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Engagement opérationnel

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Quelle place pour le dispositif de coopération militaire français en Afrique ? Un outil à la hauteur des enjeux ?

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Par le CNE Antoine BRUNET d’EVRY

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Si l’avantage pour la France de maintenir une présence militaire en Afrique n’est plus à démontrer, force est de constater que la disette budgétaire actuelle risque de relancer la réflexion sur le maintien d’un tel dispositif à l’étranger. Il importe alors de mettre en perspective l’impact stratégique qu’il produit au regard de la faiblesse relative de son poids financier, sans oublier sa capacité à identifier des financements alternatifs. Cependant, au-delà du volet « sécurité et défense », le véritable facteur de réussite de cette renaissance africaine est avant tout politique. Il réside dans sa capacité à finaliser sa mutation démocratique afin d’être au rendez-vous de l’histoire.

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« Le 21ème siècle sera aussi le siècle de l'Afrique », a dit le Président OBAMA le 11 juillet 2008 à Accra au Ghana. Pourtant, il apparaît que ce continent est directement menacé par de puissants facteurs de déstabilisation : mauvaise redistribution des richesses, prolifération des armes légères, différends frontaliers et ethniques, trafics transfrontaliers, terrorisme. Pris individuellement, aucun des pays qui le compose n'a les capacités, ni les moyens, d'y faire face efficacement. Or, du fait de la proximité géographique de l'Afrique, les conséquences des problématiques de l'Afrique ont une résonance directe en Europe, tant du point de vue économique que de la sécurité.

Dans ce contexte, forte d'une histoire partagée avec une grande partie des pays africains, la France y joue un rôle singulier. D'une part du fait des relations qu'elle a su entretenir avec les pays de la francophonie, d'autre part du fait de sa connaissance profonde des réalités africaines, la France est un acteur crédible et impliqué du dialogue trans-méditerranéen pour le développement. Cependant, il ne saurait y avoir de décollage économique sans stabilité, de même qu'il ne saurait y avoir de stabilité sans sécurité.

C'est pourquoi, s'appuyant sur nos forces prépositionnées, la France mène une politique résolue de coopération en matière de sécurité et de défense, coopération qui s'avère un outil essentiel de notre action diplomatique en Afrique.

Il apparaît en effet que, si la politique africaine de la France s'est adaptée aux bouleversements stratégiques du monde, une certaine continuité est à noter dans son dispositif de coopération tant opérationnelle que structurelle.

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1. Une orientation politique française qui s'est adaptée aux bouleversements stratégiques

A. Fin des antagonismes bipolaires :

Le bouleversement stratégique de la fin de la guerre froide marque la fin d'un interventionnisme occidental dans les conflits périphériques où s'affrontaient les deux idéologies dominantes. La politique africaine de la France n'y fait pas exception. Aussi, dans la dynamique de l'effondrement du modèle soviétique, la promotion de la démocratie devient un nouveau trait de cette politique française qui s'inscrit dans le temps long (rejet des coups d'état, respect des libertés individuelles et refus de l'éthnicisme). Elle se matérialise par une volonté de lier l'effort de coopération de la France aux efforts qui seront accomplis par les pays africains dans leur transition démocratique.

 

Cependant, tout en affirmant que sa vocation n'était pas de maintenir l'ordre, un partenariat stratégique s'établit avec les pays francophones pour la défense de nos intérêts communs. « La France continuera d'être votre amie, et si vous le souhaitez, votre soutien. Chaque fois qu'une menace extérieure pourrait attenter à votre indépendance, la France sera présente à vos côtés »

Président Mitterrand.

B. Régionalisation de la sécurité face aux menaces d'instabilité

Conséquence indirecte de la fin de la guerre froide et du développement des moyens de communication, la mondialisation sonne le glas des relations bilatérales exclusives, et favorise l'ouverture des pays du continent. En effet, répondant aux besoins des états d'Afrique, le soutien technique et la coopération militaire s'internationalise. Ainsi, les Etats-Unis mènent-ils des programmes ambitieux en Afrique tels que l'ACOTA (Africa Contingency Operations Training Assistance) qui forme des contingents entiers des troupes africaines.

De même, libérée du statu quo imposé jusqu'alors par les deux grandes puissances, l'instabilité régionale grandit avec la multiplication des conflits en Afrique, tel que le différent frontalier entre l'Ethiopie et l'Erythrée. Facteurs aggravants, apparaissent de nouvelles menaces (narcotrafic, terrorisme, piraterie) qui s'accroissent localement d'autant plus que les pays sont faibles. Le cas de la Somalie est emblématique de cette faillite de l'état qui n'est pas en mesure d'imposer son autorité sur les multiples milices locales et les villages d'où rayonnent les skiffs des pirates.

En réponse à cette situation préoccupante, l'Union Africaine (UA), créée en 2002, a institué l'Architecture Africaine de Paix et de Sécurité (AAPS) afin de stabiliser le continent par la mise sur pied de structures de commandement et de troupes capables d'être engagées sur court préavis : les Forces Africaines en Attente (FAA). Cette prise en compte par l'Afrique de ses problématiques de stabilité et de sécurité bénéficie du soutien de la communauté internationale, l'ONU en l'occurrence.

Dans ce contexte, la France a pleinement intégré cette régionalisation de la sécurité. Ainsi a-t-elle crée dès 1994 son programme RECAMP, projet qui vise à renforcer les capacités africaines de maintien de la paix. Son principe n'est pas uniquement la cession de matériels « prêt à l'emploi » mais aussi et surtout un programme de formation et d'entraînement des FAA.

C. La promotion d'un partenariat multilatéral de sécurité et de défense

Enfin, dans un contexte budgétaire plus contraint et affichant un refus de toute ingérence dans les affaires intérieures des pays partenaires, la France développe une approche multilatérale des problématiques de sécurité et de défense dans le règlement des conflits par l'implication directe de l'Union africaine. Cette ligne de conduite, arrêtée par les livres blancs de la défense et de la diplomatie, oriente dorénavant la politique de coopération de la France vers un partenariat multilatéral. Forte de sa connaissance du milieu africain et de son dispositif prépositionné, la France a su impliquer l'Europe dans la stabilisation de l'Afrique et convaincu la commission européenne de relayer son action au sein du programme RECAMP, devenu « EURORECAMP » en 2008.

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2. Une importance centrale de notre dispositif militaire prépositionné

A. Le dispositif militaire prépositionné : un instrument au coeur de la coopération opérationnelle

La « coopération opérationnelle », repose sur le réseau des attachés de défense (AD) des différentes ambassades, dont l'autorité de tutelle reste le ministère de la défense (EMA). Cette coopération « d'opportunité », identifiée par ces AD, s'appuie le plus souvent sur le maillage militaire français en Afrique, dispositif qui - s'il a perdu en envergure - n'est pas fondamentalement remis en question. Implantées à proximité des quatre organisations régionales africaines (communauté économique des états d'Afrique de l'ouest, communauté économique des états de l'Afrique centrale, communauté sud-africaine de développement, autorité intergouvernementale pour le développement), les forces prépositionnées et de souveraineté (Sénégal, Gabon, Djibouti, Réunion) appuient le renforcement de leurs structures de sécurité. En effet, chacune de ces régions doit disposer d'une brigade en attente sous commandement d'un état-major régional. La coopération opérationnelle prend le plus souvent la forme d'exercices ou de détachements d'instruction opérationnelle (DIO) dans le cadre d'un accompagnement de crise, comme ce peut être le cas dans l'appui à la sécurisation du Sahel.

B. Une capacité de protection ou un appui à la projection de forces

De plus, le dispositif français en Afrique permet de répondre au besoin de compréhension de notre environnement. Ce pilier stratégique de la connaissance et de l'anticipation, identifié par le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, permet à la France de réagir rapidement à tout événement majeur et de manière adaptée. A ce titre, notre dispositif en Afrique contribue directement à la prévention des conflits.

C'est pourquoi, si la mission de protection, éventuellement d'évacuation, des ressortissants français est une mission centrale des forces françaises prépositionnées, elles restent un atout appréciable dans l'éventualité d'une intervention en Afrique. En effet, la France n'exclut pas un éventuel engagement direct de ses forces sur le continent. L'urgence faisant foi, elle entend garder une capacité d'intervention autonome bien qu'elle cherchera rapidement à appuyer cette intervention dans un cadre diplomatique légitimant son action, comme ce fut le cas lors de la crise au Darfour en 2008 où elle s'est engagée militairement au sein d'une opération de l'Union Européenne sur mandat  de l'ONU. Dans ce cadre, son dispositif prépositionné peut donc efficacement servir de point d'appui, soit pour l'entrée en premier, soit pour permettre la mise en place d'autres détachements et mettre en place le soutien logistique nécessaire à te telles opérations.

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3. Un effort renouvelé de notre coopération militaire « structurelle »

A. Réforme de l'organisme chargé de la coopération

Le poids politique d'un soutien militaire à un pays tiers a conduit naturellement la coopération militaire à être intégrée dans le giron de la diplomatie française. C'est pourquoi, bien que composée en majeure partie de militaires, la direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) est placée sous l'autorité directe du ministère des affaires étrangères. Ayant pour mission de promouvoir la stabilité des pays partenaires dans une logique de « sécurité globale », la DCSD réalise des projets relevant du domaine strictement militaire, mais aussi du domaine de la sécurité intérieure (police et gendarmerie). Or il apparaît que le continent Africain y occupe une place prédominante puisque 75% des projets de la DCSD lui sont destinés.

Faisant face à des contraintes budgétaires fortes, le pouvoir exécutif a choisi d'optimiser son effort général de coopération-développement. Désormais chargée de coordonner les différents projets, en lien avec l'EMA, la DCSD est l'échelon de synthèse entre les différents besoins de coopération identifiés et les choix politiques retenus, ce dans le but d'éviter la dispersion des efforts. Disposant d'une capacité financière d'environ de 107 millions d'euros, elle est un véritable levier qui agit en appui de la diplomatie française puisqu'elle permet de réaliser annuellement plus de 300 projets de coopérations. Néanmoins, dans une période d'assainissement des finances publiques, la DCSD cherche identifier des projets multinationaux éligibles aux financements extérieurs (ONU, Union Européenne) tels que l'école de maintien de la paix de Bamako au Mali soutenue par 11 pays tiers.

B. Mise en oeuvre d'une coopération « structurelle »

Afin de maximiser les effets de son action, la DCSD privilégie une coopération à haute valeur ajoutée qui vise à optimiser l'efficacité des outils de défense et de sécurité des pays partenaires. Les piliers de cette coopération, dite « structurelle », sont la formation, le conseil de haut niveau et l'aide logistique.

La formation, tout d'abord, met l'accent sur les élites africaines. Ainsi, outre l'accueil en France de stagiaires étrangers, la DCSD appuie financièrement, techniquement et pédagogiquement seize écoles nationales à vocation régionales (ENVR) qui accueillent chaque année environ 2400 cadres stagiaires de près d'une trentaine de pays. Aussi l'école de l'infanterie de Thiès au Sénégal est reconnu pôle d'excellence et forme l'essentiel des cadres fantassins du continent.

De même l'expertise technique de l'armée française est recherchée par nos partenaires pour évaluer leur outil de défense et pour leur apporter des solutions concrètes. Ces missions d'audit permettent d'aboutir à des réformes lourdes, telle que par exemple la refonte de l'architecture et des moyens des forces spéciales dans certains pays du Sahel.

Enfin, il convient en outre de préciser que la formation et le conseil concourent directement à soutenir l'influence française dans le monde par la promotion de son modèle de défense et de la langue française.

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Le Président SARKOZY précisait dans son discours du CAP le 28 février 2008 qu' « il ne saurait y avoir d'autre finalité pour notre politique en Afrique que l'unité de l'Afrique et la renaissance africaine ». Convaincue que le redressement du continent africain passe par sa stabilité, la France mène une politique résolue dans la coopération de sécurité et de défense. L'action conjuguée de la DCSD et de l'EMA est un outil particulièrement efficace au sein de notre dispositif diplomatique, et ce d'autant plus qu'il repose sur un besoin local identifié et une implication directe du pays partenaire.

Si l'avantage pour la France de maintenir une présence militaire en Afrique n'est plus à démontrer, force est de constater que la disette budgétaire actuelle risque de relancer la réflexion sur le maintien d'un tel dispositif à l'étranger. Il importe alors de mettre en perspective l'impact stratégique qu'il produit au regard de la faiblesse relative de son poids financier, sans oublier sa capacité à identifier des financements alternatifs.

Cependant, au-delà du volet « sécurité et défense », le véritable facteur de réussite de cette renaissance africaine est avant tout politique. Il réside dans sa capacité à finaliser sa mutation démocratique afin d'être au rendez-vous de l'histoire.


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