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Engagement opérationnel

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Les opérations DDR : des missions calibrées pour l’armée de Terre

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Par DESTIA

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Les engagements de notre armée ces vingt dernières années ont été majoritairement conduits au cours de conflits intra étatiques (Ex-Yougoslavie, Rwanda, Cote d’Ivoire, Afghanistan, et maintenant Mali). Ces conflits, dont la récurrence ne semble pas devoir faiblir, sont difficiles à solder. En effet, les causes profondes souvent ancrées dans les cœurs et les esprits, l’implication forte des populations et les destructions importantes des tissus socio-économiques ne trouvent pas leur résolution dans des victoires militaires. Seule une action longue, complexe et globale peut ramener la paix lorsque qu’une nation s’est déchirée.

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C’est pourquoi l’ONU a encouragé le développement des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR). Leurs opérations ont pour but d’aider un Etat sortant d’une crise interne à retrouver au plus tôt sa stabilité en agissant sur la première menace : la possession d’armes par les populations. Cette action se doit d’être un relais permettant aux gouvernements légitimes de reprendre en main la sécurité, tout en enclenchant la reconstruction économique. Idéalement un programme de DDR doit être relayé par les institutions locales après 18 à 24 mois, afin de contenter à la fois les partenaires économiques soucieux d’obtenir rapidement des dividendes et le pouvoir politique désireux de retrouver sa souveraineté au plus tôt. L’expérience acquise lors des opérations passées a conduit à la définition de standards proposés comme référence pour organiser et conduire un programme de DDR.1
Les unités françaises, souvent engagées pour résoudre des conflits intra étatiques, ont rarement été appelées à prendre part aux opérations DDR, si ce n’est pour assurer la liaison avec les organisations conduisant un programme dans nos zones d’action.
Plusieurs causes rendront les opérations DDR plus nombreuses à l’avenir, c’est pourquoi l’armée de Terre doit s’engager dès maintenant dans ces missions qui sont une des clés de la résolution des crises futures.
Les engagements futurs : autant d’opérations DDR en perspective.
Les opérations DDR débutent dès la fin de la phase de stabilisation et s’achèvent lors de la phase de normalisation. Elles comprennent trois étapes. Il s’agit d’abord de désarmer les belligérants (ou ex-combattants) dans le cadre d’un accord de paix. Ensuite il faut procéder à leur démobilisation en tant qu’acte administratif reconnu par le pouvoir légitime. La phase finale vise leur réintégration dans la société civile par le biais du développement économique tout en respectant les tissus sociaux.
Certains facteurs inciteront davantage les nations fragilisées par un conflit à mettre en œuvre      des      programmes      de      DDR, indépendamment ou aidés par la communauté internationale.

Le premier facteur correspond à la maitrise de la force par l’Etat aidé. L’action de son gouvernement est d’abord subordonnée au contrôle de l’armement sur son territoire. Ce contrôle renforce la liberté d’action des forces légitimes et contribue à la sécurité des populations. En décidant d’adopter un programme de DDR, le gouvernement accepte de confier la maitrise de la violence aux forces de sécurité institutionnelles, et non plus aux factions politiques ou ethniques. Ce choix, parfois difficile, a toujours été fortement   appuyé   par   les   instances internationales   dans   le   cadre des négociations des accords de paix. En Libye, des équipes américaines, anglaises et françaises ont sécurisé environ 5000 Manpads2 et leurs composants suite à la résolution 2040 du Conseil de sécurité de mars 2012.
Le deuxième facteur est contenu dans la répétition des conflits ethniques ou intra étatiques. Le système des relations internationales et l’héritage des siècles passés en sont les causes. La résolution de ce type de crises, comme l’ont montré les dernières interventions internationales en Somalie, Irak ou Afghanistan, demande une approche globale. Cette nécessité trouve dans les opérations DDR une réponse pragmatique.
Le troisième facteur est celui de l’avantage politique. Il réside dans le principe d’appartenance nationale d’une opération DDR. Ce principe favorise la mise en œuvre de tels programmes. Tout en conservant leur souveraineté sur les opérations menées, les gouvernements locaux peuvent obtenir de la part des organisations internationales une aide humaine, matérielle et financière3. L’ONU appuie     actuellement     des     missions     en République démocratique du Congo, en Côte d’Ivoire et à Haïti. Elle met également en place un processus de DDR au Darfour/Soudan et en Somalie et fournit également des avis et un appui opérationnel au Burundi, en République centrafricaine et en Guinée-Bissau. Ces aides confèrent au pouvoir en place un gage politique et économique majeur.
En créant les conditions favorables à la mise en œuvre des programmes DDR suite aux   conflits   intra   étatiques,   les   institutions   internationales   provoquent   des opportunités d’engagement pour nos forces terrestres. L’armée de Terre peut d’ores et déjà y répondre favorablement.
L’armée de Terre : une force prête pour les opérations DDR.
A travers les opérations DDR, l’armée de Terre peut accroitre l’efficacité de son engagement opérationnel sur un théâtre. Les réussites tactiques ayant conduit à l’accord de paix y trouvent un prolongement logique et nécessaire capable d’amener la victoire stratégique. L’armée de Terre, sans le savoir, y est prête.
L’action purement militaire, apportée en aide à une opération DDR, se développera dans la première phase. Le désarmement nécessite dans un premier temps des capacités d’engagement. Tant le renseignement sur les belligérants, que la connaissance du terrain acquise depuis l’entrée sur le théâtre, permettent de réaliser le principe de planification des opérations DDR. Cette planification doit anticiper les stocks d’armes à collecter, les zones favorables au regroupement des ex- combattants et les sites de la mission. La collecte doit être sécurisée pour éviter le pillage des stocks d’armes, protéger les participants au programme et interdire les trafics d’armes. Ces tâches sont réalisables par des GTIA4 employés dans des missions de reconnaissance ou de contrôle de zone.

L’armement récupéré requiert une action matérielle et logistique. Le principe d’adaptation, de transparence et de responsabilité demande une gestion quantitative et qualitative des armes récupérées. Ce désarmement doit faire l’objet de contrôle et de   justification   auprès   de   l’Etat   hôte.   Les   compétences   en   gestion   des maintenanciers et des logisticiens de l’armée de Terre peuvent s’exercer concrètement dans le suivi de ce désarmement. Nos unités du génie seront chargées de la neutralisation et la destruction de ces armes, de leurs munitions et des explosifs associés. L’expertise technique des spécialistes en armement de l’armée de Terre permettra de proposer un reversement d’une partie du matériel collecté au profit des nouvelles forces de sécurité.
La démobilisation met en jeu des processus comparables à la reconversion que l’armée de Terre pratique depuis longtemps. Elle permet le retour à la vie civile de nos engagés professionnels. Les cadres administratifs de nos unités peuvent contribuer au retour des ex-combattants dans leur société. La démobilisation nécessite de créer une base de données pour chaque participant au programme. Cette base administrative, confiée ensuite au gouvernement local, établira un état civil, précisant l’état sanitaire et les compétences professionnelles de chaque ex- combattant   afin   d’adapter   la   réintégration   à chacun.
Bien que moins militairement marquée, la phase de réintégration contient des actions que peut conduire spécifiquement l’armée de Terre comme la réintégration des ex-combattants au sein des nouvelles    forces    de    sécurité.    Cette    action demande initialement une évaluation des anciens combattants. Ils doivent être dignes, c’est-à-dire reconnus par la justice locale comme innocents face aux exactions commises lors du conflit, et aptes à servir leur Etat. Leur formation doit aboutir à un ensemble cohérent à partir d’éléments disparates. Cette mission est conforme à celles des OMLT et de la mission EPIDOTE en Afghanistan. D’anciens Moudjahidin et le reste de l’armée formée par les soviétiques ont été amalgamés au sein de l’armée nationale afghane grâce en partie au travail des militaires français.
Le cadre général des missions DDR offre à toutes les spécialités entretenues au sein de l’armée de Terre un milieu d’engagement opérationnel concret. Elle peut s’y engager avec un volume modulé dans le temps, allant d’un ou plusieurs GTIA lors du désarmement à des équipes de spécialistes lors des étapes suivantes voire insérer des cadres pour leur planification. Mais plus que la volonté d’envoyer les soldats en opération, il faut considérer cette opportunité comme un facteur d’accroissement des compétences et des valeurs développées dans les forces terrestres.
Les opérations DDR : des engagements au bénéfice net attractif.
Si l’armée de Terre consent à engager des troupes dans de futures opérations DDR, elle en tirera des enseignements et des expériences utiles et transposables dans les autres missions. Plus qu’un milieu d’application de nos savoir-faire, il faut considérer ces opérations comme des révélateurs et des catalyseurs de nos qualités.
Les principes de planification et d’intégration des programmes DDR provoqueront l’insertion d’officiers et de sous-officiers d’état-major dans des équipes internationales. Nos cadres y seront confrontés à des problématiques très larges directement liées à la sécurité de l’Etat hôte. A la prise en compte du terrain, des populations et du contexte politique, comme lors d’une planification opérationnelle traditionnelle, s’ajoute l’analyse de l’environnement économique et sanitaire, des capacités d’éducation et du contexte social. Cette vision globale contribuera à confirmer et renforcer les compétences de nos personnels. C’est aussi dans ce cadre que des équipes civilo-militaires peuvent concrètement identifier les facteurs clés de la réintégration sur le terrain et guider les décisions politiques sur les questions économiques et sociales liées au programme DDR.
Les spécialistes techniques et administratifs de l’armée de Terre exercent majoritairement leurs compétences dans un milieu connu et éprouvé, souvent éloigné de l’engagement opérationnel. Quel que soit leur niveau et leur domaine de spécialité, ils auront un rôle important lors d’opérations de DDR. Dans ces opérations, ils seront confrontés à une gamme de matériels ou à des processus sûrement différents, parfois inconnus, et probablement plus variés que ceux qu’ils ont l’habitude de pratiquer. C’est la perspective d’un enrichissement professionnel et individuel qui rejaillira directement dans la qualité de leur investissement quotidien.
Centrées sur les populations, les opérations DDR confronteront nos soldats à l’acteur le plus difficilement perceptible des conflits : la population. Néanmoins, agissant dans un contexte de stabilisation – normalisation, ils conduiront leur mission dans un environnement apaisé permettant un approfondissement serein des relations humaines avec les habitants d’une zone de crise. Cette expérience précieuse en enseignement et en retour d’expérience améliorera l’identification et la compréhension du lien qui existe entre des troupes étrangères ?d’occupation” et les victimes d’une zone de conflit.
Ainsi l’engagement dans des opérations de DDR offre à l’armée de Terre un cadre propice à la valorisation des compétences et au développement des qualités humaines de ses personnels.
Pour aller plus loin.
Dans le cadre de la défense de ses intérêts ou dans le rôle international qu’elle s’est choisie, la France continuera, peu ou prou, indépendamment ou en coalition, à engager ses forces terrestres pour le rétablissement de la paix suite à des conflits intra étatiques. La participation de nos forces à des opérations de DDR restera donc possible dans le futur. Ces opérations ont comme singularité d’être complexes et humaines. Elles doivent à la fois aborder globalement les enjeux de la stabilisation et être conduites au profit de populations éprouvées. Elles offrent donc un environnement riche pour engager les forces terrestres de la France. D’autant que cet engagement correspond aux capacités actuelles de l’armée de Terre, et qu’il permettra une valorisation de son potentiel collectif et individuel.
De plus dans le cadre étroit de la décision politique d’un engagement militaire les opérations de DDR présentent l’intérêt d’un cadre juridique clair et un contexte médiatique favorable, ainsi que l’opportunité de pratiquer une diplomatie à notre portée.
1 Operational guide to the integrated disarmament, demobilization and reintegration standards.
2 Man portable air defense system : système de missile anti-aérien portable par un homme.
3Six sources de financement sont envisagées par l’ ?Operational Guide to IDDR-S” (3.41) :
1.            Des fonds de réponse rapides (Fonds fiduciaire thématique du PNUD « Prévention des conflits et relèvement », Instrument de Stabilité de la Commission européenne, Fonds de construction de la paix et renforcement de l’État de la Banque mondiale).
2.            Budget ordinaire de maintien de la paix de l’ONU.
3.            Contributions volontaires des bailleurs.
4.            Contributions des agences, programmes et fonds ONU.
5.            Dons et prêts de la Banque Mondiale.
6.            Contributions du gouvernement local.


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