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Engagement opérationnel

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Les postes isolés : un mode d’action efficace en contre-guérilla ?

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Par DESTIA

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Engagé dans la province de Kapisa (Afghanistan) depuis le mois de juillet 2008, le Groupement tactique 700 hommes armé par les forces françaises est déployé dans son intégralité sur deux postes ou Forward Operational Base (FOB). Ce concept de FOB est le principe présidant à l’organisation du déploiement tactique des forces de l’ISAF ou de l’Opération Enduring Freedom (OEF) en Afghanistan. Il consiste en l’installation des unités dans des bases isolées, très sécurisées et à partir desquelles se conduisent les opérations (patrouilles, opérations de plus grande ampleur). Ce n’est pas sans rappeler la notion de « poste isolé » déjà utilisée, notamment lors des campagnes d’Indochine et d’Algérie.

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Alors que les réflexions sur les tactiques de contre-insurrection se multiplient, ltude de l'organisation des forces sous l'angle de leur déploiement apparaît pertinente à bien des égards.

 

Ainsi, à la lumière des expériences indochinoise et algérienne, il est possible d'avancer que, si les postes isolés incarnent l'indispensable  aspect défensif de la tactique  militaire anti-guérilla, ils ne constituent un outil pertinent que dans la mesure ils s'ingrent dans un dispositif plus large comprenant une composante offensive.

 

 

 

 

Les postes sont une pièce maîtresse de l'échiquier du dispositif contre-insurrectionnel.

Ils sont tout d'abord le lieu dtablissement de liens de proximité avec la population en assurant la sécurité de périmètres définis. Le colonel Trinquier, dans « la Guerre moderne » rappelle l'utilité de ce dispositif dans le combat anti-guerilla. Il insiste sur la capacité de ces postes à assurer la sécurité de la population installée aux alentours et à contrôler des axes ou points clés du terrain. Par essence fixes et de portée locale, ils permettent de tisser des liens dans la due avec la population. Ils sont aussi l'instrument du travail en profondeur par la conquête des cœurs et des esprits.

 

Le cas indochinois illustre cet aspect. Les postes installés le long de la frontière sino-indochinoise datent, pour les plus importants (les citadelles de Cao Bang et Dong Khe) de la fin du XIXe siècle. Fondés aps la pacification du Tonkin, ils assurent la psence française dans ces zones recues. Ils garantissent la surveillance de la frontière et la sécurité globale de la région. Les garnisons qui y séjournent assurent de manière permanente le contact avec la population.

A partir de 1946, le maillage de postes fut complété par la création le long des routes coloniales (RC 3 et RC4 principalement) par d'autres postes confiés à des sections et/ou à des troupes autochtones. Le but était d'intensifier la surveillance de la « Haute-gion » et de rassurer les populations locales. La France assumait sa responsabilité vis-à-vis de la population qu'elle protègeait face à l'Insurrection.

 

Dans le cas algérien, la « Directive générale sur la guerre subversive » du 24 janvier 1959 précise ainsi que les postes sont « les points d'accrochage autour desquels s'ordonnent les contacts avec la population. »

En exprimant ainsi la permanence de la psence militaire, ils ont une double conséquence. Ils contribuent d'une part à rassurer l'administration civile et les populations face à une guérilla qui ne peut tenir le terrain. Ils sont aussi une contrainte pour l'insurrection qui, sans leur psence et l'activité militaire qu'ils génèrent (surveillance, mesures de reté, ravitaillements logistiques...), disposerait d'une latitude totale.

Enfin,  ces  postes  constituent un  véritable  maillage  de  capteurs  permettant de  disposer  d'un véritable renseignement d'ambiance. Ceci est d'autant plus vrai lorsque des troupes de recrutement local les occupent.

 

Pour autant, ils ne sont qu'un moyen parmi d'autres et il convient de relativiser leur impact. La directive de 1959 le précise de manière ts claire : « ils ne doivent en aucune manière devenir des buts en soi. »

 

En effet, les postes mobilisent des forces qui se consacrent avant tout à leur propre protection. Schématiquement, cet engrenage de la reté peut être repsenté de la manière suivante
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Ils rayonnent donc peu, et constituent pour la rébellion une source précieuse d'information sur l'activité militaire. Le colonel Trinquier affirme ainsi que « le dispositif des postes est étalé à livre ouvert sous les yeux de nos ennemis qui l'observent à loisir. Aucune de leurs activités ne pourra donc leur échapper. »1  S'il fallait tirer un bilan renseignement acquis - renseignement fourni, il n'est pas certain que le solde soit positif.

 

Les opérations en Indochine permettent de faire ressortir les éléments suivants :

-  les  nombreux  postes  partis  sur  les  136  kms  de  la  RC4  entre  Cao  Bang  et  Langson apparaissent comme vulnérables et inutiles. Cette perception s'accroît en particulier aps le basculement de la Chine dans le camp communiste. L'isolement, la répartition le long d'un axe favorable aux embuscades et la situation dans une zone géographique difficile (massifs calcaires, jungle) limitant les capacités de manœuvre, d'observation et de tir des troupes françaises.

- la densification du dispositif des postes, aps 1946, « fixe » environ 5 000 hommes, qui. ont pour mission de tenir les postes et de conduire des patrouilles et des reconnaissances depuis ces postes. Ces troupes sont donc soumises à une constante surveillance de la population et du Vietminh. Cela restreint considérablement la liberté d'action des bataillons qui ne peuvent mener des opérations avec surprise.

Conscient de cette vulnérabilité, le général Revers, chef dtat-major des armées, préconise en juin 1949, aps une inspection au Tonkin, de se replier sur le « Delta utile », c'est-à-dire d'abandonner la partie septentrionale de la RC4 (au-delà de That Khe).

Un colonel Vietminh écrivit en 2000 : «C'est l'[ennemi] qui doit se retrancher derrre les clôtures de ses postes, lui qui est, à cause de nos attaques pétées, toujours sur le qui-vive, dans un état de tension et d'alertes permanentes. Quant à nous, nous gardons l'initiative et toute liberté de choisir le temps, le lieu pour engager le combat. »

 

 

 

1 Roger Trinquier La guerre moderne, Economica, 2008, p 54.


 

Dès lors, les postes ne s'avèrent finalement  utiles qu'insérés dans un dispositif militaire plus large associant unis d'intervention et forces « non conventionnelles ».

Les unités d'intervention, permettent d'assurer un rapport de force favorable en concentrant les

efforts dans une zone précise. Elles « asphyxient » la rébellion selon les propres mots du général

Challe.

 

En Indochine, le maillage de postes de la « Haute Région » ntait associé initialement à aucune autre force. Ce dispositif conçu pour assurer la surveillance d'une zone paisible n'a pas sisté efficacement face à une bellion organisée, mobile et connaissant parfaitement la région. Ce constat conduit le Général Alessandri à proposer le concept des colonnes mobiles, qui devaient pallier les faiblesses induites par le dispositif fixe des postes.

Il convient de noter également la conséquence catastrophique de lvacuation des postes de la RC4 en octobre 1950. Cet abandon de positions intenables (malgré les combats héroïques menés à cette occasion) a laissé la libre disposition de la région frontalière et ainsi permis au Vietminh de disposer d'une vaste zone refuge et de développer ses axes de ravitaillement avec la Chine. Ce premier succès a été ts largement exploité par le Vietminh. Cela a eu un impact notable sur le cours des opérations.

Appelées forces de « serve » en Algérie les forces d'intervention furent celles qui éradiquèrent les unités constituées de l'ALN en Kabylie lors de l'opération Jumelles entre juillet 1959 et mars

1960.

Les forces non conventionnelles permettaient de traquer les fellaghas sur leur terrain et de restreindre leur liberté d'action. En Algérie, ces unités apparurent à partir de 1959 et furent dénommées « commandos de chasse ».

 

 

 

 

En conclusion, revenons sur la situation  actuelle en Afghanistan.

Le dispositif adopté en 2001, et confirmé depuis, repose sur l'installation des contingents dans des FOB. Ces bases offrent la protection nécessaire aux troupes. Servant de base de départ aux missions courantes (reconnaissance, patrouille) ou aux opérations plus exceptionnelles.

Les forces alliées redécouvrent cependant les difficultés inhérentes à ce pro :

-       Distance avec la population qui généralement n'apprécie guère de voir les forces se retrancher dans leurs cantonnements,

 

-       Vulnérabilité de  ces  positions face  à  un  ennemi  mobile et  fugace.  Les  nombreuses attaques à la roquette subies par les FOB en Afghanistan (jusque dans la ville de Kaboul) en témoignent.

-       Difficultés à conserver une capacité à surprendre l'adversaire tant les mouvements sont facilement observables.

 

A ce constat, il convient d'ajouter que les forces de la coalition n'exploitent pas l'ensemble des possibilités pouvant être mises en œuvre face aux Talibans :

 

 

-     Il n'y a ni forces d'intervention ni commandos de chasse,

-     L'ANA  est  formée  sur  un  modèle  conventionnel  alors  que  les  Afghans  pourraient constituer la ressource idéale pour des unités de type commandos de chasse ;

-     Les opérations, planifiées des mois à l'avance sans garantie de tomber dans le bon timing, ne constituent pas forcément des saisies d'opportunités.


La directive relative à la « technique militaire » dans le cadre de la guerre subversive du 15 mai

1959 affirme que  « la  destruction  de l'organisation  militaire  (de la bellion) est  affaire  de renseignement et de mobilité, beaucoup plus que puissance. »

 

En Afghanistan, la puissance semble avoir été privilégiée jusqu'à présent.

 

Les expériences indochinoise et algérienne pourraient apporter un éclairage utile sur cette tactique et offrir des solutions pour contrer la bellion talibane.

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