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Histoire et Stratégies

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Réflexions sur Gallieni : tacticien ? stratège ?

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Par le Colonel (H) Jacques VERNET

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Le Général Joseph GALLIENI (1849-1916), Maréchal de France à titre posthume (1921), n’est pas resté dans la mémoire de ses contemporains comme un penseur militaire, mais, grâce aux rapports et aux souvenirs de ses nombreuses campagnes coloniales, comme un chroniqueur de talent sollicité par les meilleures maisons d’éditions parisiennes. Ce succès littéraire signifie sans doute que ses lecteurs trouvaient dans ses ouvrages à la fois des récits et des descriptions relevant de la géographie au sens le plus large, et des indications sur les méthodes de conquête et de pacification des territoires et des populations rencontrées. Gallieni a été confronté dès le début de sa carrière à des situations qualifiées aujourd’hui d’asymétriques, puis plus tard, à des décisions stratégiques engageant le sort du pays. - Pour les premières, peut-on tisser quelques constantes applicables à des situations présentes, en évitant le danger des recettes mais en utilisant les paramètres permanents de ce type d’affrontement ? - Quant au domaine de la grande stratégie, les vieux principes napoléoniens, repris par Foch en son temps, méritent d’être rappelés en ce début du XXIème siècle, leur évidence étant telle qu’ils en sont presque négligés, pour ne pas dire oubliés.

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On reviendra donc, dans un premier temps, sur la conquête et la pacification de Madagascar, telles que les a rapportées le général Gallieni, à la fois commandant supérieur militaire et gouverneur général civil : les moyens engagés et les méthodes utilisées alors, peuvent inspirer la résolution des situations conflictuelles où se voient impliquées aujourd'hui les unités de l'armée française. Dans un second temps, nous nous pencherons sur la seule grande prise de décision stratégique à laquelle a été confronté Gallieni, la première bataille de la Marne, pour mesurer la part qu'il a prise dans la seconde grande décision qu'eut à prendre le Haut-Commandement dans le premier mois de la Grande Guerre, la première ayant été d'oser la retraite contrôlée du dispositif français.

 

 

Conquête et pacification

 

Envoyé à Madagascar pour y rétablir l'ordre, tant dans le domaine militaire que civil, Gallieni va remplir sa mission de bout en bout, avec persévérance et ténacité. Son outil principal va être la force militaire car elle seule est à même, en raison de son organisation et de sa discipline, de procurer d'emblée en nombre suffisant les cadres d'autorité, les personnels subalternes et les exécutants nécessaires à la tâche entreprise. Les traits essentiels de la méthode Gallieni sont : centralisation à tous les échelons, de tous les pouvoirs politico-administratifs, dans les mains d'une seule autorité ; combinaison intime entre l'action politique et l'action militaire, toutes deux ne pouvant être menées qu'accompagnées d'une connaissance profonde du terrain et de ses habitants ; adaptation de l'organisation administrative aux structures sociales existantes, aux mœurs et aux coutumes des populations rencontrées, évolution prudente du transfert des responsabilités à l'autorité civile.

En premier lieu, Gallieni pacifie le centre de l'Ile avec sa capitale et rétablit des communications sûres entre celle-ci et ses deux ports, l'un sur le canal du Mozambique, l'autre sur l'Océan Indien. Puis il crée les « cercles militaires », placés sous l'autorité d'un officier supérieur nanti de pouvoirs étendus et d'une grande autonomie. Avec un état-major des plus réduits (deux officiers subalternes) mais disposant d'un budget propre, le commandant de Cercle a pour mission de gagner peu à peu du terrain de manière à réduire progressivement les zones tenues par les insurgés, tout en réorganisant les zones pacifiées en y réinstallant les populations et en protégeant celles-ci et leurs cultures de tout retour des rebelles. Ces Cercles resteront le rouage essentiel de la pacification, même si leur évolution a suivi logiquement les progrès de cette dernière.

L'importance des résultats obtenus, la volonté d'étendre la pacification à toute l'île conduisent Gallieni à modifier son organisation administrative et à adopter une double décentralisation. D'une part, les Cercles devenus trop étendus sont subdivisés en Secteurs, qui ont vis-à-vis des Cercles la même autonomie que ceux-ci ont vis-à-vis de l'autorité centrale. D'autre part, il apparaît très vite que certaines tâches débordent le cadre du Cercle et demandent la coopération de plusieurs d'entre eux : ainsi la poursuite des rebelles qui, utilisant les caractéristiques du terrain et connaissant les limites des Cercles, se dérobent en passant de l'un à l'autre. L'ouverture de nouveaux itinéraires routiers, la création de voies ferrées impliquent la concertation entre plusieurs Cercles. Gallieni crée alors les Territoires militaires, englobant plusieurs Cercles et dont les chefs sont des responsables directs vis-à-vis de lui.

En une année, la pacification est terminée à l'est de la capitale malgache (zone du premier territoire militaire). Partant du second territoire (ouest et sud-ouest de la capitale), la pénétration vers le Grand Ouest est relativement facile. Mais la population s'étant rendue compte de la faiblesse des effectifs engagés, se soulève à nouveau, obligeant à l'envoi de renforts qui ramènent le calme avant la fin de la même année, malgré les difficultés du terrain et le climat particulièrement chaud de l'extrême ouest. Vers le sud de la Grande Ile, Gallieni se borne à faire occuper les principaux centres provinciaux et à protéger les pistes reliant le sud des Hauts Plateaux avec les deux ports, au Sud-Ouest, face à l'Afrique du Sud, et au Sud-Est, première implantation française au XVIIème siècle. À partir de ces deux centres côtiers, la pacification s'étend sur les régions avoisinantes. Simultanément, vers le Nord et le Nord-Est, l'autorité française s'étend progressivement, si bien qu'en 1898, l'île peut être considérée comme pacifiée, à l'exception de quelques taches à l'Extrême-Ouest et dans le Sud profond.

Maintenu à son poste, Gallieni revient en juillet 1900 avec le projet bien arrêté de terminer la pacification de la Grande Ile. Poussant à l'extrême son concept de décentralisation qui avait conduit à la création des territoires militaires, il crée le Commandement Supérieur du Sud, qui couvre le tiers de l'île, équivalent à la moitié de la superficie de la France métropolitaine. Il confie ce commandement au Colonel Lyautey, qu'il connaît depuis le Tonkin et qui s'est distingué dans l'organisation du quatrième territoire militaire (nord-ouest de la capitale malgache). La zone forestière, refuge des bandes rebelles qui mènent une guérilla de harcèlements et d'embuscades, est d'abord couverte d'un réseau de postes solidement tenus. Partant de ces postes, Lyautey nettoie successivement les mailles du filet, agissant par actions locales et concentriques. Dix-huit mois d'efforts incessants sont nécessaires pour pénétrer et pacifier l'Extrême-Sud malgache, pays désertique, défendu par une végétation de cactées quasi impénétrable. S'ensuit au plan général de l'île, deux années d'un calme relatif, où l'activité opérationnelle relève de l'action de police. Il se produit encore quelque agitation début 1905 dans ce Sud récemment occupé mais, en août de la même année, l'île est considérée comme pacifiée et Gallieni peut demander son retour en France, mission terminée après neuf ans de proconsulat sans un accroc au contrat. Ce long séjour a permis à Gallieni d'ajouter à sa bibliographie déjà conséquente sur le Tonkin et le Soudan Français, un ouvrage essentiel sur l'histoire contemporaine de Madagascar.

 

Les leçons de la conquête

 

Dans les premiers paragraphes de son Rapport sur la Conquête de Madagascar, Gallieni porte son attention sur les voies de communication dont il assure la sécurité par des lignes de postes, placés sur les points hauts les plus proches. De simples tours de guet, il fait des postes plus conséquents capables de se prêter soutien en renfort, et d'agir en reliant entre elles les opérations entreprises à leur niveau. Il n'hésite pas à prescrire aux commandants de Cercles d'armer les villages soumis pour les mettre en mesure de repousser de nouvelles incursions rebelles. Dès lors, il leur sera possible d'organiser le pays en secteurs, avec du personnel d'encadrement européen, mais aussi avec la hiérarchie indigène, d'où, in fine, une meilleure connaissance de leurs administrés. Face à l'adversaire malgache, Gallieni est favorable à la politique des petits postes, à condition qu'ils soient bien commandés et surtout, bien ravitaillés en munitions. Il note par ailleurs que : « Le système des grands postes, comme le prouve l'expérience, ne permet pas d'obtenir de résultats pratiques du point de vue de la pacification. Il doit donc être modifié pour se prêter aux circonstances du pays et des hommes au milieu desquels nous nous trouvons ».

Le rapprochement des consignes données par Gallieni à ses subordonnés avec les événements plus ou moins récents qu'a vécus l'armée française ou d'autres forces organisées sur un mode similaire, montre que l'officier des Troupes de Marine (devenues ensuite Coloniales) avait posé les principes opérationnels qui ont donné à la France son Second Empire Colonial. Quand il s'est agi de le défendre contre des idéologies centrifuges, certaines consignes se révélèrent inadaptées : ainsi la politique des petits postes, valable à Madagascar, s'est montrée inefficace et onéreuse, en hommes comme en moyens matériels, face à un ennemi nombreux et ravitaillé de l'extérieur. Il faut réaliser que Madagascar est une île, et non l'Indochine. Par contre, le maillage de terrain, l'armement des populations ralliées, l'encadrement par les chef autochtones ont été pleinement efficaces en Afrique du Nord, dès lors que l'on sépare clairement ce qui était demandé aux forces engagées sur le terrain, de la gestion politique du problème posé par la coexistence de deux populations aux références morales et culturelles antagonistes. Notons au passage, l'interdiction que Gallieni fait d'utiliser les incendies de villages, « qui ruinent inutilement le pays et ne peuvent qu'accroître le nombre de ceux qui vont rejoindre les rebelles. Il est évident qu'ayant tout perdu et donc, n'ayant plus rien à perdre, l'individu le moins concerné devient alors un rebelle ».

Relevons également cette allusion fort intéressante sur les grands postes : « le système de grands postes, comme le prouve l'expérience, ne permet pas d'obtenir des résultats pratiques au point de vue pacification. Il doit être donc modifié pour se prêter aux circonstances du pays et des hommes au milieu desquels nous nous trouvons ». Il n'est pas sans intérêt de constater que certaine armée, parangon de la puissance de l'Occident, a comme méthode de contrôle des zones sur lesquelles son gouvernement lui demande de s'engager, la création de véritables villes reproduisant quasi à l'identique les garnisons du territoire national. Ces « compounds » dûment protégés et occupés consomment une partie importante des troupes envoyées intervenir sur le théâtre d'opérations considéré. Plus encore, ces cités militaires qui donnent, en toute logique, un fort sentiment de sécurité auquel s'ajoute celui de confort, ne font qu'augmenter l'appréhension du combattant dès sa sortie de son château fort, pour ne pas dire citadelle. D'où des déploiements de moyens bruyants et indiscrets qui n'échappent pas à l'observation de l'adversaire qui dès lors fait le vide devant ces charrois aussi inutiles qu'onéreux. Si l'adversaire combat à pied, il faut lui opposer des troupes à pied, menant le même combat d'observation et d'embuscades, de jour et surtout de nuit, en l'isolant des populations qui lui apportent, de gré ou de force, soutien logistique et complicité morale. Cet enseignement, retrouvé par l'armée française avec les Groupements de Commandos Mixtes Aéroportés en Indochine et les commandos de chasse en Algérie, a semblé, dans une occasion dramatique récente, avoir été oublié.

En conclusion de son Rapport, Gallieni fait apparaître avec fermeté la nécessité de la ténacité, impliquant ainsi le rôle de la durée dans les conflits subversifs, révolutionnaires ou asymétriques. La conquête de l'Algérie s'est faite, globalement, en quarante ans (1830-1870), si on ne tient pas compte des alertes sérieuses de Kabylie (1870-71) ou du Sud-Oranais (1890), avant le réveil brutal et définitif de 1954, suite de l'alerte négligée de 1945. Il en a été pratiquement de même avec l'Indochine (1860-1910). La conquête de l'Afrique Noire française a demandé une cinquantaine d'années (1850-1910) et, pour tenir les régions sahariennes, il faut partir à la poursuite des rezzous mauritaniens jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale. La conquête du Grand Ouest américain a demandé quarante ans (1850-1890) à l'armée régulière, accompagnée pourtant dans sa marche par le flot d'immigrants que l'on sait, mais retardée il est vrai par quatre années de Guerre Civile. Aujourd'hui, le gouvernement sri lankais conclut une guerre subversive que aura duré cinquante ans et devant laquelle il a refusé de s'incliner. Ainsi sont remis à leur juste place les vieux principes de la guerre, parmi lesquels la nécessité de tenir jusqu'au dernier quart d'heure. (« Le dernier quart d'heure » du général Nogi, durant la guerre russo- japonaise.)

Pour assumer ces nombreuses tâches de combat, de contrôle des communications et d'encadrement de la population, il faut nécessairement des effectifs. Ceux-ci sont tout ou partie des unités de l'armée régulière, quel que soit le recrutement (volontariat ou conscription) et son organisation (il est évident que l'infanterie, reine des batailles et apte à progresser sur tous les types de terrain est l'arme la mieux à même à gérer le combat subversif). Mais les besoins en effectifs peuvent être résolus, comme le confirme Gallieni, par l'armement des populations, organisées en groupes d'autodéfense ou bien fournissant des unités supplétives, quitte à terminer avec des unités indigènes régulières, intégrées dans l'organisation générale des forces armées nationales.

Dans tous les cas, le nombre doit être là. En 1945, comme le Général Leclerc, à Tokyo, avisait le Général Mac Arthur de ses nouvelles responsabilités en Indochine, celui-ci lui dit : « Bring troops, more troops and more troops ».

Mac Arthur avait participé comme jeune officier à la pacification des Philippines. Le conseil ne put être suivi et l'on sait la suite. Au Vietnam, l'armée américaine apporta des troupes et encore plus de troupes. Si elle n'a pas eu la victoire, c'est que le conflit fut strictement limité dans les moyens engagés et le but recherché. Là encore, nous retrouvons Mac Arthur, limogé pour avoir écrit : « there is no substitute to victory ». L'effort de l'armée française en Afrique du Nord entre 1954 et 1962 a porté les effectifs initiaux (58.000 h) à 500.000 hommes en 1959. Ce nombre a permis une saturation relative du terrain au profit des forces de l'ordre et un succès militaire d'autant plus évident que la solution politique choisie ne s'en inspirait pas. Ainsi se révélait à nouveau une évidence napoléonienne : « la victoire appartient aux gros bataillons ». Gallieni partant pour Madagascar, estimait y trouver assez de troupes pour remplir sa mission ; néanmoins, il demanda au Ministre de la Guerre, d'emmener un bataillon de légionnaires avec lui, sous le beau prétexte de pouvoir mourir convenablement. Cette question de gros effectifs est aussi une interrogation pour Gallieni. Son contexte n'est plus celui des campagnes coloniales, c'est celui des conflits européens. Si la réputation de Gallieni se fait grâce à ses nombreux séjours aux colonies, qu'elles soient de longue date (La Réunion, La Martinique) ou récentes (Sénégal, Tonkin, Soudan) il n'en a pas moins connu le cursus militaire classique : il a suivi avec brio les cours de l'École Supérieure de Guerre de 1889-1891.

 

 

Les hautes responsabilités

 

Après son séjour à Madagascar, Gallieni est au tournant de sa carrière. S'il est considéré par l'opinion comme « le Grand Colonial », il n'en a pas moins suscité des jalousies, tant sur place, dans le milieu des colons, qu'en métropole. Une courte période de mise à l'écart (1905-1906) s'achève par sa nomination à la tête du corps d'armée de Lyon, avec le titre de Gouverneur militaire (juin 1906), puis, en 1908, à la présidence du Comité Consultatif de Défense des Colonies. Il entre de ce fait au Conseil Supérieur de la Guerre, parmi les responsables de la politique militaire du pays, malgré la réprobation de certains représentants de l'armée métropolitaine qui voient d'un mauvais œil un colonial entrer dans leur cénacle. Gallieni va être désormais concerné par les questions relatives à l'organisation et à l'engagement des forces armées et pouvoir exprimer ses propositions stratégiques.

Le grand débat des années précédant la première guerre mondiale porte, chacun l'a en mémoire, sur la fameuse offensive à outrance, issue des conférences sommairement comprises du Lieutenant-colonel Loyzeau de Grandmaison. Gallieni, économe de la vie de ses soldats comme des deniers de l'État, préconise de renforcer les frontières du Nord, pressentant, comme d'autres, le passage par la Belgique de l'adversaire désigné. Il propose d'employer l'artillerie par fortes concentrations des feux, de développer le renseignement aérien, tel qu'il a pu le faire lorsqu'il dirigeait le parti ouest lors des grandes manœuvres de 1912 (grâce à ses reconnaissances d'avion, Gallieni put intercepter le poste de commandement du parti adverse, mettant fin à la manœuvre à peine entamée). En tant que membre du C.S.G., Gallieni se voit confier, en cas d'ouverture d'un conflit avec l'Allemagne, le commandement de la 5ème Armée, à l'aile gauche du dispositif pour s'opposer à la menace du débordement allemand, qui est connue du commandement mais dont on n'a pas mesuré l'importance. Gallieni, si la guerre s'engageait, saurait y démontrer la variété de ses aptitudes et la souplesse de son esprit face à la menace. Malheureusement pour lui, le 24 avril 1914, il est mis en deuxième section des officiers généraux (Il passe le commandement de la 5ème Armée au général Lanrezac : qu'en aurait-il été de la bataille des frontières si Gallieni aurait commandé alors ?). Or les orages s'accumulent déjà depuis plusieurs années entre la Triple Entente et la Triplice. Les bruits de guerre ont déjà résonnés par deux fois dans les Balkans. Gallieni va-t-il connaître le destin ingrat du Lieutenant Drogo, héros malheureux du « Désert des Tartares » ? Sur le plan personnel, Gallieni est frappé par un deuil intime : son épouse décède brutalement victime d'une attaque d'hémiplégie. Comme pour le dégager de ce coup du destin, la crise de juin-juillet 1914 le fait rappeler au service. Le 31 juillet 1914, Gallieni est avisé de rejoindre Paris dans les délais les plus brefs. Aussitôt arrivé, le ministre de la Guerre, Messimy, lui confirme sa nomination comme adjoint et successeur éventuel du généralissime, le Général Joffre. Celui-ci, subordonné de Gallieni au Tonkin et à Madagascar, a été promu généralissime grâce à Gallieni qui, ne voulant pas assumer ce poste pour raisons de santé, en avait recommandé l'attribution à Joffre en 1911. Gallieni se trouve ainsi poussé par le destin pour assumer de véritables responsabilités stratégiques.

Les relations personnelles entre Gallieni et son ancien subordonné son biaisées par l'entourage de Joffre, installé à Vitry-le-François avec son quartier général. S'y sentant inutile, Gallieni revient à Paris. Rapidement, devant l'évolution de la situation (échec aux frontières, repli de l'aile gauche du dispositif français sur l'Aisne puis sur l'Oise, bientôt sur la Marne), Messimy perçoit la menace sur Paris et confie la défense de la capitale à Gallieni. Le 26 août, celui-ci est nommé commandant du camp retranché et des armées de Paris. Son prédécesseur n'était autre que le Général Michel, ancien généralissime désigné et auquel Joffre avait succédé. Contre toute attente, le conquérant colonial va devoir défendre la capitale de l'Empire qu'il a contribué à constituer. Le destin lui donne l'opportunité d'intervenir par deux fois dans le déroulement du conflit, d'une part lors de la première bataille de la Marne, puis quelques mois plus tard, comme Ministre de la Guerre, poste qu'il ne quittera que pour s'éteindre en quelques jours. C'est ainsi que placé devant une situation qui engage le sort du pays, Gallieni est un des premiers, sinon le premier, à percevoir le flagrant délit de manœuvre de l'adversaire et à suggérer au Haut Commandement la riposte à engager sur l'ensemble du front. Peu après, appelé à participer au gouvernement, il n'a pas le temps de lancer les grands projets que sa longue expérience d'homme de terrain comme de cabinet lui inspirait pour la marche du pays vers la victoire.

 

Gallieni, stratège et ministre

 

Chargé de la défense de Paris, comme il le rappelle dans son fameux ordre du jour du 3 septembre 1914, Gallieni, veillant à tout, se met et met ses subordonnés au travail. Il appelle auprès de lui d'anciens subordonnés en qui il a toute confiance, recrute des nouveaux, connus pour leur efficacité et leurs capacités. Installé au lycée Victor Duruy, près des ministères et de l'état-major de l'armée, il renforce la défense de la capitale : barrer les routes, miner les ponts, renforcer l'artillerie de forteresse, préparer les réserves alimentaires, laisser partir les paniquards - dont les membres du gouvernement qui n'hésitent pas à se replier directement à Bordeaux, oubliant que leurs prédécesseurs avaient eu la dignité de s'arrêter initialement à Tours. Pour renforcer ses quatre divisions de territoriaux, il obtient de conserver la 45ème Division d'Infanterie (Général Drude) qui arrive d'Algérie avec des zouaves et des tirailleurs peu aguerris, et réquisitionne, comme en 1870, marins fusiliers et canonniers, pour le service et  la défense de la place. Pendant que les combats se poursuivent tout au long de la ligne de contact, de Maubeuge à Belfort, Joffre constitue une nouvelle armée, la VIème (7ème et 4ème C.A. et trois divisions de réserve, plus la 45ème D.I. et la Brigade marocaine, prises sur le Camp Retranché), engagée d'abord en Lorraine. Le déroulement de la bataille des frontières et la retraite générale des armées de l'aile gauche française, avec la manœuvre pertinente de la Vème Armée (Lanrezac) à Guise, sont bien connues. Le 30 août, le généralissime Joffre donne un ordre de repli général sur la Seine pour les armées du Centre et de l'Ouest : Vème, IVème et IIIème. La VIème, de formation trop récente, est mise à la disposition de Gallieni pour la défense de Paris. C'est alors que se produit l'acte fatal d'indiscipline de Klück, commandant la Ière Armée, aile marchante des armées allemandes. Prétextant qu'un objectif géographique a un intérêt secondaire par rapport à un objectif militaire, mais oubliant qu'une capitale est plus qu'un objectif géographique, Klück a obliqué sa progression vers le sud-est, à la poursuite de l'armée anglaise et de la Vème française, commandée à présent par le Général Franchet d'Esperey. Ce mouvement  vers le Sud-Est avait été amorcé par Bülow qui aurait dû marcher droit sur Paris dès le franchissement de l'Oise à la Fère. Quoiqu'il en soit, la situation donne un Bülow s'engageant vers la Marne de Dormans et Epernay, et un Klück visant Meaux et la Ferté- Gaucher, à la poursuite des Anglais qui reculent dans la Brie (le QG de French est à Melun et on signale des patrouilles de uhlans au sud de Nangis, aux abords de la forêt de Fontainebleau).

C'est alors que l'état-major de Gallieni perçoit la manœuvre à engager. Bülow ne peut soutenir Klück qui, flanc-gardé par un corps d'armée affaibli, défile devant les défenses de Paris. L'occasion est trop belle : il faut engager tous les moyens disponibles contre ce flanc mal gardé, obliger le gros de la Ière Armée allemande à se tourner vers l'ouest et déséquilibrer définitivement la manœuvre stratégique allemande. Le déroulement de la bataille de la Marne est connu. On a longtemps débattu du responsable de la manœuvre victorieuse. Certes Joffre a bien souligné qu'en cas d'insuccès, c'est lui qui aurait été désigné comme le vaincu. Néanmoins, c'est Gallieni qui a suggéré la manœuvre, en a convaincu le généralissime et a tout fait pour que le pion lancé en premier sur l'échiquier ait les moyens et les appuis nécessaires à son succès.

Malgré le peu de considération qu'en avaient les États-majors de la métropole, avoir fait campagne aux colonies n'avait pas gauchi les capacités opérationnelles de Gallieni, quel que fût le niveau de son emploi, du Chef de bataillon commandant de colonne au Soudan au Général défenseur d'une capitale. L'âge et la santé de Gallieni ne lui laissèrent pas le temps de renouveler l'occasion d'utiliser ses talents de stratège.

En effet, les mois qui suivent le succès de la Marne sont marqués par la course à la mer puis par l'immobilisation du front occidental dans une guerre de positions, stérile et coûteuse. Gallieni reste au commandement du Camp Retranché, populaire auprès des Parisiens mais désireux de se rendre plus utile. Il demande à exercer un commandement sur le front : ses interlocuteurs lui proposent d'être ministre. Tandis que les bataillons sénégalais commencent à arriver (avril 1915), Gallieni est de plus en plus sollicité : il finit par entrer dans le gouvernement Briand, le 29 octobre 1915. Il se lance immédiatement dans l'envoi sur le front des nombreux personnels en poste à l'intérieur, inutiles et souvent embusqués. Puis il gère la réorganisation du Haut Commandement. Joffre, responsable du front français devient commandant en chef de toutes les armées françaises.

Miné par une maladie qui permettra à Briand de faire un mauvais jeu de mots, Gallieni reste préoccupé de la suite du conflit. Il appelle à la formation d'une masse de manœuvre nombreuse que le pays, malgré les efforts de l'Empire et l'appel de classes de plus en plus jeunes, ne peut fournir. Cette masse de manœuvre stratégique n'apparaîtra que plus tard, avec l'arrivée des divisions américaines au printemps 1918. Pour l'heure, des menaces pèsent sur Verdun. Les activités côté allemand indiquent un renforcement en moyens matériels et en effectifs, alors même que Joffre vient de conclure à l'inutilité des places fortes. Il fait démanteler les forts modernisés qui entourent Verdun et envoyer leurs canons lourds renforcer l'artillerie de campagne. Gallieni, averti, fait part de son inquiétude à Joffre. Celui-ci réagit par la menace de démissionner, ce que le gouvernement ne veut ou ne peut accepter. Seul, au G.Q.G., le Général Castelnau maintient son inquiétude, et c'est lui, qui, dans la nuit du 26 février 1916, va arracher à Joffre, qui ne songe qu'à dormir, la nomination du Général Pétain à la défense de Verdun. Durant la crise ainsi provoquée, le Président du Conseil, Briand, propose à Gallieni le poste de généralissime. C'est alors que Gallieni lui apprend la gravité de sa maladie et la nécessité, contraire, de se retirer des affaires pour être opéré sans délais. Briand lui fait admettre qu'il ne sera remplacé que par intérim.

Hospitalisé à Versailles, Gallieni est opéré par deux fois (20 avril et 18 mai), mais une hémorragie interne l'emporte en vingt-quatre heures, le vendredi 26 mai 1916. À nouveau, le destin enlève à Gallieni l'opportunité de jouer un rôle majeur dans le déroulement du conflit. L'expérience acquise par sa longue carrière militaire, à la fois comme homme de guerre et comme administrateur, sa culture et sa connaissance des hommes, quelles que fussent leurs origines, leur race ou leur classe sociale, ses affinités avec les grands patriotes que sont Poincaré ou Clemenceau auraient fait de lui une autorité écoutée du gouvernement. La guerre, hélas, se poursuivit sans lui.

 

 

Resté dans la mémoire populaire comme le vrai défenseur de la capitale et comme l'homme des taxis de la Marne, le Général Gallieni a marqué les premiers mois du premier conflit mondial. Ses campagnes coloniales l'avaient déjà fait connaître, parmi ses pairs comme dans l'opinion publique. Rapportant ses expériences outre-mer par de nombreux écrits, il s'est fait connaître par la largueur de ses vues et l'étendue de sa culture. Sur le plan, militaire, il s'est révélé à la fois combattant et gestionnaire, diplomate et administrateur, et son apport à l'art de la guerre a été de codifier les méthodes de combat de ce qu'on appelait au XVIIIème siècle « la petite guerre », et, au XIXème siècle « la guérilla », puis, pour finir, la guerre subversive pour ne pas citer la terminologie du XXIème siècle, avec la guerre asymétrique. Ayant intégré l'importance de l'encadrement de la population, l'armement des auto-défenses, les effectifs à mettre sur le terrain et la tactique à mettre en œuvre pour ne pas laisser à l'adversaire le moindre répit en lui opposant ses propres méthodes de combat, le tout sous-tendu par la patience et la ténacité, Gallieni se montre le tacticien moderne du combat anti-subversif. Porté aux responsabilités les plus hautes, il a le coup d'œil napoléonien pour constater la faute des armées adverses et déclencher la manœuvre qui va déséquilibrer la réalisation du plan ennemi et sauver le sort de la Nation. Apte à tenir le plus haut poste de commandement, appuyé par l'appareil gouvernemental, soutenu par l'opinion nationale Gallieni était en mesure de participer au sens de l'Histoire. Sa destinée l'en aura empêché. Marqué par la fatalité, Gallieni aura été essentiellement tacticien et conjoncturellement stratège. Ainsi, il se sera totalement réalisé, à une autre mesure que le héros malheureux du « Désert des Tartares » de Dino Buzzati.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour rétablir quelques vérités

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par le général de corps d'armée (2°s) André BOURACHOT,

 

dans les Cahiers du CESAT n° 18 de décembre 2009

 

 

 

 

L'article sur le penseur militaire dans les cahiers du CESAT n° 17 intitulé «Réflexions sur Gallieni, Tacticien?, Stratège?» m'a surpris car, à mon avis, il reprend dans sa deuxième partie l'essentiel des poncifs des «gallienistes» qui, encore aujourd'hui, me semble-t-il, encensent leur idole au-delà du raisonnable.

 

Je ne discuterai pas la partie consacrée à l'œuvre coloniale du futur maréchal, par contre tout ce qui est consacré à la période s'étendant de 1911 à 1916, date du décès de Gallieni, me semble mériter quelques précisions.

 

Première remarque. Pourquoi en 1911 Gallieni se trouverait-t-il poussé par le destin pour «assumer de véritables responsabilités stratégiques»? C'est exactement le contraire qui se passe. Gallieni en conseillant à Messimy de choisir Joffre comme vice-président du Conseil supérieur de la guerre et  commandant en chef désigné refuse une responsabilité (pour des motifs parfaitement honorables) et du coup s'interdit de jouer tout rôle majeur, quel qu'il soit, dans le domaine militaire.

Gallieni, «ad latus[1]» de Joffre, va au GQG sur ordre de Messimy pour «arracher» à Joffre des informations sur les opérations, opérations sur lesquelles le commandant en chef fait un black-out à peu près complet mais il n'y va pas pour «y rester». Gallieni n'aurait quand même pas inventé et souhaité le commandement bicéphale? Les relations sont certes «biaisées» par le GQG mais un peu plus tard. L'initiative en revient plutôt à l'entourage de Gallieni composé d'officiers de complément[2] à la langue bien pendue; restés dans leur milieu parisien, ils vont répandre sur Joffre des torrents de propos peu amènes, ainsi les Doumer, Gheusi

[3]et compagnies! 

Il convient également d'évoquer la défense de Paris par Gallieni. Quand il est nommé gouverneur militaire de Paris, pour remplacer Michel, une fois de plus débarqué par Messimy qui décidément ne l'aime pas, il ne trouve pas un désert où tout restait à faire. L'essentiel du travail a été fait par Michel qui a essuyé les plâtres car on ne travaille vraiment à Paris que depuis les 10-12 août, dates auxquelles les divisions territoriales ont terminé leur mobilisation mais elles ne sont souvent ni complètement armées, ni habillées et très mal encadrées. Le plus urgent est d'achever leur mise sur pied et de tenter de leur donner un peu de cohésion et d'instruction militaire, la lecture des journaux des marches et opérations est, à cet égard, édifiante. De plus, comme on ne peut pas travailler sur les propriétés privées, Messimy n'ayant pas donné son feu vert, les travaux de défense n'avancent pas. Quand Messimy se réveillera fin août, Gallieni aura la tâche plus facile mais ne se privera pas d'accuser son prédécesseur de n'avoir rien fait!

 

Quant à l'intuition stratégique de Gallieni on peut s'interroger sur sa constance. En 1914, il demande à Messimy 3 corps actifs, soit 6 divisions pour défendre Paris. Cela représente 16% des divisions actives de Joffre, 16% des meilleures troupes de la France pour rester l'arme au pied autour de Paris! 

Je ne vais pas refaire la bataille de la Marne. Les pro-Gallieni passeront leur temps, contre toute évidence, à nier la subordination de Gallieni à Joffre. Gallieni lui-même, démolissant systématiquement l'action de Joffre dans ses mémoires, n'aura pas de critiques trop dures à l'encontre du commandant en chef mais oubliera soigneusement de préciser...qu'il était sous ses ordres. D'ailleurs il continue à lui écrire: «Mon cher Joffre»! Étant le subordonné de votre patron essayez donc de lui écrire «Mon cher X». D'autre part, ramener la bataille de la Marne à la seule bataille de l'Ourcq est un peu court; la bataille de la Marne est une bataille de France et c'est grâce à Maunoury - et Gallieni certes - mais aussi à Sarrail, Langle de Carry, Foch, Franchet d'Esperey, Castelnau, etc...que les flèches se sont retournées sur les cartes. En bon subordonné Gallieni a rendu compte et suggéré, fort heureusement!

Quant à la légende de Joffre «démantelant les forts modernisés», elle est tout simplement fausse: Un décret d'août 1915 à mis les places de guerre sous les ordres du commandant en chef alors qu'elles étaient jusqu'alors sous les ordres du ministre sauf celles qui étaient dans la zone des armées. Le commandant en chef va pouvoir en utiliser tous les moyens. Il en tirera 165 bataillons d'infanterie, 40 compagnies du génie, 41 batteries de campagne, 134 batteries à pied, 1.148 mitrailleuses, 1.814 pièces d'artillerie de campagne, 2.313 pièces d'artillerie lourde, des millions d'obus et gargousses, etc...Et tout cela dormait, inutilisé, à Verdun comme ailleurs, depuis un an! Verdun n'était pas une place forte mais un Camp retranché et dès la parution du décret le commandant en chef va ordonner de le transformer en Région fortifiée dans laquelle devaient s'insérer les forts et casemates existants. Et la majorité des pièces d'artillerie est restée dans les forts pour la bonne raison qu'on ne pouvait pas facilement les enlever! L'organisation défensive de la RFV[4] est certes restée insuffisante pour de multiples raisons sur lesquelles je ne peux m'étendre ici mais la légende de Gallieni visionnaire de l'attaque allemande sur Verdun a été soigneusement cultivée par les thuriféraires de Gallieni. Enfin, ce dernier n'a jamais fait part de son inquiétude à Joffre pour le démantèlement des forts mais pour l'insuffisance des organisations défensives. Et il ne faisait qu'exprimer ce que lui avait dit Driant, Parlementaire membre de la commission de l'armée, ancien Saint-Cyrien et officier de complément qui sera tué au Bois des Caures.

 

Je pense que la phrase : Joffre «ne songe qu'à dormir» n'a pas sa place dans cet article à caractère historique. Cette formulation incite à ajouter in petto: «comme d'habitude». La nuit Joffre dort quels que soient les événements et il ne rate jamais un repas. Deux remarques: la première c'est que cette bonne santé lui permettra de garder son équilibre - on peut relire certains textes de Napoléon sur «le courage d'après minuit» - la seconde est qu'il ne faut jamais juger les personnages sur ce qu'ils auraient dû faire en prévision d'un événement...que, sauf à être voyant, ils ne connaissaient pas! Ceci dit, il n'a certainement pas fallu «arracher» la nomination de Pétain à Joffre. 

Pour terminer, je trouve dommage que l'article ne mentionne pas la note du 7 mars 1916 lue par Gallieni en conseil des ministres avant de quitter le gouvernement. C'est un réquisitoire d'une extrême virulence, impossible à reproduire ici, qui se termine par cette recommandation:

 

«Éliminer ceux des chefs sur qui pèsent les vieilles doctrines désuètes au point de les mettre hors d'état de s'adapter aux circonstances des luttes actuelles.» Aucun des ministres présents n'a voulu en prendre une copie!

 

 

 

Je ne suis pas plus «joffriste» que «gallieniste» mais mon souci de la vérité historique, autant qu'on puisse s'en rapprocher, m'a conduit à rappeler ces faits et constatations, ces deux maréchaux ayant suffisamment prouvé leurs hautes qualités pour qu'ils méritent notre reconnaissance sans chercher à les grandir plus l'un que l'autre.

 

 

[1] «Ad latus» expression latine par laquelle on désigne à l'époque un remplaçant éventuel désigné.

[2] Officiers de réserve.

[3] Gheusi, directeur de l'opéra comique, bien introduit dans les milieux politiques, passera sa vie à encenser sans mesure Gallieni.

[4] Région Fortifiée de Verdun.

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