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Tactique générale

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Pas de victoire sans la surprise au XXIème siècle

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Par Chef de bataillon Philippe LE DUC

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Souvent sous-estimé dans la pensée militaire française, l’impératif de la surprise dans la conception de toute manoeuvre doit permettre de faire face aux quatre défis inhérents aux opérations militaires du XXIème siècle.

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La notion de surprise, bien que présente dans la pensée militaire française, n’y tient cependant pas la place aujourd’hui primordiale qu’elle devrait occuper. Confrontée à une nouvelle diminution de son format, devant également faire face à l’absence de réalisation d’une quelconque « pause » dans ses engagements, et surtout devant prendre en compte un contexte inédit alliant guerre au sein des populations et diplomatie multilatérale, l’armée française doit faire évoluer le mode de conception de ses opérations.
L’adoption de la surprise comme mode d’action systématique représente la seule option réaliste pour une armée française numériquement réduite devant faire face à une complexification croissante de son environnement.
Les trois défis des conflits au XXIème siècle.
L’armée française doit aujourd’hui faire face aux trois défis que sont : la raréfaction des forces disponibles, la multiplicité et la simultanéité des crises, et la versatilité du soutien des opinions publiques nationales et locales.
Des forces resserrées. Le dernier Livre Blanc décrit une armée de Terre composée d’un volume de forces projetables de l’ordre de 66 000 hommes. Cette évolution s’accompagne en outre d’une réduction au strict minimum de chaque capacité. L’armée de Terre est de fait devenue une armée « d’échantillons » où tout esprit de redondance des moyens a disparu. A titre d’exemple, elle ne comptera plus qu’un unique régiment de Lance-roquette Unitaire (LRU), un seul régiment d’artillerie sol-air, et d’ici 2014 comptera seulement trois régiments de chars lourds. Cette évolution est d’ailleurs partagée par l’ensemble des nations européennes de niveau équivalent à la France, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne ou encore l’Italie, qui furent pourtant les principaux protagonistes de ce que les historiens ont nommés les conflits de l’ère industrielle avec des armées de masses.
Une pause opérationnelle qui se fait attendre. Par ailleurs, la pause opérationnelle anticipée (la fameuse « betteravisation ») n’a finalement pas eu lieu. Confrontée à l’enchainement rapide des crises dans la zone arabo-musulmane, le monde politique français n’a eu d’autre choix, en dépit des annonces effectuées dans le cadre du retrait d’Afghanistan, que d’engager l’armée française au Mali. Aussitôt le Mali « assagi », une nouvelle intervention s’est engagée en Centrafrique. Cette année 2013 particulièrement « chargée », faisait en outre suite à une période éprouvante, qui avait connu simultanément l’engagement prolongé en Afghanistan, l’opération Harmattan en Libye et une intervention de plus d’une décennie en République de Côte d’Ivoire. Par conséquent, plus que jamais et en dépit de la diminution du volume des forces disponibles, l’armée de Terre apparait constamment sur la brèche sur des théâtres multiples, simultanés, le plus souvent lointains et d’intensité variable.
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Un environnement complexe. D’une part, les armées françaises doivent désormais faire preuve d’une capacité à mener des opérations dans un contexte de guerre au sein des populations. Elles doivent de ce fait s’assurer non seulement du soutien incontesté des engagements par l’opinion publique nationale, mais également obtenir de l’opinion locale à minima de tolérer cette intervention. Sans ces deux soutiens, il n’est plus de victoire possible. D’autre part, l’environnement diplomatique des interventions françaises va en se complexifiant. Sortie définitivement de son isolement diplomatique de l’époque gaullienne au tournant des années 1990, la France doit désormais composer lors de ses engagements avec une triple participation aux organisations internationales que sont l’ONU, l’OTAN et l’Union Européenne. Si elle tire des bénéfices certains dans ses interventions des appuis diplomatiques ou militaires que lui apportent ces trois organisations, elle doit en revanche composer avec leur consentement lors de chacun de ses engagements. L’aval du conseil de sécurité des Nations-Unies, préalable à l’intervention en Centrafrique, a encore récemment confirmé cette évolution.
Pour faire face à ces trois défis, les armées ne peuvent plus se contenter de concevoir leurs opérations comme si elles disposaient toujours des « gros bataillons » d’autrefois. Elles ne sont en outre plus positionnées face à un ennemi proche, clairement identifié et unique (comme ce fut le cas avec l’Allemagne puis l’URSS) ou de type « postcolonial » (Tchad). Et surtout, l’opinion publique n’est plus « formatée » au nationalisme bon teint des « hussards noirs » de la République.
La surprise : l’outil indispensable pour faire face à ces trois défis.
Un démultiplicateur de forces. La surprise permet d’une part de démultiplier les forces « amies », ce qui est un avantage non négligeable pour une armée aux effectifs et aux moyens réduits. L’adage de Tamerlan1 suivant lequel : « Il vaut mieux être 10 là où il faut, que 10.000 ailleurs » (FT-02) résume assez bien cet effet démultiplicateur. En mettant en oeuvre la surprise, une force peut donc s’attaquer à des adversaires bien supérieurs en nombre, tout en bénéficiant d’une supériorité numérique locale. Un engagement efficace sur un point faible du dispositif adversaire tout en fixant pour objectif l’atteinte du coeur de la puissance adverse (comme ce fut le cas lors de l’offensive terrestre des forces de la coalition lors de la seconde guerre du Golfe) est la clef du succès pour des forces réduites.
Un effet paralysant. Elle permet d’autre part de paralyser l’adversaire. En effet, ce dernier, surpris par l’intervention inopinée des forces ennemies, voit son dispositif contourné ou fragmenté et ses réserves rendues inopérantes du fait de leur mauvais positionnement. A cette paralysie physique, s’ajoute une paralysie morale qui facilite le délitement des unités adverses. Ce sentiment de paralysie morale fut particulièrement flagrant au sein de l’armée française à l’issue de la percée de Sedan de mai 1940. M. Bloch2, dans l’Etrange défaite le résume par la formule : « Aussi bien, avons-nous jamais, durant toute la campagne, su où était l’adversaire ? ». L’effet paralysant, tant physique que moral, n’est recherché que parce qu’il permet d’accélérer l’accès au succès définitif des opérations engagées. Grâce à cette accélération de la décision, une armée de taille réduite peut ainsi frapper vite et fort sur un de ses théâtres d’engagement, ce qui la rend disponible pour s’engager ailleurs rapidement (à la façon dont Tsahal procéda successivement sur ses trois fronts durant la guerre des Six jours : Sinaï, puis Cisjordanie et enfin Golan).

Une décision rapide. En outre, l’obtention rapide de la décision s’inscrit parfaitement dans le contexte de guerre au sein des populations. S’assurer du soutien le plus large possible de l’opinion publique nationale est un enjeu vital pour les armées des nations démocratiques modernes. Certes, cet objectif relève avant tout du domaine politique et non des attributions purement militaires. Cependant, le récent exemple afghan a démontré que ce sont bien les militaires déployés en opération qui voient leurs règles d’engagement dictées par les variations du moral de la Nation. Il est donc important d’en tenir compte dans la conception des opérations. Or la surprise, en permettant l’obtention rapide d’une décision répond de façon pertinente à cet objectif, car cela permet d’éviter de devoir assumer les conséquences d’une baisse de la confiance de la Nation. Enfin, il s’agit également de tenir compte de l’opinion publique locale. Cette opinion apparait tout aussi versatile que la précédente, et il semble d’autant plus important de ne pas lui laisser le temps de « murir » son éventuelle hostilité. Ici également, l’obtention rapide de la décision et un retrait à l’issue, favorisé par la surprise, semblent nettement avantageux. Le contraste existant entre les opérations Pamir et Serval, quant à la perception des opinions publiques nationales et locales, plaide largement en faveur de la surprise.
En harmonie avec la diplomatie. « La guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens » nous dit Clausewitz dans De la guerre3. Cette formule semble ne jamais avoir été aussi justifiée que dans le contexte actuel d’interventions sous forte contrainte diplomatique. Par ses différents niveaux de mise en oeuvre, la surprise présente justement la souplesse nécessaire pour s’adapter à l’environnement diplomatique avec lequel une Nation doit composer. S’il est favorable, la surprise pourra être recherchée au niveau stratégique. L’engagement inattendu des forces américaines en Afghanistan suite aux attentats du 11 septembre, avec l’aval de la communauté internationale, en est un bon exemple. La diplomatie au sein d’organisations internationales pourra même faciliter la surprise au niveau stratégique, comme ce fut le cas avec l’appui logistique fourni par l’OTAN lors du déploiement dans des délais très courts des 5 000 hommes de la force Serval. Au contraire, si le contexte diplomatique est contraignant, voire défavorable, la surprise devra plutôt être recherchée au niveau tactique. Les limitations imposées en termes d’engagement au sol, ont orienté les alliés occidentaux vers la recherche d’une surprise tactique basée sur l’utilisation intensive de moyens aériens durant l’opération Harmattan en Libye.
Une arme à large spectre.
La surprise est souvent perçue sous un angle très réducteur qui la limite le plus souvent à l’exploitation d’une innovation, à l’utilisation d’unité réservée ou dotée d’une doctrine nouvelle, voire générée par une opération de déception.
Différents niveaux. La surprise est en réalité bien plus riche que cette vision réductrice. B. Liddell-Hart4 identifiait pour sa part trois niveaux de surprise aux conséquences croissantes pour l’adversaire. Tout d’abord la surprise tactique : celle qui procure temporairement l’ascendant sur le terrain, mais qui peut être rapidement annulée par l’intervention d’un nouvel élément (réserves). C’est, par exemple, le niveau de surprise généralement atteint par le procédé classique de l’attaque à l’aube. Ensuite, la surprise décisive : c'est-à-dire la surprise qui donne le « ton » d’une campagne sans pour autant assurer la victoire définitive. La capitulation du général Mack à Ulm en 1805 a clarifié les rapports de forces en faveur de Napoléon, mais la décision définitive n’a été obtenue qu’après Austerlitz. Enfin, la surprise morale est celle qui paralyse définitivement l’adversaire. C’est le niveau de surprise atteint par Tsahal lors de la campagne du Sinaï de juin 1967.
Une action sur le front... La surprise peut en premier lieu reposer sur les deux procédés classiques que sont les surprises de lieu et de temps. Attaquer par un itinéraire impromptu ou dans des circonstances inattendues sont des ruses qui remontent à l’Antiquité (Alexandre le Grand). La surprise, c’est aussi la mise en oeuvre d’un mode d’action nouveau ou d’une organisation tactique nouvelle. L’utilisation de parachutistes déposés par planeur sur les superstructures du fort belge d’Eben-Emael en est un bon exemple. La mise en oeuvre du système divisionnaire par les armées révolutionnaires face aux armées d’ancien régime en est un autre. Ce peut être également l’utilisation de nouvelles technologies. L’engagement des chars d’assauts britannique devant Cambrai en 1917, qui créèrent momentanément la panique dans les lignes allemandes, en est un exemple éloquent.
… et au-delà du front. La surprise ne se limite cependant pas à la ligne de front, elle engerbe aussi l’utilisation de nouveaux moyens logistiques ou informationnels. L’utilisation de chemins de fer par les armées de l’Union pendant la guerre de Sécession puis l’utilisation massive de la radio par les armées allemandes lors de la campagne de mai-juin 1940 illustrent bien ces deux volets. Enfin, la surprise est fréquemment engendrée par la mise en oeuvre d’une opération ou d’un procédé de déception : l’intoxication des services de renseignement de l’Axe par les Alliés visant à simuler un débarquement en Crète à l’été 1943 pour mieux assurer la réussite du débarquement réel en Sicile. A ce titre, la Numérisation de l’Espace de Bataille (NEB) qui permet à l’information de circuler plus rapidement, recèle un fort potentiel pour créer la surprise.
Une modèle à suivre : Overlord. Force est de constater que la surprise est un procédé particulièrement riche dont la seule limite s’avère être le plus souvent l’imagination. En les étudiant de plus près, il est intéressant de remarquer que les grandes victoires militaires ont systématiquement bénéficié de la redoutable efficacité de la surprise. L’exemple de l’opération Overlord en est un cas exemplaire car elle a vu l’utilisation du spectre complet de la surprise. Un assaut en un lieu inattendu sur les plages de Basse-Normandie éloignées des ports en eaux profondes. Des circonstances inattendues : en plein milieu d’une période de mauvais temps. Il vit également la mise en oeuvre de nouveaux procédés technologiques comme les engins du génie spécialisés dans le nettoyage des obstacles de plage. Des moyens logistiques nouveaux furent engagés, comme la construction de ports artificiels et l’établissement d’un pipeline sous-marin. Enfin, via l’opération Fortitude, elle vit la mise en oeuvre d’une magistrale opération d’intoxication des services de renseignement de l’Axe, cherchant à les convaincre de l’imminence d’un débarquement dans le Pas-de-Calais.
Comment remédier au manque de culture de la surprise.
L’héritage de Foch. La pensée militaire française s’articule autour du triptyque des principes de la guerre défini par le futur maréchal Foch lorsqu’il était instructeur de tactique à l’Ecole de Guerre. Ces principes que sont la concentration des efforts, l’économie des moyens, et la liberté d’action, ne citent pas nommément l’idée de surprise. Celle-ci est en fait « diluée » dans les principes de concentration des efforts (être fort là ou l’ennemi ne s’y attend pas) et dans celui de liberté d’action (pour être capable de surprendre il ne faut pas être constamment en réaction face aux actions de l’ennemi). En réalité, l’objectif de Foch était avant tout de faire assimiler à son auditoire la pensée militaire de
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l’adversaire prussien bâti presque un siècle auparavant par Clausewitz. Or, ces deux auteurs ont volontairement passé au second plan l’idée de surprise car elle ne leur paraissait pas primordiale dans le contexte environnant les jeunes chefs dont ils souhaitaient former l’esprit. Dans le cas de Clausewitz, il s’agissait d’en finir définitivement avec les traditions « vieillottes » des armées d’ancien régime en inculquant à l’armée prussienne la volonté d’écraser l’adversaire, ce dont Bonaparte avait fait la démonstration à la tête des armées françaises au tournant des XVIIIème et XIXème siècles. Pour Foch, l’objectif était similaire. Il s’agissait d’inculquer aux futurs chefs français l’agressivité de la pensée militaire prussienne pour prévenir un nouveau Sedan. La surprise ne lui apparaissait de fait pas essentielle, car la Nation disposait d’une armée de masse pour répondre à l’agression d’un adversaire proche et clairement identifié, sur des champs de bataille connus de la frange Nord-Est du territoire national. En d’autres termes, Foch pensait maitriser suffisamment son environnement opérationnel pour se permettre de se dispenser de la notion de surprise. Néanmoins, pour Clausewitz comme pour Foch, la surprise ne fut jamais complètement absente de leurs pensées. Pour le Prussien, la surprise et la ruse étaient justement l’arme des armées faibles et inférieures numériquement. Pour le Français, il s’agissait avant tout de parer la toujours possible surprise stratégique. Dans les deux cas, seuls leurs enseignements essentiels ont perduré, les circonstances dans lesquelles ces pensées furent élaborées ont été depuis oubliées.
Une surprise sous-estimée. Aujourd’hui, la pensée militaire française reste basée sur les trois principes de Foch. La surprise n’y est évidemment pas complètement absente. Dans Tactique Générale (FT-02), elle est même présentée comme un mode d’action à privilégier dans l’application pratique des principes de Foch. Mais, c’est justement le terme « privilégier » qui apparait comme le noeud du problème. Dans l’esprit français, « privilégier » signifie « non obligatoire » et se trouve souvent bien vite simplifié en « accessoire ». La notion de surprise représente fréquemment une sorte de « cerise sur le gâteau » d’une belle manoeuvre, celle qui permet d’avoir une meilleure note dans une épreuve de tactique. Dès la formation initiale des officiers, la culture de la surprise est bien souvent absente. Il en est hélas de même dans les écoles d’applications. « Pas un pas sans appui » y rencontre nettement plus de succès que l’adage, qui d’ailleurs n’existe pas : « pas un plan sans surprise ».
Une instruction à renforcer. La notion de surprise ne doit plus être décrite comme un procédé à privilégier, mais comme un impératif, au même titre qu’il est impératif pour tout officier d’état-major de disposer d’un élément réservé quand il bâtit une manoeuvre. Nul besoin pour ce faire de jeter au feu les trois principes édictés par Foch qui conservent toute leur valeur ; la surprise doit simplement devenir un réflexe. Enfin, le seul moyen efficace d’inculquer véritablement une culture de la surprise consiste à insister sur cette notion dans les écoles de formation initiale et d’application. C’est à Coëtquidan, à Saumur ou à Draguignan que l’on formera une génération de chefs aptes à créer la surprise.
Quelles capacités et quel modèle d’armée pour mettre en oeuvre la surprise ?
Un effort sur le renseignement. Pour surprendre, il faut avant tout être particulièrement bien renseigné sur l’adversaire. C’est pourquoi le renseignement doit augmenter en qualité dans une armée orientée systématiquement vers des opérations basées sur la surprise. Le dernier Livre Blanc a d’ailleurs confirmé l’effort dans ce domaine initié par le document de 2008, ce qui devrait notamment permettre de remédier aux trous capacitaires s’étant fait jour, tant en Afghanistan qu’au Mali, dans le domaine des drones.
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Un soutien à renforcer. En outre, une armée à vocation mondiale se doit, pour être capable de surprendre, de déployer sur court préavis des moyens conséquents, d’en assurer le soutien et de les rapatrier rapidement une fois l’opération achevée. Or tel n’est pas le cas à l’heure actuelle, qu’il s’agisse des moyens logistiques de niveau stratégique ou tactique. Le déclenchement de l’opération Serval a une nouvelle fois démontré les lacunes en matière de transports stratégiques qui n’ont pu être levées que grâce à l’opportun soutien des alliés de la France dans ce domaine. S’y sont également manifestées une nouvelle fois les faiblesses, déjà identifiées, en matière de transport logistique de théâtre. Le problématique désengagement de l’opération Pamir avait quant à lui mis en lumière deux faiblesses. D’une part : un manque de moyens logistiques pour procéder à un rapatriement rapide des équipements déployés, et d’autre part : le sous-dimensionnement de la chaine maintenance en métropole pour permettre leur remise à niveau rapide avant un nouvel engament (« métropolisation »). Un effort conséquent doit donc être consenti dans ces domaines clés, si l’armée française souhaite disposer de forces à la hauteur de ses ambitions politiques.
Développer des armes nouvelles. Les armées doivent développer les outils que sont la cyber-guerre et la NEB pour élargir le spectre de leur capacité à surprendre. En effet, il ne devrait pas uniquement être question de cyber-défense en France, mais bien de cyber-guerre. C'est-à-dire, acquérir la capacité de mener des actions offensives à caractère surprise, sur le modèle de celles pratiquées par la Russie lors de la campagne de Géorgie de 2008. Celles-ci avaient en effet permis aux armées russes : non seulement de paralyser les systèmes de transmissions adverses, mais avaient également rendu inopérante la communication du gouvernement géorgien vis-à-vis des médias internationaux. Par ailleurs, le développement de la NEB doit être approfondi car il permet l’optimisation de l’emploi d’unités au volume réduit, répartis de façon lacunaire sur un théâtre d’opération, comme ce fut le cas lors de l’opération Serval.
Un modèle d’armée taillé pour la surprise. Enfin, à travers les Livres Blancs de 2008 et 2013, la France a confirmé son choix de maintenir un modèle d’armée complet ; c’est-à-dire comprenant à la fois un corps de bataille classique dédié au combat de haute intensité et des forces de projection d’urgence plus légères. Ce choix a fréquemment été décrié comme représentant justement une « absence de choix », en maintenant artificiellement l’ensemble des capacités, avec des effectifs souvent réduits. En réalité, ce choix représente surtout une opportunité, car il permet à la France de disposer d’un outil polyvalent et justement apte à mettre en oeuvre l’ensemble du spectre de la surprise. Il lui évite par conséquent d’enfermer son outil militaire dans les schémas étriqués d’armée d’interventions ultra-marines, ou au contraire de replis défensif sur le pré-carré métropolitain. La Nation dispose ainsi d’une « boite à outil » opérationnelle complète apte à lui assurer, par le biais d’actions surprises, la crédibilité et la pérennité de son influence au niveau international.
Adopter la surprise comme mode d’action systématique représente donc bien la seule voie crédible pour une armée française, numériquement réduite et confrontée à une complexification croissante de son environnement, souhaitant par ailleurs rester en phase avec la volonté politique affichée de poursuivre les traditions d’indépendance nationale et d’influence internationale.


1 Chef de guerre Turco-mongol (1336-1405) ayant conquis un vaste empire de la Chine jusqu’au coeur de l’Asie Mineure.
2 M. Bloch, L’étrange défaite, Première partie-L’étrange défaite, chapitre II-La déposition d’un vaincu, page 74.
3 C. von Clausewitz, De la guerre, Livre premier-Sur la nature de la guerre, Chapitre 1-Qu’est-ce que la guerre, 24-La guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens.
4 Cité par : Colonel YAKOVLEFF, Tactique théorique, Première partie-La nature de la guerre, chapitre 5-La surprise, 5.2-Niveaux de surprise, page 68.
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