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Commandement

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Quelle culture pour les jeunes officiers au XXIème siècle ?

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Par la DESTIA

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L’acquisition de la culture militaire pour tout soldat, et en particulier pour les officiers, a été formalisée depuis quelques années dans les cursus de formation de l’Armée de terre[i]. Il semble nécessaire de s’interroger sur les bornes de la culture utile à un chef de trente ans

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Quelle culture pour les jeunes officiers au XXIème siècle ?
L’acquisition de la culture militaire pour tout soldat, et en particulier pour les officiers, a été formalisée depuis quelques années dans les cursus de formation de l’Armée de terre[i]. Il semble nécessaire de s’interroger sur les bornes de la culture utile à un chef de trente ans : culture militaire, qui lui permette directement d’exercer son métier de chef au combat, ou culture générale, plus élargie[ii] ? On peut ensuite en venir à s’interroger sur la méthode d’acquisition, pouvant varier de la formalisation extrême dans le système scolaire (comprenant l’Enseignement à Distance) à la responsabilisation d’une démarche individuelle.
A l’examen, il semble indispensable que l’officier adopte activement dès ses premiers emplois une démarche personnelle, volontaire et curieuse. Initiée en école de formation, elle ne portera pleinement ses fruits que plus tard, et s’adaptera alors à un emploi du temps qui ne lui accorde que très peu de place.
Cette culture doit tout d’abord s’envisager dans la perspective du premier emploi ; elle rejoint alors l’instruction. Mais elle vient également préparer aux responsabilités qui, quelle que soit sa place, sont celles de l’officier plus ancien.
Une culture qui permette d’accomplir son premier métier
Le premier métier du jeune officier en régiment s’appuie directement sur la formation reçue en matière de tactique et d’art du commandement. Chef de section ou commandant d’unité, il est également le premier instructeur de ses soldats. Toutes ces raisons exigent donc un socle solide de connaissances, qui, quand elles ne préexistent pas à l’accession au grade d’officier, doivent être acquises en école de formation.
En premier lieu, la culture fondamentale du métier initial repose sur la tactique. Le chef de section ou le commandant d’unité doit maîtriser les fondamentaux du combat de son Arme. Ce premier niveau s’acquiert avant tout au travers de l’étude d’une doctrine et de règlements d’emploi qui matérialisent un mode d’action général. Mais afin de replacer les éléments dictés par la doctrine et les règlements dans leur contexte et de bien comprendre l’esprit qui les guide, le stagiaire doit puiser dans l’histoire militaire pour étudier les actions menées dans des situations analogues. A ce prix, en combinant théorie et pratique au regard d’un impératif bon sens, le Chef prendra la bonne décision. Le bon sens ressort alors comme un aspect fondamental, qui se travaille et se développe, sans reposer uniquement sur l’intuition[iii]. Et pour développer ce bon sens, l’étude de l’histoire militaire constitue un premier pas indispensable. L’art tactique du jeune chef s’appuie donc sur la culture militaire.[iv]
Ensuite, la culture du premier métier repose sur la formation du caractère. Car le jeune Chef doit développer cet art que l’on appelle l’art du commandement. Les individus d’exception sont rares, qui possèdent toutes les vertus du chef à leur degré idéal. Ce développement résulte aux moins de deux types d’actions : l’étude des exemples laissés par l’Histoire d’une part, l’acquisition de connaissances pratiques liées à la conduite des hommes d’autre part. Car en matière de commandement, on ne peut que souligner la valeur de l’exemple : l’aura du général BONAPARTE de l’armée d’Italie, l’humanité du général PETAIN en 1917, l’exemplarité du général de CASTELNAU ou la perspicacité du général JUIN du Corps Expéditionnaire Français constituent autant de sources d’inspiration de l’action quotidienne. Ensuite, cet enseignement empirique peut utilement s’appuyer sur des connaissances plus théoriques pour étayer l’action, qu’elles soient liées à l’art de commander (comme celles du domaine de la psychologie) ou à la méthode (au travers notamment de tout ce qui touche à l’organisation). Le jeune officier doit ainsi acquérir une solide culture sur laquelle il puisse ensuite s’appuyer.
Enfin, la qualité du jeune chef repose aussi sur sa capacité à instruire ses hommes. Quel que soit le poste qu’il occupe en régiment ou en école, l’officier transmet la formation réglementaire et doit absolument rendre cet enseignement vivant au travers d’exemples parlants. Ces faits, il les tire de sa propre expérience, des opérations récentes ou bien de l’histoire militaire. Il doit, en outre, adapter son enseignement aux contingences tactiques (dépendant par exemple des phases d’une intervention) ou sociologiques (liées par exemple à l’environnement de l’intervention). Là encore, la culture de l’officier lui permettra de trouver les mots justes, les illustrations adéquates, pour faire porter son instruction technique et tactique.
Ainsi la culture militaire, en particulier au travers de l’histoire militaire, se justifie-t-elle pleinement chez le jeune officier. Mais elle nécessite également qu’une culture (plus) générale vienne la compléter, pour répondre au mieux aux exigences de son premier emploi. Cependant, la disponibilité totale requise du jeune chef en régiment ne facilite pas cette acquisition de la culture. D’où une double conclusion : le jeune officier doit quitter son école de formation avec le bagage culturel suffisant et y avoir acquis la méthode pour enrichir ce bagage en profitant des possibilités qu’il identifiera.
Une culture qui prépare au métier de demain
La culture, qu’elle soit militaire, générale ou autre, ne s’acquiert pas instantanément. Elle n’est pas la connaissance en soit, mais elle s’appuie sur la connaissance pour développer une réflexion cohérente. L’officier doit donc s’attacher à acquérir ce fond tout en développant sa capacité de réflexion. Opérations progressives et lentes, elles doivent être envisagées sur la durée. Après l’acquisition du minimum nécessaire pour son premier emploi, le jeune chef doit également se cultiver dans la perspective de ses futures responsabilités.
Le rôle premier du chef militaire réside dans la capacité de conception et d’exécution d’une manœuvre au feu. Jeune officier en régiment, il a acquis les savoir-faire liés à l’emploi de sa section, de sa compagnie. Pour être ensuite capable de manier une unité de niveau supérieur, il doit développer ses capacités de conception ; celles-ci lui permettront d’appliquer les connaissances que l’on ne trouve que théoriquement dans les manuels. Il se tournera alors avec profit vers l’histoire militaire et l’expérience pour y trouver les exemples qui s’attacheront aux différents modes d’action possibles pour réaliser telle ou telle mission. C’est au travers de la culture militaire que va se développer cette capacité de création. Ainsi, le jeune BONAPARTE, élève ou jeune officier d’artillerie, a éclairé de son talent les leçons de l’Histoire pour concevoir son système de manœuvre.
Ensuite, le chef militaire doit donner des ordres. Si ce que regroupe cette action au feu se conçoit aisément, elle se réalise de façon plus générale en temps de paix en matière de tactique par l’orientation de l’action de ses subordonnés. L’aménagement, voire l’évolution, de la doctrine, en est la base. Enfin, la doctrine doit se concrétiser dans les règlements d’emploi. Ce travail de conceptualisation et de formalisation constitue le socle indispensable à l’action future. Ainsi, l’armée allemande du lendemain de la première Guerre Mondiale a-t-elle su développer une doctrine cohérente sur la base des expériences récentes, en particulier celles de l’année 1918. Ce travail de fond, malgré les importantes restrictions en terme de volume et de capacités, lui a permis de constituer le noyau d’une Wehrmacht qui, rapidement montée en puissance, a montré son efficacité tactique dès 1940. L’expérience du passé a ainsi constitué un des aspects fondamentaux de cette phase. A ce titre, l’avènement de la doctrine en général, et de la doctrine d’emploi des blindés en particulier, résulte d’un processus combinant expérimentation, observation, formalisation[v]. Cette capacité à tirer les bonnes conclusions de l’observation se forme, et c’est une qualité qui sera indispensable au futur concepteur qu’est le jeune officier.
Enfin, le chef militaire doit, surtout aujourd’hui, inscrire son action militaire dans un cadre plus vaste. En effet, l’imbrication est grande entre les domaines politique, civil et militaire des crises complexes qui servent de cadre aux interventions actuelles. Le chef doit alors posséder cette connaissance élargie, dépassant les simples données géographiques, sociologiques et politiques du théâtre d’engagement, replaçant l’action dans une perspective régionale. Dans cet espace, il doit être capable de discerner les différents intérêts qui se rencontrent, et, le cas échéant, les puissances auxquelles ils profitent. Or la connaissance du monde ne peut s’acquérir en l’espace de quelques mois. Elle doit donc faire l’objet d’un travail continu.
Il semble donc que le jeune officier doive tendre à l’acquisition de ce double volet de la culture : culture directement utile, culture élargie. Ces deux niveaux de culture lui permettront d’être un chef efficace au combat, et d’établir son commandement d’aujourd’hui et de demain sur une assise solide. La question reste ensuite de savoir quels sont les moyens d’acquisition de cette culture. Dans la conclusion d’une enquête sur la culture menée en 1947, la Revue d’Informations Militaires préconisait au Haut Commandement l’exécution de trois actions principales pour rendre l’accès à la culture des officiers plus aisé : « accorder aux officiers la libre disposition d’une partie de leur temps […] », augmenter le salaire des officiers pour leur permettre d’acheter des livres, leur mettre à disposition des bibliothèques plus fournies dans les unités.[vi] Se trouvent ainsi abordés les deux principaux aspects du problème de l’acquisition de la culture : l’accès aux supports, et surtout le temps à accorder à cette démarche. Si le premier point ne pose plus de réels problèmes aujourd’hui, le second reste plus que jamais d’actualité. En l’absence de temps, il semble donc nécessaire d’acquérir le réflexe, le souci permanent de la culture, qui plus qu’à l’acquisition massive de données vise à une acquisition moins ambitieuse, mais continue et surtout réfléchie.


[i] Voir en particulier la directive de culture militaire pour la période 2009-2010 du COFAT en date du 19 décembre 2008.
[ii] Voir en particulier Culture du militaire et culture militaire, colonel YAKOVLEFF, site culture militaire des Ecoles de Coëtquidan.
[iii] Voir en particulier Plaidoyer pour le bon sens, commandant SARTOUT, Revue d’Informations Militaires n°93, 1947.
L’adaptation aux circonstances est développée par le comte de Guibert dans son Essai général de tactique publié en 1770, preuve qu’elle est depuis longtemps à la base de la manœuvre.
[iv] « La pratique, même si elle est souvent répétée, lorsqu’elle est sans théorie, ne peut être un moyen de se rendre habile à la guerre. » (Maréchal de PUYSEGUR)

[v] Voir par exemple la description très précise du combat interarmes au niveau tactique élaborée dès 1919 par le général ESTIENNE, commandant les chars de l’armée française (in Le défaut de l’armure, colonel Georges FERRE, CHARLES-LAVAUZELLE &CIE, 1948)

[vi] In Sens de la culture, une conclusion à notre enquête, Revue d’Informations Militaires, n°99, 1947
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