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Histoire et Stratégies

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Les guerres des Boers 1880-1881 et 1899-1902

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Par DESTIA

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En 1877, le Transvaal est menacé par une offensive imminente des armées zoulous en provenance du Natal. Lord Carnavon, le ministre des colonies britanniques, veut profiter de la situation pour proposer l’annexion aux Boers et pour envoyer des troupes qui prennent le contrôle de la région. C’est soutenu par Piet Joubert et Marthinus Wessel Pretorius que Paul Kruger, leader charismatique des Boers, refuse alors cet état de fait. Il organise une résistance armée qui n’est opérationnelle qu’à la fin de l’année 1880. Le 16 décembre 1880, les rebelles boers proclament l’indépendance du Transvaal à Potchefstroom..

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Contexte :
 
Les Boers (d'un mot hollandais qui signifie paysans et se prononce bour) sont en effet les descendants des Hollandais et Français qui se sont installés autour du cap de Bonne Espérance au XVIIe siècle. Ils se nomment aussi Afrikaners (Africains, dans leur langue, l'afrikaans, dérivée du hollandais). Rudes et solidaires, ils veulent par-dessus tout préserver leurs coutumes et leur religion calviniste. L'entente entre les Britanniques et les Boers ne fut historiquement jamais très bonne. En 1836, la plupart des Boers, mécontents de l'administration britannique dans la colonie du Cap (l'anglais était devenu la langue officielle en 1828 au détriment du néerlandais, puis l'esclavage avait été aboli sans compensation financière suffisante) décident de quitter la colonie. C'est ce que l'on appelle le « Grand Trek » vers l'est sous le commandement de Piet Retief. Ces colons fondent alors la République indépendante du Natal, après avoir battu les Zoulous à la bataille de Blood River. Mais en 1843, les Anglais s'en empare et les Boers sont contraints de repartir l'ouest pour atteindre une région située entre les fleuves Orange et Limpopo. Le 18 janvier 1852, la Grande-Bretagne reconnaît l'indépendance des territoires situés au nord du fleuve Vaal, qui prennent ainsi le nom de Transvaal, République d'Afrique du Sud ou ZAR (Zuid-Afrikaansche Republiek). Elle reconnaît également le territoire compris entre l'Orange et le Vaal, qui deviendra, le 23 février 1854, l'Etat libre d'Orange. Le fleuve Orange marque désormais la frontière entre la colonie britannique du Cap et les républiques boers. Néanmoins, la Grande-Bretagne affiche, quant à elle sa volonté de bâtir une fédération des États d'Afrique australe. En 1867, des diamants sont découverts dans la région du Griqualand que les deux Etats Boers revendiquent. Malheureusement, en puissance coloniale, la Grande-Bretagne réussit à obtenir la souveraineté sur le Griqualand le 27 octobre 1871. Dès lors, les Britanniques, sous les ordres de Lord Carnavon, grisés par ce succès, veulent maintenant annexer le Transvaal.
 
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Déroulement des campagnes : 

Phase 1 : Premiers affrontements

En 1877, le Transvaal est menacé par une offensive imminente des armées zoulous en provenance du Natal. Lord Carnavon, le ministre des colonies britanniques, veut profiter de la situation pour proposer l'annexion aux Boers et pour envoyer des troupes qui prennent le contrôle de la région. C'est soutenu par Piet Joubert et Marthinus Wessel Pretorius que Paul Kruger, leader charismatique des Boers, refuse alors cet état de fait. Il organise une résistance armée qui n'est opérationnelle qu'à la fin de l'année 1880. Le 16 décembre 1880, les rebelles boers proclament l'indépendance du Transvaal à Potchefstroom. Le 20 décembre, ils attaquent et détruisent un convoi militaire britannique à Bronkhorstspruit. Plusieurs garnisons britanniques du Transvaal sont alors assiégées par des commandos boers jusqu'au 6 janvier 1881. Les Boers se vétissent de tenues kaki, alors que les uniformes britanniques arborent une couleur rouge vif, ce qui permet aux Boers de tirer facilement et à distance sur les troupes impériales. Après plusieurs escarmouches, les britanniques sont sévèrement battus à la bataille de Majuba le 27 février 1881.Une armistice est alors signée le 6 mars 1881 et complétée par un traité le 22 mars 1881. Selon les termes de ce dernier, les Boers du Transvaal retrouvent leur autonomie tout en restant sous la souveraineté britannique. En 1884, la convention de Londres redonne sa pleine souveraineté au Transvaal réorganisée sous sa forme originelle de république d'Afrique du Sud.

 

Phase 2 : Les Boers prennent l'ascendant

Avec la découverte d'or au Transvaal, des milliers de colons britanniques arrivent de la Colonie du Cap. Johannesburg devient une ville champignon peuplée de uitlanders (mot néerlandais signifiant étranger, désignant les Britanniques venant s'installer dans le Transvaal) Ces colons dépassent rapidement en nombre les Boers sur le gisement, bien que restant une minorité dans le Transvaal lui-même. Les Boers, agacés par la présence des uitlanders, leur refusent le droit de vote et taxent lourdement l'industrie aurifère. En réponse, les uitlanders exercent une pression sur les autorités britanniques pour obtenir le renversement du gouvernement boer. Le meurtre de l' uitlander Tom Edgar en décembre 1898 par un membre de la police du Transvaal sert de prétexte pour légitimer une intervention britannique. Le 9 octobre 1899, Kruger, pressentant que la guerre est inévitable, lançe son propre ultimatum avant même d'avoir reçu celui du ministre britannique Chamberlain. Il donne 48 heures aux Britanniques pour évacuer leurs troupes des frontières du Transvaal. Le Royaume -Uni refuse de céder et la guerre est déclarée le 11 octobre 1899. Les Boers prennent l'initiative en envahissant en partie la Colonie du Cap et la Colonie du Natal entre octobre 1899 et janvier 1900 mais sans exploiter cette manoeuvre. À la mi-décembre, au cours d'une période connue sous le nom de « Semaine noire », du 10 au 15 décembre 1899, les Britanniques sont défaits à Magersfontein, Stormberg et Colenso.

Après un nouvel échec dans leur tentative de briser le siège de Ladysmith au cours de la bataille de Spion Kop, les troupes britanniques, commandées par Lord Roberts, ne reprennent l'initiative qu'avec l'arrivée d'importants renforts à compter du 4 février 1900 (en particulier des troupes canadiennes).

 

Phase 3 : L'effondrement des Boers et la victoire stratégique britannique

Forts d'effectifs conséquents, les Britanniques lèvent alors le siège de Mafeking le 18 mai et obtiennent la reddition du Général boer Piet Cronje et de 4 000 de ses combattants. Ils avancent alors au coeur des deux républiques boer, cherchant à atteindre leurs centres de gravité politiques et s'emparent finalement de la capitale de l'État libre d'Orange, Bloemfontein le 13 mars et de la capitale du Transvaal, Pretoria, le 5 juin. De nombreux observateurs britanniques pensent alors que la guerre touche à sa fin mais les Boers créent une nouvelle capitale, Kroonstad, et, face à la faiblesse de leurs moyens conventionnels, ils planifient une campagne de guérilla pour attaquer les lignes de communication et de ravitaillement britanniques.

Le nouveau dirigeant de l'armée britannique, Lord Kitchener, réagit en construisant des postes fortifiés pour fixer les mouvements des groupes de combattants irréguliers. Ces points d'appui réduisent les mouvements des guérillas mais ne permettent pas, à eux seuls, de les battre.

Kitchener forme alors de nouveaux régiments de cavalerie légère, y compris des carabiniers Bushveldt de recrutement local, qui parcourent les territoires contrôlés par les Boers, traquant les groupes de rebelles. En mars, il adopte une stratégie de la terre brûlée et détruit environ 30 000 fermes et une quarantaine de petites villes. Au cours de ces opérations, 116 572 Boers sont envoyés dans des camps de concentration correspondant à un quart de la population, auxquels s'ajoutent quelques 120 000 Africains noirs. 45 camps de tentes sont construits pour enfermer ces civils ainsi que 64 autres pour la population noire. Les camps de Boers abritent essentiellement des personnes âgées, des femmes et des enfants. Les conditions de vie dans ces camps sont particulièrement insalubres et les rations alimentaires réduites. Pour les combattants, se sont les maladies, comme la typhoide, qui sont les plus meurtrières. Epuisés, les derniers combattants boers se rendent en mai 1902 et la guerre se termine officiellement avec le Traité de Vereeniging à la même date. Les deux Etats boer sont dissous et les territoires annexés par la couronne britannique.

Exemple d'une bataille irrégulière :

En constatant le mouvement d'une brigade britannique vers les réserves d'eau de Bloemfontein, un groupe de fusiliers fut envoyé, de nuit, par le chef Boer De Wet pour occuper un ravin de la Modder River, emplacement idéal pour une embuscade. A la première lueur du jour, le 31 mars, l'artillerie de Piet de Wet ouvrit le feu depuis les collines au moment où les Britanniques montent leur camp. La surprise tactique fut complète, semant la panique dans le camp. Les Britanniques commencent à se retirer, comme prévu en direction du ravin occupé quelques heures plus tôt par les Boers. Des charriots de civils britanniques arrivent les premiers au ravin et sont capturés par les Boers, qui les menacent de mort s'ils préviennent les Britanniques. Ceux-ci, imprudents approchent de la rivière par petits groupes. De Wet capture ainsi 200 hommes et 6 canons. Appuyés par leur artillerie, les autres forces britanniques se replient premier. Environ 3 heures plus tard, la 9ème division d'infanterie commandée par le Général Major Henry Colville arrive pour soutenir la brigade montée harcelée, mais les hommes de De Wet, très mobiles, se sont retirés vers des postions hautes plus défendables sur la Modder River. Les Boers peuvent alors s'esquiver et garder le contrôle des réserves d'eau de la région. Les Britanniques perdent 155 hommes, morts ou blessés. 428 hommes, sept pièces d'artillerie et 117 charriots. Les forces boers ne déplorent que 3 morts et 5 blessés. Mais plus grave que les pertes militaires était la perte du contrôle de l'eau potable de Bloemfontein. Ceci aggrava grandement l'épidémie de fièvre typhoïde qui touchait l'armée britannique, et qui causa la mort de 2 000 soldats.

 

Bilan :

Pertes des Boers : 6 000-8 000 morts, nombre inconnu de morts de maladie, 24 000 civils morts, 116 000 déportés sur place, 25 000 déportés à l'étranger.

Pertes des Britanniques : 6 000-7 000 morts, environ 14 000 morts de maladie.

 

Enseignements :

- Les deux Etats boer n'ont pas de liberté d'action stratégique car ils sont isolés et n'ont le soutien d'aucune puissance coloniale.

- Au cours de la première guerre, les Britanniques sous-estiment leurs adversaires et perdent toute liberté d'action en n'engageant que des moyens limités.

- Le premier conflit avec les Britanniques permet de signer des traités qui sont imparfaits et ne donnent qu'une autonomie relative aux Boers malgré la souveraineté acquise (possibilité pour les colons britanniques de venir dans ces Etats).

- L'absence de contrôle de l'économie aurifère et de ses conséquences affaiblit la position des Boers et crée les conditions d'un retour à la guerre alors que les deux Etats indépendants ne sont pas prêts militairement.

- Conscients de leur faiblesse, les Boers utilisent la surprise en attaquant les premiers mais n'exploitent pas l'ascendant acquis par une manoeuvre et une stratégie réfléchies sur le territoire britannique. C'est l'échec de l'atteinte d'un effet final recherché et d'une issue politique rapides.

- A partir de 1898, les victoires tactiques ne permettent pas le succès de la campagne ni une conclusion politique favorable de l'engagement militaire, les Britanniques disposant de réserves conséquentes en troupes.

- Le temps ne joue pas en faveur des Boers qui perdent l'initiative en fixant leurs faibles troupes sur des sièges de villes ou de concentrations ennemies. Ils ne réalisent donc pas une bonne économie des moyens.

- Ne pouvant concentrer leurs efforts, ils ne défendent pas leurs capitales, centres de gravité politiques et économiques, perdant ainsi l'accès aux ressources de ces agglomérations et au soutien de la population urbaine.

- Dans la guerre irrégulière, le point faible des troupes conventionnelles du Royaume- Uni et leur liberté d'action repose bien sur sa logistique et le soutien des hommes (pertes par maladie).

- La stratégie de guérilla lancée par les Boers à partir de 1900 permet d'obtenir de bons résultats militaires mais conduit à la déportation et à la mort de nombreux civils.

- Les gains de temps obtenus par la guérilla des Boers ne se traduit pas par un résultat politique et la stratégie de la terre brulée de Kitchener étouffe peu à peu la rébellion.

- Les Britanniques doivent adapter leur outil de combat pour faire face à la guerre irrégulière (unités de cavalerie légère, points d'appui fortifiés) et pour suivre le rythme de manoeuvre imposé par les Boers.

- Si les Britanniques obtiennent la victoire, celle-ci est gagnée au prix de lourdes pertes et de comportements très contestables tant du point de vue moral que juridique.