Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Image
Saut de ligne
Engagement opérationnel

Saut de ligne
Image

Opérations en urgence : une menace pour les mises en condition avant projection (MCP) ?

Image

Par le CNE(TA) BICHON

Image

Les interventions « coups de poing » en Libye et au Mali doivent-elles remettre en cause le cycle de préparation opérationnelle des forces terrestres, héritage des projections en Afghanistan ?

Image
La préparation opérationnelle a toujours été au cœur des préoccupations des chefs militaires ; s’assurer qu’elle soit efficace, pertinente et suffisamment intense. Objectif : VAINCRE.
En 2008, le GA IRASTORZA, CEMAT de l’époque, sanctuarise une période de MCP incompressible pour tout militaire se rendant sur le théâtre afghan, ce qui sera rapidement élargi à tous les théâtres d’opérations. Depuis cette date, la MCP n’a cessé de se densifier pour devenir aujourd’hui un véritable parcours du combattant, qui peut s’étaler jusqu’ à 8 mois avant le départ.
Et d’un autre côté, lorsque des unités sont projetées en urgence dans le cadre notamment des prises d’alerte GUEPARD[i], elles n’ont pas de facto la possibilité de suivre un parcours de préparation opérationnelle spécifique, la MCP, de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Et pourtant, elles démontrent une remarquable efficacité dans leurs actions. Ainsi, en 2011, la France s’engage en Libye sans préavis et enchaîne avec le Mali et la République Centrafricaine en 2013. Ces forces sont projetées en urgence, sans avoir effectué une période de MCP stricto sensu, et parviennent malgré tout à remplir leur mission et faire plier leurs adversaires.

Alors si ces unités parviennent à accomplir leur mission sans effectuer de MCP, faut-il maintenir cette période de préparation spécifique dont la charge est lourde pour les unités ? Ou au contraire, faut-il tout simplement la supprimer et se recentrer sur une préparation générique à la fois plus exigeante et plus polyvalente, qui rendrait toutes les unités en permanence « prêtes à l’emploi » ?
Dans un contexte global de restrictions budgétaires, cette interrogation est d’autant plus pertinente que la France cherche à asseoir auprès de ses partenaires internationaux ses capacités et son savoir-faire dans le domaine de « l’entrée en premier sur un théâtre » dans la gestion des crises, c’est à dire sur court préavis.
« … afin de maintenir l’aptitude de l’armée de Terre à s’engager d’emblée, je veux adapter notre dispositif de préparation opérationnelle actuel au juste niveau d’exigence requis, tout en maintenant l’effort porté sur la PO décentralisée et la priorité donnée aux mises en condition avant projection.»
Directives du CEMAT pour la période 2013-2016.

Alors moins qu’une remise en question de son existence, il s’agit désormais d’adapter celle-ci au contexte actuel des engagements opérationnels ainsi qu’aux diverses contraintes extérieures (politiques et budgétaires). Ainsi, le maintien des MCP, s’il répond en premier lieu à une volonté politique, impose surtout aux forces terrestres d’adapter cette préparation.

Tout d’abord, les forces terrestres doivent adapter leur préparation opérationnelle au rythme des projections.
L’adaptation de cette préparation opérationnelle est d’autant plus importante que le rythme particulièrement élevé des projections dans des conditions physiques et psychologiques éprouvantes, avait contribué à augmenter la capacité opérationnelle de nos soldats. Ils ont acquis des savoir-faire techniques et tactiques précieux (cf. RETEX du CDEF sur le succès du mandat SERVAL 1 au Mali dû en grande partie à l’expérience de l’Afghanistan). Aujourd’hui ces savoir-faire sont entretenus au travers de l’engagement de la France en Afrique. Il s’agit désormais d’orienter la préparation opérationnelle (y compris les MCP) vers un maintien de ce niveau d’excellence atteint, tout en permettant un engagement sur très court préavis.
Depuis 2011, la France engage ainsi certaines de ses unités de manière rapide, sans préavis et de facto sans MCP. C’est ainsi que les unités d’alerte, rentrant d’OPEX, sont projetées dans un délai très court : pas de temps pour une MCP. La MCP, ce sera pour les suivants c’est-à-dire pour leur éventuelle relève. Réalisant alors la nécessité de valoriser et ne pas négliger ces prises d’alerte, les forces terrestres ont élaboré un système calqué sur celui des MCP, appelé mise en condition générale de la prise d’alerte Guépard. Le point d’orgue de cette préparation, au-delà du contrôle de l’aptitude générale à la projection, est l’orientation systématique de cette préparation. En effet, les services concernés, au regard de l’actualité internationale, des zones de conflits existantes ou potentielles et des centres d’intérêts nationaux, vont donner des orientations aux unités des forces terrestres. L’objectif est que ces unités, et notamment leur état-major, se préparent à tel ou tel type d’intervention dans une ou plusieurs régions identifiées, en fonction des menaces plus ou moins identifiées.
La préparation réalisée en amont de la prise d’alerte doit donc aujourd’hui constituer un moment-clé dans la vie de toutes les unités, et pas uniquement dans celles qui appartiennent à des unités dites d’élite ou à une brigade d’urgence. Peut-être faudrait-il envisager d’exiger ce même niveau de préparation opérationnelle pour les unités pré-positionnées, notamment en Afrique ?
Image
Bien évidemment, ces préparations demandent la mise en place et l’attribution de moyens adaptés. Pour cela, les forces terrestres devront en permanence adapter le parcours de préparation opérationnelle aux moyens et outils dont elles disposent, tout en ne remettant jamais en cause le niveau d’exigence attendu.
Pourront-elles relever ce défi ?
Les forces terrestres imposent aujourd’hui à leurs unités l’atteinte d’un niveau seuil, fixé et adapté pour chaque métier et spécialité, se concrétisant sous la forme d’un parcours normé. L’atteinte de ce niveau seuil permet aux unités de débuter la période de MCP avec un niveau général de préparation satisfaisant.
Cependant, s’il est facile de le transcrire en directive, il est parfois plus compliqué « sur le terrain » d’atteindre les objectifs fixés, notamment en termes de parcours normé, d’aguerrissement, de combat AZUR ou même de contrôle des états-majors. En effet, les unités n’ont pas toujours le temps (rythme des activités toujours plus intense : projections mais aussi exercices, coopérations bilatérales, missions intérieures, etc.), ni les moyens (parc d’entraînement insuffisant et vieillissant, centres d’entraînement spécialisés (CES) saturés) d’atteindre ce niveau seuil. Les régiments n’ont alors pas d’autre choix que s’adapter sans jamais renoncer à atteindre le niveau exigé. Devant ce manque de moyens, certains chefs militaires vont jusqu’à demander à leurs unités de faire preuve d’imagination, tel le général de brigade BARRERA en 2012, qui commandera la force SERVAL en 2013 :
« Plus que jamais, il appartient à chacun de faire preuve d’esprit d’initiative et d’imagination pour ne pas subir et redécouvrir des recettes réussies comme le terrain libre qui permet la manœuvre à pied, en blindés, les bascules de PC, (…).
Les temps sont durs, mais rien n’est impossible. Refusant la médiocrité, l’improvisation, la routine, nous devons nous préparer à la guerre et nous adapter, car le monde actuel n’a jamais été aussi dangereux et le jour venu, nous partirons toujours avec ceux que nous aurons formés. ».
Il est cependant bien évidemment des domaines où l’imagination atteint rapidement ses limites (nécessiter de disposer de matériels militaires). Alors, afin d’aider les unités dans leurs démarches, il est primordial que s’instaure un dialogue entre les régiments, les brigades et le CFT. Une piste de réflexion serait de valider tout ou partie des parcours normés, en prenant en compte des activités non normées. Cela peut être une participation à un exercice international pourvu que ces parcours répondent à certains critères, mais également l’expérience acquise lors d’une mission de courte durée (MCD) et surtout lors d’une opération extérieure récente.
S’adaptant à cette situation, le CFT est amené à permettre aux unités d’atteindre leur niveau seuil en début de MCP. Il leur attribue alors prioritairement des passages en CES, ce qui de facto se fera au détriment de la préparation opérationnelle générique d’autres unités. Souffrant de ce glissement de l’atteinte du niveau seuil, les régiments ont déjà commencé à axer leur planification de préparation opérationnelle autour de la période de MCP. En effet, elle leur permet clairement de disposer enfin de moyens suffisants et adaptés à leur entrainement.
Ce constat amène, autant que le besoin de disposer de troupes prêtes à l’emploi, à se poser la question du maintien d’une période de MCP de plusieurs mois. Ne faudrait-il pas plutôt repenser un cycle de préparation opérationnelle où la MCP serait réduite à son strict minimum (informations sur le théâtre, règles d’engagement, etc.)? Et le reste serait composé de tous les savoir-faire techniques et tactiques qui auront effectivement été validés et certifiés lors de l’atteinte du niveau seuil en fin de préparation opérationnelle générique.
Enfin, il reste un domaine où cette préparation opérationnelle minimale n’est pas toujours efficiente : le domaine interarmées.

Ainsi les forces terrestres doivent également adapter leur préparation opérationnelle à la réorganisation de la Défense issue des réformes initiées en 2008, et notamment la décision de la création des bases de défense.
Depuis la mise en place de la chaîne du soutien et la création des organismes interarmées (OIA), l’état-major des armées (EMA) a pris en compte la nécessité de maintenir un niveau minimal de préparation opérationnelle. Il a créé le système de rattachement des OIA à des corps d’adossement, qui peuvent être des régiments de l’armée de Terre, des bases aériennes ou navales. Traduisant à son niveau les directives de l’EMA, l’armée de Terre quant à elle, en imposant que tout personnel rattaché à une unité pour effectuer une période de MCP détienne un « fond de sac », a également pensé que cela « fonctionnerait ». Or, force est de constater qu’au quotidien cela n’est pas le cas, et ce pour des raisons finalement simples. En effet, le personnel désigné n’a pas toujours le temps de se préparer (désignation tardive ou personnel indispensable dans son service), ou bien n’a pas pris le temps de le faire (l’Afghanistan ? On n’en parle plus à la télévision, c’est donc que la situation est stable). Enfin, lorsqu’un militaire de l’armée de Terre est rattaché à un corps d’adossement de l’armée de l’Air, dont les directives de préparation opérationnelle sont différentes, il peut rencontrer des difficultés à atteindre le niveau de préparation exigé par l’armée de Terre. Malgré la mise en place d’un stage Pack Vital par les forces terrestres, dont la vocation est de vérifier si le personnel projeté détient bien le minimum de préparation avant la projection, ces difficultés demeurent. Or, ces difficultés sont largement surmontables puisqu’elles dépendent pour la grande majorité de la volonté et de la responsabilité des individus et de celles des chefs qui désignent, qui peinent à placer la préparation opérationnelle au cœur du métier du soldat. Par conséquent, la préparation opérationnelle de ce personnel issu des OIA reste aujourd’hui un problème réel.


Une solution pourrait être la création par l’EMA d’un centre interarmées de préparation opérationnelle, dédié à la fois au continuum de préparation et à la MCP.

Repenser le cycle de préparation opérationnelle des forces terrestres pour les adapter au nouveau contexte d’engagement ne pourra donc se faire sans tenir compte de nombreux paramètres : des incontournables contraintes budgétaires aux impératifs de contrat opérationnel (LBDSN 2013[ii]). Il s’agira également d’intégrer dans cette réflexion la question de la préparation opérationnelle interarmées. Car, comme le disait déjà en 1958 le général de Gaulle, « nous devons non pas conserver l'armée de nos habitudes, mais construire l'armée de nos besoins ».


[i] Le dispositif d’alerte Guépard déjà ancien prévoit que 5.500 hommes tenus en alerte, par période de six mois, puissent être mobilisés et déployés, par échelons successifs, dans un délai de 12 heures à neuf jours. La nouveauté du Guépard NG, c'est qu'il constitue un réservoir homogène de troupes, minutieusement préparées et entraînées, du volume d'une brigade, dans lequel le commandement peut puiser en cas d'urgence.
[ii] Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale de 2013.
Image