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Valeurs de l'Armée de Terre

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Libres réflexions sur l’écriture…

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Par le Chef d’escadrons PELTIER

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L’épée est à l’officier ce que la plume est à l’écrivain, l’analogie est connue, le poncif intéressant. L’officier manie l’une avec talent, l’autre avec un conformisme désespérant. Non pas qu’il soit dénué d’imagination, d’originalité ou d’esprit critique, mais la pudeur souvent, sa culture peut être, sa formation sûrement, ont fini par l’enfermer, le cantonner dans le « prêt à penser » du « politiquement correct ». L’officier, par construction, est circonspect dans l’art de l’écriture. Il évolue dans les circonvolutions d’un style ampoulé de prudence. Réfugié derrière son devoir de réserve, prétexte à tous les silences ou toutes les lâchetés, il s’exprime rarement sur les questions de défense, fuit les prises de positions politiques, évite les sujets à polémique. Il préfère les sujets convenus ou spécialisés qui le protégeront d’un terrorisme intellectuel aujourd’hui « dimensionnant »pour l’écrivain, ou les thèmes que la mode voudra bien lui accorder.

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Loin de dénoncer nos louables efforts de communication, je constate néanmoins une tendance au « mutisme bon teint », héritée d'une histoire mouvementée entre le pouvoir politique et l'armée, quand il s'agit de sujets qui touchent les choix politiques en matière de défense. Cette tradition profondément ancrée dans notre inconscient est préjudiciable à l'avenir de notre institution.

La rupture du lien Armée-Nation, tant redoutée à l'heure où M. Chirac décidait de suspendre la conscription, est sinon consommée du moins entamée quand les armées se complaisent encore dans un asservissement trop confortable pour ne pas être dangereux.

Subordination n'est pas asservissement. Les armées n'ont pas vocation à se taire même sur les sujets politiques les plus délicats. L'obéissance coite et passive est pernicieuse, l'obéissance critique et active est constructive. L'équilibre est à trouver. Il s'agit de ne pas sombrer dans l'erreur d'une politisation de l'institution ; il s'agit plutôt de la reconnaissance d'une armée comme véritable institution politique.

La première conduit à la dictature militaire, la seconde est légitime et nécessaire. La route est étroite, les écueils sont nombreux, les risques sont certains. La solution n'est pas écrite et je ne prétends pas, en quelques lignes, trouver les réformes,  les méthodes, les hommes de bonne volonté capables, non pas de promouvoir une bonne image des armées - là n'est pas le sujet - mais de lui donner sa place politique.

Ecrire est un acte banal, séduire est un talent. Force est de constater que nos plumes militaires ne séduisent que les initiés. Force aussi de reconnaître que nos armées, quelques prolixes qu'elles puissent être sur la scène de l'écriture militaire, n'ont guère pignon sur rue, ne sont pas lues d'un grand public (plus indifférent que vraiment hostile) et sont ignorées d'une majorité de nos personnalités politiques plus soucieuses de leur cote de popularité. Les grandes questions de société déchaînent les passions médiatiques d'un jour et sont parfois à l'origine de décisions politiques importantes : elles s'inscrivent dans le processus démocratique de l'échéance électorale, véritable moteur politique. Quant aux armées, elles n'occupent le devant de la scène qu'aux heures dramatiques où la mort de nos frères d'armes crée l'événement.

Nous avons pris l'habitude de jouer les seconds rôles sans nous inquiéter de la perversité d'une situation qui nous éloigne de l'influence légitime dont nous devrions bénéficier au regard de la gravité des enjeux de la Défense, enjeux tant financiers, économiques que politiques. La pertinence de notre outil de Défense, l'orientation de notre stratégie politico militaire, l'adéquation de nos moyens et de nos équipements aux nouvelles « conflictualités », au terrorisme, à la « guerre hors limites », la défense européenne, sont autant de lettres mortes dans notre démocratie aussi hédoniste que consumériste. Ces questions essentielles ne font pas recettes sur la scène des campagnes électorales ; l'influence des armées est dérisoire pour ne pas dire inexistante. Faut-il s'en plaindre, s'en émouvoir ou s'en inquiéter ? Faut-il que la Grande Muette ne s'exprime que sur des sujets confortables au risque d'être insipide et ne susciter que cette indifférence complaisante d'un public toujours ignorant des questions essentielles que soulève la Défense aujourd'hui ? Je ne le crois pas.

"Si tu ne vas pas à la Cité, la Cité viendra à toi". En d'autres termes, si les Armées ne s'engagent pas pour affirmer publiquement leur expertise en matière de Défense et participer politiquement aux choix majeurs qui concernent la sécurité de nos concitoyens, la Cité prendra, à leur place, des décisions mues par des mobiles qui leurs seront aussi étrangers que défavorables.

La tendance des démocraties est dans la dictature du court terme, celui de l'immédiate échéance de la prochaine élection.  C'est là son principal défaut et sa première vulnérabilité. La Défense, elle, se construit sur le long terme, à fortiori quand les systèmes d'armes sont de plus en plus coûteux et complexes face à une menace diluée, diffuse, réversible mais toujours brutale, meurtrière et inopinée.

L'officier n'est  pas un  Cassandre, pas plus qu'un syndicaliste ou un homme de parti. Il est davantage ce praticien des armes, ce conseiller éclairé de toute politique mettant en jeu la sécurité du pays et l'engagement de ses forces. A ce titre, sa place n'est donc pas à l'ombre, dans la discrétion d'un sérail de serviteurs serviles. Elle est sur la scène publique d'un acteur politique au service de la sécurité de ses concitoyens. Le défi est de taille.

 

La reconnaissance politique de notre institution passe peut être par une plume affûtée mieux aiguisée, plus acérée, moins conformiste, un tantinet provocatrice... séductrice aussi. La plume a ses vertus quand l'épée est au fourreau. Usons de la première pour éviter d'user de la seconde à contretemps ...L'histoire des peuples, des nations, des empires, des civilisations s'est toujours écrite dans le sang. Je crains que le XXI ème siècle ne soit pas épargné. J'espère que nos enfants ne nous reprocheront pas notre silence sur la scène politique si leur sang venait un jour à couler, parce que nous n'aurons pas su prendre notre place au sein de l'Agor
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