée de Terre. Un meilleur positionnement, une reconnaissance officielle des formations de la BFST en tant que centres de tests faciliteraient le développement de synergies avec la STAT, voire même avec la Délégation générale de l'armement (DGA). 
 
Tout d'abord, en matière d'armement, l'infanterie s'intéresse de près aux fusils utilisés depuis quelques années à Bayonne. Quatre fusils sont observés en particulier : les modèles G36 et 416 de Heckler & Koch (Allemagne), le SCAR de FN HERSTAL (Belgique) et l'ARX 160 de Beretta (Italie). À titre d'information, le HK 416 est en dotation dans les forces spéciales terre depuis le mois de mars 2009. Ces dernières ont contribué à de nombreuses évolutions réalisées sur cette arme qui dote également l'ensemble de l'US Marine Corps depuis le mois de mai 2010, sous l'appellation de M27 Infantry Automatic Rifle. Le remplacement du FAMAS est une question cruciale pour l'armée de Terre qui continue à mettre en place son programme de fantassin à équipements et liaisons intégrés (FELIN).
 
Une autre question de remplacement concerne le camouflage des tenues. Ce sujet hante les esprits des spécialistes de la chaîne d'habillement depuis plus de dix ans. Le paquetage des forces spéciales, actuellement en cours de validation, pourrait bien apporter une solution. En effet, le 1er RPIMa est le leader d'un projet arrivé à maturité après plus de trois ans de travail en collaboration avec le fabricant de textiles belge Utexbel. Un camouflage dit «multiland»est sur le point de voir le jour, et le centre d'expertise du soutien du combattant et des forces (CESCOF) de Rambouillet est particulièrement intéressé par ce travail qui semble le plus abouti aujourd'hui dans son domaine.
 
Sans effectuer un inventaire de tous les programmes qui pourraient être étendus à l'armée de Terre, force est de constater à quel point l'imbrication est forte aujourd'hui en matière de R&D entre les forces spéciales et les forces conventionnelles. C'est pourquoi une politique commune plus efficiente dans la conduite des programmes d'équipement devrait naturellement être mise en place. À minima, une interaction serait envisageable avec la STAT dans le cadre des procédures dites d'urgences opérationnelles (UO) pour le développement et l'expérimentation de nouveaux matériels.
 
En conclusion, la complémentarité des forces spéciales et des forces conventionnelles s'opère non seulement en opérations, mais aussi pour l'amélioration des matériels de toutes les formations. Plus qu'un banc d'essai, les unités de la BFST constituent un véritable pôle d'expertise proactif placé en avant-garde, au service de leur armée. Dans un contexte de réduction des coûts et de recherche de mutualisation des moyens, agir à l'unisson avec les entités dédiées à la R&D semble indispensable. Les processus de tests plus courts et bon marché proposés représentent un véritable atout à exploiter en créant statutairement des centres de tests supplémentaires.
 
Les réformes potentielles de l'année 2012 pourraient bien encourager vivement ces rapprochements, voire les porter au niveau de l'interarmées.

 
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