Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Image
Saut de ligne
Sciences et technologies

Saut de ligne

Prospective et innovation en recherche de victimes ensevelies

Image

Par le capitaine (TA) CHRISTOPHE DEBRAY

Image

Cet article, très vivant, est un rappel bienvenu sur ce que sont les unités de la sécurité civile. Unités de l’armée de terre, elles sont mises pour emploi à la disposition du ministère de l’Intérieur afin d’intervenir pour sauver des vies humaines lors de catastrophes naturelles ou provoquées. Après une «mise en ambiance» à partir du cas concret d’Haïti, l’auteur aborde la nature, les missions et l’organisation des UIISC, ainsi que leur bilan au fil des années. Il termine par un gros plan sur la mission de sauvetage déblaiement et les techniques de recherche associées.

Image
Image


12 janvier 2010, 16h53 (heure locale)


Début du cauchemar en Haïti à Port-au-Prince

 Un décrochement sénestre de deux mètres se produit entre les plaques tectoniques Nord-Américaine et Caraïbe sur une longueur de plus de 70 kilomètres sur la faille «Enriquillo-Plaintain Garden» qui traverse l’île Hispaniola d’ouest en est à environ 5 kilomètres au sud de la capitale d’Haïti, Port-au-Prince. Un terrible séisme de magnitude 7,2 sur l’échelle ouverte de Richter se produit alors, à la faible profondeur de 10 kilomètres, libérant une énergie équivalente à une explosion de 5 mégatonnes de TNT. L’épicentre du séisme se situe à moins de 20 kilomètres à l’ouest de la ville principale, à proximité des localités de Carrefour et de Léogane.

La panique s’empare des habitants de Port-au-Prince et des localités avoisinantes. Ils chancèlent  dans la rue au milieu des voitures qui sautent sur place, incapables de retrouver leur équilibre. Ceux-là seront les plus chanceux dans cette catastrophe qui touche l’un des pays les plus pauvres de la planète. Beaucoup d’autres habitants, hommes, femmes et enfants voient les lourdes plaques de béton des bâtiments s’abattre sur eux, les tuant pour la plupart sur le coup. Certains survivront quelques heures puis s’éteindront dans un dernier souffle malgré des appels à l’aide sous les amas de décombres.

Alerté 12 minutes plus tard par les systèmes internationaux de détection automatique des séismes se produisant à la surface du globe, à 23h05 heure française, l’officier de garde du Centre Opérationnel de Gestion Interministériel de Crises (COGIC) cherche à obtenir des renseignements sur la situation auprès de l’ambassade de France en Haïti.

Elle-même ébranlée, celle-ci ne peut que confirmer une forte secousse qui a provoqué d’importants dégâts et une vague de panique chez les habitants. Immédiatement, les plus hautes autorités de l’État français en sont informées et le président de la République donne l’ordre aux équipes gouvernementales de secours de se préparer à une éventuelle projection vers le pays sinistré.

Rapidement, la situation apparaît comme dramatique pour l’ensemble de la population présente sur place. Les autorités gouvernementales sont décimées, la MINUSTHA semble touchée et les répliques, accompagnant tout séisme dans les minutes qui suivent l’événement majeur, provoquent des scènes de panique dans les rues. Une douzaine de secousses secondaires majeures, de magnitude 5 à 5,9, aggravent encore, dans les heures suivantes la situation de la population déjà traumatisée.

Le premier bilan estimé dans les heures qui suivent la catastrophe fait état de 50.000 morts. La triste réalité dépassera les bilans les plus pessimistes. Le pays comptera finalement plus de 170.000 morts, plus de 200.000 blessés (dont 45% d’enfants de moins de 14 ans) et 1,2 millions de personnes déplacées, dont 800.000 de Port-au-Prince. 34 français figurent parmi les victimes dont 2 gendarmes de la MINUSTHA.

20 % des habitations de Port-au-Prince sont détruites. Entre 80 et 90% des bâtiments de la ville de Léogane, située à l’ouest de Port-au-Prince, sont endommagés. La ville de Gressier, située à 20 kilomètres de la capitale, est détruite à 50%. Au total, ce sont 225.000 habitations et 25.000 édifices d’Haïti qui sont détruits totalement ou partiellement.


13 janvier 2010, 03h50 (heure française)

La salle opérations du 7ème RIISC (régiment d’instruction et d’intervention de la sécurité civile), stationné à Brignoles dans le Var, est en ébullition. L’ordre vient de tomber de la Présidence: projection d’un détachement d’intervention sauvetage déblaiement (DISD) de 60 sapeurs sauveteurs dans les heures à venir. Rôdé à ce type de mission d’urgence à l’étranger et disposant d’un dispositif d’astreinte permanent 24h/24, 7jours/7 toute l’année, le détachement de secours rejoint dans un délai de moins de 3 heures la plate-forme aéroportuaire de Marseille-Marignane afin d’intervenir au plus vite et prouver ainsi la solidarité du peuple français envers le peuple haïtien.

Parmi les premières équipes internationales de secours au travail dès le 14 janvier matin, le détachement militaire de la sécurité civile française se place sous les ordres du chef d’état-major de la zone de défense et de sécurité des Antilles (officier supérieur des ForMiSC), déjà sur place, depuis la veille, au côté de l’ambassadeur. L’urgence absolue est le sauvetage des personnes encore ensevelies sous les décombres, l’espérance de survie diminuant d’heure en heure. Les sapeurs sauveteurs seront rejoints les jours suivants par leurs camarades du 7ème RIISC, du 1er RIISC de Nogent-le-Rotrou et de l’UIISC 5 de Corte. Intégrés dans le dispositif international de secours coordonné par les Nations Unies, qui comprendra plus de 10.000 hommes venus du monde entier pour prêter assistance au peuple haïtien, les sapeurs sauveteurs seront plus de 260 au sein du dispositif français (1.100 militaires, sapeurs-pompiers, médecins du SAMU, sécurité civile, …) et assureront, entre autres:

-    le sauvetage de 14 personnes ensevelies;

-    l’hospitalisation de plus de 1.400 personnes au sein de l’hôpital de campagne déployé;

-    210 interventions chirurgicales;

-    la production de 1.000.000 de litres d’eau potable.


Les formations militaires de la sécurité civile (ForMiSC)


«Intervenir en urgence pour assister les populations victimes de catastrophes naturelles, technologiques, sanitaires ou de conflits, en temps de paix, de crise ou de guerre, en France et à l’étranger».

Peu connues, même au sein de l’armée de Terre, les régiments d’instruction et d’intervention de la sécurité civile en sont pourtant des unités du Génie à part entière; mais elles sont mises, pour emploi, à la disposition du ministre de l’Intérieur pour intervenir au profit de la protection des populations contre les risques majeurs en temps de paix, de crise ou de guerre, tant en France qu’à l’étranger.

Sur une idée du général de Gaulle constatant la désorganisation des secours lors de la catastrophe de la rupture du barrage de Malpasset le 2 décembre 1959 à Fréjus dans le Var, les unités militaires de sécurité civile sont nées en 1974. L’UIISC 7 a été la première à être créée à Brignoles dans le sud de la France.

Trois formations militaires, soit deux régiments et une unité, placées sous les ordres d’un général de brigade, constituent le socle opérationnel des ForMiSC.

Au total, 1.500 hommes se répartissent au sein des unités opérationnelles, de la direction de la sécurité civile et des états-majors de zone de défense et de sécurité.

Les unités sont spécialisées dans les interventions majeures suivantes:

-     lutte contre les feux de forêts avec des détachements spécialisés (intervention héliportée, retardant terrestre, moyens de travaux lourds, Corse) ;

-     sauvetage de personnes ensevelies sous décombres, glissement de terrain, avalanches, tsunamis ;

-     inondations ;

-     risques radiologiques et chimiques avec une capacité d’analyse par spectrométrie et de décontamination de masse ;

-     appui médical projetable ;

-     production d’eau potable ;

-     assistance humanitaire et appui à l’évacuation de ressortissants ;

-     tempêtes, cyclones.

 Le sauvetage déblaiement : une spécialité chère aux sapeurs sauveteurs

Les techniques de sauvetage déblaiement (SD), destinées à secourir les victimes ensevelies sous les décombres, trouvent leurs origines dans les premières actions menées au Royaume-Uni par les soldats de sa Majesté après les bombardements de l’aviation allemande au cours des affrontements de la 2ème guerre mondiale. Le but était d’accéder rapidement aux victimes encore vivantes, bloquées sous les ruines des édifices écroulés, à l’aide de pelles et de pioches.

Au fil du temps, les techniques, le matériel et les procédures opérationnelles ont évolués. Le matériel utilisé est désormais spécifique à ce type de mission et des équipes cynophiles sont dédiées à cet emploi.

Le SD est une des spécialités d’intervention des RIISC, qui se place dans le cœur des sapeurs sauveteurs comme une mission majeure aux côtés de la lutte contre les feux de forêts. Reconnus dans le monde entier et enviés, parfois même copiés (par l’Espagne, la Grèce et bientôt le Portugal), les sapeurs sauveteurs mettent un point d’honneur à toujours être à la pointe dans ce domaine, aussi bien en terme de techniques opérationnelles que de développement de nouveaux matériels.

Depuis leur création, les régiments ont été engagés à de nombreuses reprises dans des opérations de secours de type sauvetage déblaiement:

 

1980     Algérie

1983     Liban (Drakkar)

1985     Mexique

1986     Grèce

1986     San Salvador

1988     Arménie

1990     Iran

1992     Égypte

1992     Turquie

1993     Malaisie

1995     Japon

1995     Grèce

1998     Kenya

1999     Colombie

1999     Grèce

1999     Turquie

1999     Taiwan

2001     Salvador

2001     Inde

2003     Algérie

2003     Iran

2004     Maroc

2004     Indonésie (tsunami)

2005     Pakistan

2009     Indonésie

2010     Haïti

 

 

Les techniques opérationnelles de sauvetage déblaiement permettent d’intervenir lors d’effondrements d’immeubles à la suite à d’un séisme, d’une explosion (attentat ou accident) ou d’une fragilisation des structures, ou à la suite de glissements de terrain ou de tsunamis.

Les opérations consistent, dans un premier temps, à secourir les victimes visibles depuis la surface à l’aide de techniques d’évacuation en hauteur si nécessaire. La recherche des victimes ensevelies débute alors à l’aide de différentes méthodes et moyens pour les détecter, les localiser et les atteindre afin de les évacuer vers la surface. Les conditions de travail sont en général particulièrement ardues, les structures des bâtiments étant fragilisées, l’urgence obligeant à un engagement physique pendant plusieurs jours avec peu d’heures de sommeil, de jour comme de nuit, et ce quelles que soient les conditions climatiques. L’état psychologique des sauveteurs ne doit pas être négligé dans ce genre d’opérations où la déception peut rapidement décourager les hommes en présence du décès d’une victime «à portée de main», après des heures de travail. Les dernières opérations consistent à effectuer un déblai sélectif afin de découvrir d’éventuelles victimes puis à réaliser un déblai généralisé dans le but de récupérer tous les corps des personnes décédées.

Les unités SD sont toujours engagées avec une équipe cynophile et une équipe médicale. La médicalisation «au fond du trou» est une spécificité française qui permet au médecin d’accéder à la victime afin de la conditionner avant son extraction plutôt que d’amener la victime au médecin.


Une détection de victimes innovante: la mesure de CO2

Au cours des opérations de sauvetage déblaiement, il est primordial de détecter au plus vite les victimes encore vivantes ensevelies sous les décombres afin de leur offrir le maximum de chances de survie. Elles sont souvent prises au piège des amas de béton, de métal, de bois et de mobilier mais ont survécu dans des poches dites de «survie» au moment de l’effondrement, même si elles ont subi un «crush syndrome» (écrasement d’un membre).

Il est important de pouvoir se concentrer sur les victimes vivantes, les heures de travail étant précieuses et ne devant pas être gaspillées à la recherche de corps sans vie. Une fois détectées, les victimes doivent être localisées en profondeur afin de procéder à leur évacuation.

À l’heure actuelle, les unités utilisent différents matériels et plusieurs techniques complémentaires; employées ensemble elles permettent de confirmer une éventuelle découverte:

-     prise de renseignements auprès des témoins ou des impliqués (structure du bâtiment avant son effondrement, type d’édifice, nature des victimes, etc…) ;

-     appel à la voix et écoute à l’oreille ;

-     équipes cynotechniques ;

-     radar de détection à très haute fréquence ;

-     appareil d’écoute (vibraphone) basé sur le filtrage et l’amplification des sons (détection et localisation) et associé à une masselotte d’appel permettant de frapper sur le béton ;

-     caméras endoscopiques (plus destinées à la localisation qu’à la détection).

L’utilisation des sons repose sur une réponse volontaire de la victime à un appel des sauveteurs, ce qui enlève du spectre de recherche toutes les victimes inconscientes et les enfants en bas âge même conscients.

Une piste non encore explorée à l’heure actuelle, et qui permettrait d’ajouter un moyen complémentaire de recherche des victimes vivantes même inconscientes, consisterait à détecter la concentration de CO2 dans les poches de survie sous les décombres. En effet, tout être humain vivant rejette ce gaz en très faible quantité lorsqu’il respire, et sa présence en cavité relativement peu ventilée pendant plusieurs heures permet de penser qu’il doit y avoir une élévation importante de la concentration de CO2.

À partir d’appareils de détection de CO2 déjà existants et d’une interface «bricolée», des tests préliminaires ont été effectués à Brignoles sur une aire dédiée à l’entraînement et qui reproduit des effondrements d’immeuble et des amas de décombres. Des plastrons ont été placés dans des reproductions de poches de survie pour des durées comprises entre 5 et 30 minutes. Des mesures d’air ambiant en dehors des cavités ont été réalisées entre 300 et 400 ppm.

Dès l’introduction de l’interface dans les cavités où avaient été placées les fausses victimes, des mesures ont été réalisées entre 600 et 1200 ppm indiquant clairement une élévation de la concentration en CO2.

Les appareils de détection déjà existants sont des installations fixes ou des solutions portables. Les installations fixes ne présentent que peu d’intérêt pour des raisons opérationnelles évidentes. Les solutions portables sont destinées à être employées par des travailleurs dans des situations de confinement particulières. Elles sont donc portées directement sur l’homme et chaque prise de mesure, réalisée à intervalle régulier, automatiquement ou à la demande, nécessite environ 15 secondes, dans le meilleur des cas, pour être analysée. Cela signifie que la mesure est réalisée avec un appareil immergé dans l’ambiance à mesurer. En sauvetage déblaiement, l’appareil serait évidemment situé à l’extérieur des décombres.

Il semble opportun de développer cette piste de recherche afin de compléter les moyens déjà existants en termes de détection de victimes ensevelies.

La méthode de développement consisterait à:

-  étudier les échanges gazeux dans une cavité peu ventilée en présence d’une personne pour valider des seuils de détection fiables ;

-  définir les besoins techniques à partir de matériel de détection déjà existant (création d’une interface);

-  tester les solutions techniques ainsi réalisées;

-  élaborer une procédure opérationnelle d’emploi.

Le système idéal serait composé de plusieurs appareils de détection, avec une interface adaptée aux décombres et une temporisation sonore de prise de mesure, remis aux équipiers évoluant dans la zone de recherche. L’information des mesures pourrait ensuite être transmise, par une liaison sans fil, vers un terminal détenu par le chef de groupe qui pourrait en assurer l’analyse. Un signal sonore en cas de mesure suspecte et une capacité d’enregistrement des détections, associées à un positionnement GPS, compléteraient le système.



Image
Image