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Tactique générale

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Que nous dit Gallieni sur la manœuvre globale?

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Par le chef de bataillon Yves AUNIS

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En dépit de nouveaux paramètres, la «méthode Gallieni» peut inspirer l’armée de terre dans la conduite de la stabilisation dans le cadre de la manœuvre globale car ses fondements ont gardé toute leur pertinence.

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Au moment où, confrontée à la crise afghane, l’armée de terre s’appuie sur son passé récent[1] pour se doter d’une doctrine de stabilisation et d’un concept de manœuvre globale, elle étudie beaucoup moins les guerres coloniales.

 

Pourtant les chefs chargés de conduire ce qu’à l’époque on appelait pacification étaient confrontés à des problèmes largement similaires à ceux rencontrés aujourd’hui: lutter contre les rébellions, soumettre et faire adhérer les populations, développer l’activité économique… Pour les résoudre, Gallieni avait ainsi élaboré une méthode de pacification.

 

En dépit de nouveaux paramètres (évolutions technologiques, rôle des media, multinationalité) la «méthode Gallieni»[2] peut inspirer l’armée de terre dans la conduite de la stabilisation dans le cadre de la manœuvre globale car ses fondements ont gardé toute leur pertinence.

Cette méthode fondée sur trois conditions essentielles, une action durable, une parfaite connaissance du milieu et surtout une unité d’action permit à l’époque le succès de Gallieni dans la pacification de Madagascar. Aujourd’hui, l’imparfaite réalisation de ces conditions risque d’empêcher une semblable réussite dans la stabilisation de l’Afghanistan.

 

Le facteur temps

 

Les pacificateurs inscrivaient leur action dans la durée qui seule permet la continuité dans l’action et engendre l’efficacité. La rotation des unités mais surtout des chefs était beaucoup moins fréquente qu’aujourd’hui. Lyautey écrit de Madagascar: «Je pressens qu’il va falloir commencer une cinquième année sans retour en France»[3]. Quant à Gallieni, à peine rentré de quatre ans passés au Tonkin, il accepte en 1896 la charge de gouverneur général de Madagascar; il y restera 9 ans. Lyautey est résident général au Maroc durant treize années (1912-1925). Au-delà de l’action de quelques hommes, il faut insister sur l’effort que les campagnes de pacification ont exigé de la nation, 70 ans pour le seul territoire de l’Algérie.

Actuellement, la rotation rapide des unités (entre 4 et 6 mois), le séjour limité à un an des principaux chefs sont un frein à la continuité des actions. La vision occidentale du temps où prédomine le culte du résultat immédiat s’oppose à celle des populations locales et de l’insurgé qui sait que le temps joue pour lui. Il faut apprendre à consacrer du temps, voire à «perdre du temps».

Seul le temps passé sur un théâtre permet de peser sur les événements grâce à une connaissance approfondie du milieu.

 


Le facteur connaissance du milieu

 

Gallieni nous dit: «L’organisation administrative d’un pays doit être parfaitement en rapport avec la nature de ce pays, de ses habitants et du but que l’on se propose»[4]. La leçon a été retenue car la connaissance du milieu est aujourd’hui ressentie comme une ardente nécessité. Mais cette connaissance approfondie ne s’obtient pas par quelques lectures ou pire en se contentant uniquement d’une MCP[5]. En effet, l’objectif à atteindre est la compréhension. Et celle-ci ne s’obtient que par deux moyens: apprendre les langues et vivre dans le pays en y côtoyant les populations.

Ainsi Gallieni incite ses officiers à étudier et écrire sur les données géographiques, historiques et ethniques. Le chemin est encore long pour l’armée de terre – présente depuis 2001 en Afghanistan – qui découvrira avec le 8ème RPIMa en 2008 l’existence de l’ethnie Pachaï. Après huit ans de présence, pourquoi si peu d’officiers connaissent-ils des rudiments de dari ou de pachtou? Ne pourrait-on investir sur de jeunes officiers qui, affectés pour une plus longue durée dans le pays, pourraient revenir y occuper plus tard des postes de responsabilités en ayant ainsi une bonne connaissance du milieu et en ayant créé des liens solides avec la population locale?

C’est en effet la connaissance intime d’un pays et de ses habitants qui constitue le soubassement indispensable de l’action politique.

 


L’unité d’action


 

Si des résultats rapides, et souvent décisifs, ont été obtenus à Madagascar c’est grâce à l’application d’un principe essentiel: l’unité d’action et de direction.

Avant Gallieni, «si l’action militaire ne produisait pas d’effet appréciable, c’est qu’elle n’était pas suivie de l’action politique. Si l’anarchie régnait en Emyrne[6], c’est qu’il n’y avait pas unité d’action et de direction. (…) Enfin, en haut de la hiérarchie administrative et militaire, divergence de vues complète sur les moyens à employer pour réprimer l’insurrection. (…) Il ne pouvait y avoir dans ces conditions que conflits perpétuels et confusion. Le gouvernement français le comprit et réunit les pouvoirs civil et militaire entre les mains du général Gallieni»[7].

Ainsi donc, la combinaison de l’action militaire et de l’action politique s’est imposée comme une évidence pour assainir la situation. Mais bien plus, Gallieni insiste sur la primauté de cette dernière. «C’est de l’action combinée de la politique et de la force que doit résulter  la pacification du pays et l’organisation à lui donner plus tard. L’action politique est de beaucoup plus importante»[8].

 Mais surtout, une direction unique implique une responsabilité entière et Gallieni l’assume devant le gouvernement. Il applique d’ailleurs cette même règle à ses subordonnés. Le territoire est divisé en cercles. Le commandant du cercle cumule les pouvoirs militaires, politiques et administratifs, ayant autorité sur tous les organes. Responsable de l’exécution de sa mission, il est seul juge des moyens à employer pour la remplir.

Cette unité d’action est insuffisamment réalisée en Afghanistan où la dimension politique est largement secondaire et – plus dommageable encore – où deux opérations militaires s’y superposent[9].

 

Si aucune méthode n’est strictement reproductible, celle de Gallieni peut néanmoins inspirer l’armée de Terre pour conduire les phases de stabilisation.

Si l’on considère que l’effectif des troupes n’a jamais dépassé 12.000 hommes, que la superficie de Madagascar est supérieure à celle de la France, que les voies de communication étaient rudimentaires, la tâche n’était pas aisée. Gallieni l’a accomplie en neuf ans. La mission n’est donc pas impossible en Afghanistan.

 



[1] Principalement la guerre d’Algérie en tant que guerre de contre rébellion au sein des populations.

[2] Les principes fondamentaux de la méthode adoptée pour l’occupation et la pacification de Madagascar figurent dans l’instruction du 22 mai 1898.

[3] H. Lyautey, Lettres du Tonkin et de Madagascar, lettre du 10/02/1898.

[4] Gallieni, instruction pour la pacification du 22 mai 1898.

[5] Mise en condition avant projection.

[6] Plateau central de Madagascar.

[7] F. Hellot, La pacification de Madagascar.

[8] Ibid 4.

[9] OEF (Operation Enduring Freedom) sous commandement américain et la FIAS (Force internationale d’assistance à la sécurité) sous commandement OTAN.

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