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Défense et management

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Mixité, Égalité, Fraternité: Situation de l’armée de Terre, bien plus une paix visible qu’une «guerre invisible»

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Par le Chef d’escadron Raphaël Le FLOHIC

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En réponse au livre «La guerre invisible» de Leila Minano et Julia Pascual, paru en 2014, et après une réflexion étayée, le Chef d’escadron Le Flohic peut écrire avec assurance: «Qu’il s’agisse de recrutement, de barèmes sportifs, de gestion des carrières, de conditions d’emploi ou de relations de commandement, les hommes et les femmes de l’armée de Terre parviennent à conjuguer le métier militaire avec le respect de tous».

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Geneviève Asse résume ainsi son arrivée dans le monde militaire pendant la Seconde Guerre mondiale: «Quand nous sommes arrivées dans l’armée, mes camarades et moi avons été envoyées au mess des officiers. Gloussements, chahuts, réflexions un peu crues nous ont accueillies. Mais quand ils nous ont vues au travail, nous avons été respectées, admirées et aimées»[2].




Riche de ses hommes et de ses femmes, l’armée de Terre se voit parfois pointée du doigt et accusée de sexisme. Qu’en est-il vraiment au regard des réalités du terrain et des expériences vécues par les unes et les autres? L’armée de Terre est-elle pionnière en termes d’égalité entre les hommes et les femmes ou, au contraire, sert-elle de cadre à des discriminations, organisées ou non?
Au-delà de ces considérations, comment le commandement doit-il agir pour que les hommes et les femmes de l’armée de Terre continuent de servir avec passion et raison, et que camaraderie ne rime pas avec pudibonderie?
Personne ne nie l’existence de certains comportements individuels inacceptables, dans l’armée de Terre comme dans toute la société, qui déshonorent les personnes qui les commettent et leur uniforme. Pour autant, cela ne doit en aucun cas faire douter de la qualité de la situation globale, résultat de décennies de mixité croissante et de l’indéfectible attachement aux valeurs d’égalité et de fraternité d’arme.
Qu’il s’agisse de recrutement, de barèmes sportifs, de gestion des carrières, de conditions
 d’emploi ou de relations de commandement, les hommes et les femmes de l’armée de Terre parviennent à conjuguer le métier militaire avec le respect de tous.

En termes de recrutement, les besoins en quantité et en qualité de l’armée de Terre supposent de s’adresser à l’ensemble des jeunes intéressés, sans évincer quiconque en fonction de son sexe. Les choix individuels des candidats, notamment quant à leur orientation, sont bien compris; le commandement ne les remet en cause que si leur profil est incompatible avec les exigences qui en résultent.
Si le taux de féminisation global parmi les militaires de l’armée de Terre est de l’ordre de 10%, il est à noter qu’il est légèrement plus élevé parmi les sous-officiers, soit environ 12%, que parmi les officiers et les militaires du rang, soit environ 9%.
Au passage, il est intéressant de souligner que Saint-Cyr a été la deuxième école d’officiers de recrutement direct à être accessible aux femmes, après l’École de l’Air mais avant toutes les autres. Ceci contredit les préjugés selon lesquels l’armée de Terre serait au mieux réticente, au pire opposée à la mixité dans ses rangs.

Un nombre croissant de Saint-cyriennes depuis 1983


Pendant la décennie qui a suivi cette ouverture, le taux moyen de féminisation était d’à peine 1%. Au cours de la décennie suivante, il a été multiplié par cinq, pour atteindre 4,4% en moyenne. Enfin, au cours des dix dernières années, le taux a encore plus que doublé pour atteindre 10,1%, soit précisément le taux global de l’armée de Terre aujourd’hui.

Des barèmes sportifs qui favoriseraient les filles


En effet, ils sont différents en fonction du sexe, et certains affirment que les femmes sont donc avantagées alors qu’un barème unique serait plus équitable[3]. Cette approche d’un autre siècle est digne d’OSS 117 répondant en 1967 à un officier féminin lui ayant expliqué vouloir travailler «d’égal à égal»: « On en reparlera quand il faudra porter quelque chose de lourd»[4].
Voyons ce que disent les faits. Prenons l’exemple du concours d’entrée à Saint-Cyr en comparant les notes des épreuves d’admission des garçons et des filles, et observons quels écarts résultent des notes de sport[5].
Comme le montre le graphique ci-dessous, les barèmes en vigueur permettent une équité satisfaisante dans l’ensemble. Une étude plus fine révèle que les jeunes filles admissibles en filière «sciences» voient leur moyenne générale légèrement moins augmentée que l’ensemble des autres candidats par leurs résultats sportifs. Les variations liées aux épreuves sont globalement légèrement plus favorables aux garçons mais sans que cela soit flagrant. En filière «lettres» par exemple, les garçons comme les filles gagnent, en moyenne, 0.47 point grâce au sport, soit une équité parfaite grâce à des barèmes bien adaptés, n’en déplaise à ceux qui voyaient là une excuse toute trouvée pour justifier leur éventuel échec.

Avancement: des écarts insignifiants dans la majorité des cas


Parmi les militaires du rang, les sous-officiers et les officiers subalternes, aucun écart réellement significatif n’est observé en matière de temps passé dans les grades en fonction du sexe. Exit donc les préjugés selon lesquels les militaires de sexe féminin avanceraient moins vite pour cause de discrimination… ou plus vite pour cause de favoritisme, accusation évidemment lourde de sous-entendus quant aux critères de choix des chefs.

Au sein de la population des officiers supérieurs, des écarts apparaissent entre hommes et femmes. Ces dernières doivent attendre un peu plus longtemps avant de pouvoir accéder au grade supérieur (de l’ordre d’une année en moyenne). Toutefois, le taux de féminisation parmi cette population étant encore inférieur à 3%, la valeur de ces statistiques demeure de portée moins évidente. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à expliquer cette situation, sans pour autant qu’il s’agisse de discrimination sexiste. Tout d’abord, les mères de trois enfants peuvent sous certaines conditions prétendre à une retraite à jouissance immédiate dès 15 ans de services; cette possibilité a pour effet d’occasionner des carrières plus courtes pour les femmes officiers que pour leurs camarades masculins. Ainsi, beaucoup d’entre elles quittent l’institution avant d’être officier supérieur ou peu après.
Mais surtout, il convient de rappeler que l’accès des femmes à des responsabilités élevées est un phénomène trop récent pour avoir permis jusqu’à présent de prendre une ampleur suffisante. En d’autres termes, les femmes entrant à Saint-Cyr sont dix fois plus nombreuses aujourd’hui qu’il y a vingt-cinq ans; il serait donc logique qu’elles soient également de plus en plus nombreuses à occuper des postes à responsabilités dans les années à venir.
En matière de gestion des carrières, il apparaît donc que le commandement de contact joue pleinement son rôle et que les militaires sont jugés sur leurs qualités et leurs compétences et non sur leur sexe.


Hommes de carrière, femmes sous contrat?


Dans une armée de Terre comptant une majorité de contractuels, le fait d’accéder au statut de militaire de carrière est souvent un tournant important. Cette question ne concerne bien sûr pas les militaires du rang, qui servent tous au titre d’un contrat. Parmi les sous-officiers, l’équilibre est assuré: le taux de féminisation global se retrouve aussi bien parmi les sous-officiers sous contrat que parmi les sous-officiers de carrière. Pour les officiers, en revanche, le taux de féminisation est presque quatre fois plus élevé parmi les officiers sous contrat (19%) que parmi les officiers de carrière (5%). Ceci résulte notamment de la très forte féminisation de la population des officiers sous contrat spécialistes, et il serait assurément abusif de voir là une quelconque discrimination. Ce point est toutefois intéressant à prendre en compte pour bien comprendre le profil de la catégorie et le type d’emplois qu’occupent majoritairement des femmes officiers.

De grandes inégalités concernant les diplômes


Dans toutes les catégories, les femmes sont nettement plus diplômées que les hommes.
Ainsi, parmi les officiers, près des trois quarts des femmes sont titulaires d’une licence au minimum tandis que plus de la moitié des hommes ne possède que le bac. Chez les sous-officiers, près des trois quarts des femmes possèdent le bac contre moins de la moitié des hommes. Chez les militaires du rang, enfin, près de la moitié des femmes sont au moins bachelières contre moins d’un quart des hommes.
Cette situation illustre que non seulement les femmes de l’armée de Terre ont permis de réussir le pari audacieux de la professionnalisation sur le plan quantitatif, mais également qu’elles ont contribué à une élévation sensible du niveau des militaires sur le plan qualitatif. Cet élément est particulièrement important pour promouvoir l’image de l’armée de Terre aux yeux de la société civile, qui s’imagine bien trop souvent le militaire comme une personne peu qualifiée et dont le cerveau n’est pas l’organe le plus utilisé… Concrètement, il appartient au commandement d’exploiter ces compétences lorsque l’occasion se présente, notamment pour inciter les femmes à gravir les marches de l’escalier social qui caractérise l’armée de Terre.

Parité ou égalité?


Il est bien sûr paradoxal de vouloir, sous couvert de liberté, mettre en place des quotas fixant des impératifs de parité ou de féminisation chiffrés dans telle fonction, dans telle catégorie ou dans tel domaine de spécialité. La liberté doit, en revanche, permettre à chacune et à chacun de choisir la voie dans laquelle ses qualités lui permettront de s’épanouir et de servir au mieux. Il n’est pas question bien sûr de se limiter à des rôles prescrits; mais la motivation ne doit pas être non plus de chercher systématiquement à aller contre ses propres désirs sous prétexte de prouver au monde qu’ils résultent d’un conditionnement et que le salut ne pourra venir que de son contre-pied.
Haïm Korsia, qui fut longtemps aumônier israélite en chef des armées avant d’être élu grand rabbin de France, résume ainsi les choses: «À l’image de la langue d’Esope, la féminisation n’est pas bonne ou mauvaise, elle est ce que nous en ferons, ensemble, hommes et femmes réunis»[6].

Une publicité pour une marque de chocolat prétendait dans les années 1990 représenter «quelques grammes de finesse dans un monde de brutes». Malgré son aspect caricatural, cette formule peut rappeler la vision du Colonel Pierre-Joseph Givre lorsqu’il commandait le 27ème bataillon de chasseurs alpins: «Dans les opérations dures, comme en Afghanistan, les femmes sont indispensables. Elles contribuent à l’équilibre psychologique des unités. Leur sensibilité et leur humanité sont un facteur d’apaisement des tensions internes et externes dans un environnement soumis au stress permanent pendant six mois»[7].

L’évolution s’étant faite pas à pas, essentiellement depuis le milieu du XXème siècle, il paraît raisonnable de se fixer un objectif d’équilibre – ce qui bien sûr n’a rien à voir avec une quelconque parité forcée – pour toutes les catégories, y compris les officiers supérieurs, à l’échéance 2025-2030. Quoi qu’il en soit, le métier militaire continuera assurément de faire rêver davantage les petits garçons que les petites filles, mais l’essentiel reste sans nul doute que tous puissent y accéder s’ils le souhaitent vraiment et ont les qualités requises.


Le Chef d’escadron Raphaël Le FLOHIC est né le 02/10/1976 à Orléans. Il est marié et père de cinq enfants. EMIA, ALAT, de spécialité contrôleur aérien, puis commandant d’unité à l’EAALAT à DAX. Il a été ensuite affecté au secrétariat du CFMT en tant qu’adjoint au secrétaire général du CFMT. Il appartient à la DESTIA/CESAT et est actuellement en projection au sein de la FINUL depuis le 20 janvier 2015. Il suivra ensuite la scolarité de la Führungsakademie (Ecole de guerre allemande).




[1] Référence au livre «La guerre invisible, révélations sur les violences sexuelles dans l’armée française», de Leila Minano et Julia Pascual, paru en 2014. Les auteurs s’appuient sur des cas graves pour en déduire des généralités, laissant penser au lecteur que tout militaire de sexe masculin représente un danger potentiel pour les femmes.
[2] Inflexions n°17, 2011, «Hommes et femmes, frères d’armes? L’épreuve de la mixité». Geneviève Asse est une artiste peintre mondialement reconnue qui s’est engagée dans les FFI puis au sein de la 1ère DB en première ligne en qualité de conductrice ambulancière. Elle a servi de Belfort jusqu’au camp de Terezin, où elle a participé à évacuer les survivants. Elle est décorée de la croix de guerre et a été élevée cette année à la dignité de grand’croix de la Légion d’honneur.

[3] Les barèmes sportifs des tests physiques annuels varient également en fonction de l’âge, mais cette situation ne fait l’objet d’aucune remarque, contrairement aux écarts liés au sexe.
[4] Film OSS 117, Rio ne répond plus.
[5] Afin d’être plus représentative, cette analyse porte sur trois années consécutives (2012-2014), soit sur plus de 1.000 candidats admissibles, dont environ 150 jeunes filles.
[6] Inflexions n°17, 2011, «Hommes et femmes, frères d’armes? L’épreuve de la mixité»
[7] Inflexions n°17, 2011, «Hommes et femmes, frères d’armes? L’épreuve de la mixité»
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