Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Image
Saut de ligne
Sciences et technologies

Saut de ligne

Qu’est-ce qu’un drone tactique ?

Image

Par le Capitaine (R) Lionel CHAUPRADE

Image

À propos du renseignement stratégique, le colonel Bruno Mignot, dans la revue «Penser les ailes françaises», écrit: «les armées ont tendance à confondre stratégie et performance. Qu’on ne s’y trompe pas: voler plus haut, plus vite, plus loin ou plus longtemps ne confère pas pour autant la qualité de stratégique à un capteur aérien». Si cette dichotomie entre capacités techniques et aptitudes opérationnelles est vraie au niveau stratégique, elle est tout aussi pertinente au niveau tactique…et s’applique tout naturellement aux drones.

Image
Image
En France, les drones font l’objet d’une classification communément admise, à quelques variantes près suivant les sources ou organismes. Le rapport d’information du Sénat sur les drones, présenté lors de la session ordinaire du 22 février 2006 au nom de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées, reprend ce type de classification dans les lignes qui suivent:
«Les drones non armés sont très divers par leur taille, leur endurance, leur altitude opérationnelle, leur portée, leur capacité d’emport et leur mise en œuvre. On distingue ainsi le micro-drone, d’une envergure inférieure à 15 cm et d’un poids d’environ 15 gr, qui n’en est qu’au stade de la recherche, et serait une aide au combat urbain. Le drone tactique, caractérisé par une envergure de quelques mètres, et un poids supérieur à 100 kg, est déjà utilisé par l’armée de terre avec le CL 289, le Crécerelle et le SDTI (Système de Drone Tactique Intérimaire). Le drone de longue endurance répond à des missions de surveillance de longue distance, avec une portée de 1.000 à 1.500 km, une altitude de vol de 5.000 à 10.000 m, et une endurance de 18 à 24 heures . Ces drones sont caractérisés par une envergure supérieure à 10 m et un poids supérieur à 1 tonne[1]  . Le drone stratégique HALE[2], comme le «Global Hawk» américain, d’une portée de 1.500 à 3.000 km, d’une endurance de 24 à 36 heures et d’une altitude de vol de 15.000 à 20.000 m, est destiné à des missions de reconnaissance stratégique à longue portée». L’Onéra[3] enfin, dans plusieurs documents dont en particulier le fascicule «mieux connaître les drones»[4], adoptait déjà cette classification à laquelle elle ajoutait les UCAV[5] ou drones de combat (à ne pas confondre avec les drones armés), les drones maritimes tactiques et…les drones à voilure tournante.
Cette classification obéit à une certaine logique, qui, en résumé, est plus une typologie industrielle et historique qu’un besoin d’utilisateurs. À travers ces dernières lignes, on peut se demander pourquoi, aujourd’hui, un drone ne serait pas tactique, maritime et à voilure tournante. Enfin, il est difficile de dire qu’un drone MALE de la gamme «Predator», a priori destiné au niveau opératif, voire stratégique, n’est pas aussi un drone tactique, famille tellement vaste qu’elle perd de son sens.

En effet, la définition d’un drone tactique est ambiguë, car elle est, notamment, fondée sur des caractéristiques physiques. Par exemple, comme nous l’avons vu plus haut, le rapport d’information du Sénat définit un drone tactique comme «caractérisé par une envergure de quelques mètres et un poids supérieur à 100 kg». Une telle définition, qui décrit plus qu’elle ne définit l’objet, est nécessairement inappropriée sur le long terme, car, avec les progrès techniques attendus, en particulier dans le domaine de la miniaturisation, ces critères de poids et de taille seront caducs au vu des performances et du niveau d’emploi.
Effectivement, le niveau d’emploi doit apparaître comme la donnée discriminante dans la classification des drones. Notamment parce qu’un drone ne peut s’entendre que dans son environnement opérationnel, dans ce qu’il est convenu d’appeler le système de drones, c'est-à-dire l’ensemble constitué par un vecteur aérien, sa charge utile, sa station sol et la liaison de données qui l’y rattache.

En deçà des systèmes de drone stratégique et opératif, dédiés respectivement aux missions stratégiques et opératives, se trouve ainsi le système de drone tactique pour lequel nous proposons comme définition:
Système de drones dédié aux missions tactiques, c'est-à-dire adapté aux impératifs opérationnels de l’unité tactique auquel il est attaché et relevant de l’autonomie décisionnelle du commandant de cette unité.
Le fantassin au contact comme l’officier dans son poste de commandement sont tous deux des acteurs tactiques; il apparaît donc nécessaire de préciser le niveau de commandement tactique auquel le drone est dédié. Il convient donc de parler de drones tactiques de brigade, de groupement, de compagnie ou encore de section selon qu’il est adapté à l’emploi du niveau brigade, groupement, sous-groupement ou détachement interarmes.
À ces drones tactiques de classes différentes se profilent alors des caractéristiques d’emploi différentes selon le besoin opérationnel défini.
En première approche, il est possible de distinguer pour les drones tactiques comme critères discriminants l’élongation et la réactivité, en fonction des impératifs opérationnels de chaque unité. Il peut donc être dressé le tableau ci-dessous, dans lequel est adjoint à titre d’illustration le positionnement des drones militaires en service aujourd’hui en France.

Niveau de commandement
Appellation du drone
Caractéristiques d’emploi
Stratégique
Drone stratégique
Elongation max
Réactivité Max
SIDM
Liaison satellite so
Opératif
Drone opératif
Elongation max
Réactivité Max
Fonction du théâtre
SDTi so
Tactique niveau 3 (BIA)
Drone tactique de BIA
Elongation max
Réactivité Max
80 km
1 heure
Tactique niveau 4 (GTIA)
Drone tactique de GTIA
Elongation max

Réactivité Max
60 km
DRAC
1 heure
Tactique niveau 5 (sous-GTIA)
Drone tactique de sous-GTIA
Elongation max
Réactivité Max
10 km
30 min
Tactique niveau 6 (détachement)
Drone tactique de DIA
Elongation max
Réactivité Max
4 km
5 min

Attardons nous maintenant sur le drone tactique de BIA[6], qui est couramment appelé drone tactique.
À partir de la définition proposée, pour un drone tactique de BIA, la définition devient: «système de drones dédié aux missions tactiques de la brigade, c'est-à-dire adapté aux impératifs opérationnels de la brigade auquel il est attaché et relevant de l’autonomie décisionnelle du commandant de cette unité», et, au vu de l’emploi opérationnel de la brigade, il est possible de déterminer les critères qu’impliquent les deux principes:
  • «adapté aux impératifs opérationnels de la brigade»
    • une élongation minimale de la liaison de données de 120 km
    • une autonomie minimale de 5 heures
    • un délai de mise en œuvre maximal d’une heure (Dropping Zone ou catapultage).
    • capacité de vision tout temps; grande qualité et stabilité de l’image[7]
    • une précision de localisation des objectifs grâce aux systèmes de navigation et localisation appropriés (GP-IRS)
    • une grande interopérabilité et une intégration dans la chaîne C4I[8] (par exemple ATLAS[9] et MARTHA[10]), dans le cadre, en particulier, du processus de numérisation de l’espace de bataille (NEB.). Et surtout, une capacité de transmission en temps réel.
Sa charge utile pourrait être indifféremment de l’armement, des capteurs ROIM[11] ou ROEM[12], des moyens de guerre électronique et de brouillage, voire des capteurs NRBC[13]. Enfin, même si cet échelon de commandement ne dispose ni des délais ni des moyens et des personnels suffisants pour mener dans de bonnes conditions le processus de ciblage, le drone tactique doit être à même de participer à de telles actions, en liaison avec l’échelon supérieur. Par ailleurs, un des points essentiels reste l’attrition envisageable (ce qui implique un coût modéré d’acquisition).

  • «relevant de l’autonomie décisionnelle du commandant de cette unité»:
  • que le système puisse être mis en œuvre dans la zone de responsabilité de la brigade.
  • que l’imbrication soit réduite dans la troisième dimension afin de faciliter la coordination.
Ces deux dernières caractéristiques conduisent à considérer qu’une mise en œuvre du drone de brigade par ce même échelon de commandement est impérative.

La classification des drones tactiques proposée est donc une classification fondée non pas sur des caractéristiques physiques du vecteur aérien, mais bien sur une finalité d’emploi du système de drones, d’où se déduisent alors des performances demandées en fonction du niveau d’emploi.
Les systèmes de drones tactiques sont divers, à l’image de la diversité des acteurs sur le champ de bataille. Il se comprend aisément que toute une panoplie de capacités tactiques est nécessaire pour concourir au succès interarmes.
Cette diversité des drones tactiques, comme sa complémentarité avec les drones opératifs et stratégiques, est conforme aux trois principes de la guerre définis par Foch. La liberté d’action est assurée par l’autonomie décisionnelle laissée au commandement pour lequel le drone est dédié. L’économie des moyens est garantie par l’utilisation du drone au juste niveau de commandement associé et non par une surcapacité du système pour le niveau exigé. Et enfin la concentration des efforts est effective, ponctuellement et pour un besoin ciblé, par la superposition des capacités des drones, notamment grâce aux déports vidéo.





[1] le rapport fait allusion aux drones MALE, Moyenne Altitude Longue Endurance
[2] Haute Altitude Longue Endurance
[3] Office national d’études et recherches aéronautiques
[4] Tome 1, paru en 2004
[5] Unmanned combat aerial vehicule
[6] Brigade Interarmes
[7] Avec une boule gyro-stabilisée électro-optique/Infrarouge
[8] Command Control Communication Computing Intelligence
[9] Système automatisé des liaisons et des tirs d’artillerie
[10] Système de gestion de l’espace aérien et de coordination des moyens sol-air de basse et très basse altitude
[11] Renseignement d’origine image
[12] Renseignement d’origine électro-magnétique
[13] Nucléaire, radiologique, biologique, chimique
Image
Image