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Tactique générale

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Réflexions tactiques et historiques sur la « Force Protection »

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Par Frédéric JORDAN

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La « Force Protection », terme anglo-saxon qualifiant la préservation du potentiel humain et matériel en opération, est devenu un leitmotiv au sein des armées occidentales, soucieuses d’éviter des pertes importantes, voire une judiciarisation de leurs opérations et ce, alors que les opinions publiques ne soutiennent pas forcément les expéditions lointaines contemporaines.

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En outre, la professionnalisation des outils de combat (investissement global consenti pour recruter et former un soldat professionnel), l’héritage des théories post-Guerre Froide de type « zéro mort » comme la remise en question permanente de la légitimité des engagements, poussent les états-majors à protéger leurs unités.
Aussi, la perception de la « Force Protection » est souvent cantonnée à la protection du combattant et à celle de son environnement fonctionnel voire des infrastructures qu’il utilise.
Pourtant, l’histoire militaire, mais aussi la réflexion tactico-opérative, montre que la protection de la Force, fille du principe de sûreté (parfois ignoré), dépasse largement l’espace d’engagement du soldat pour s’inscrire dans l’espace doctrinal des armées mais aussi dans la conception des opérations et des outils de combat.
 
1-L’héritage de l’histoire :

Dès l’Antiquité, les chefs militaires cherchent à préserver des moyens comptés, que l’on pense aux phalanges d’Alexandre comme aux légions romaines coûteuses à entretenir, à recruter, à soutenir et à entraîner. Pour cela, ils mettent en place de larges et efficaces réseaux de renseignement (espions, tribus alliées), des lignes de communication rapide ou encore conduisent ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui des opérations d’influence. Ces dernières passent par de fausses rumeurs, des opérations provoquant la terreur (prisonniers tués, villes décimées) ainsi qu’une solide réputation (Guerre des Gaules écrite par César).
Tout au long des siècles, la protection de la Force passe également par l’emploi de stratagèmes comme les leurres, la Maskirovka soviétique, l’emploi de brouillards artificiels ou de documents falsifiés. Les communications sont souvent codées, cryptées à l’instar d’Enigma pendant la seconde guerre mondiale ou des interprètes indiens utilisés par le corps de Marines dans les combats du Pacifique.
La protection du combattant avec des armures, des boucliers, des cuirasses, y compris jusque dans les tranchées du premier conflit mondial a été, comme aujourd’hui la préoccupation des généraux. Une autre manière de préserver la ressource est apparue très tôt avec l’emploi de forces supplétives, des corps auxiliaires romains aux sociétés militaires privées modernes, en passant par les mercenaires de la Renaissance ou les troupes coloniales.
Dans un autre registre, la création de places fortes, de remparts, de murailles (mur d’Hadrien, ligne Maginot), de forteresses (citadelles Vauban), de forts (ceinture Séré des Rivière autour de Paris au début du XXème siècle) et, aujourd’hui de camps retranchés appelés FOB (Forward operations base) ou Compounds tiennent de la même volonté d’apporter au soldat un abri pour le combat voire une zone sanctuarisé pour lui permettre de se remettre en condition ou de s’entraîner.
Sur le champ de bataille, de tous temps, la mobilité a constitué un formidable multiplicateur de protection permettant de garder l’initiative et d’esquiver la concentration des efforts adverses. Certaines armées en ont fait d’ailleurs un mode d’action que l’on pense aux Huns, aux Mongols (archers montés) mais aussi, bien plus tard, les compagnies de voltigeurs puis les unités blindées. Cette capacité est à mettre en parallèle à tous les efforts de valorisation du terrain pour mener des sièges, protéger des positions permanentes comme temporaires. Cela s’est traduit par l’emploi d’outils spécifiques (tours d’assaut, casemates) et d’innovations défensives avec les tranchées, les barbelés, les mines et autres moyens de contre-mobilité.
Il y a donc bien une préoccupation pérenne de mettre en place un dispositif de « Force Protection » à associer à la pensée sur l’art de la guerre.

2-La pensée tactico-opérative :

Quand on examine la pensée militaire et les principaux auteurs et théoriciens, voire certains chefs, on observe que la protection de la Force dépasse largement la simple réflexion en lien avec la dialectique« cuirasse »/« feu » pour prendre en compte les notions de sûreté, de liberté d’action et d’économie des moyens.

Aussi, protéger c’est :

-Concevoir un équipement et une doctrine adaptée à la menace : pensée de Moltke.
-Définir et préserver son propre centre de gravité (capacités critiques, …).
-Bâtir des forces complémentaires (GTIA moderne) : pensée de Folard et de Guibert.
-Planifier en préparant des cas non conformes.
-Assurer un cycle du renseignement efficace et rapide pour garder l’initiative.
-Mettre en place une bonne économie des moyens (réserve, équipements adéquat).
-Assurer sa sûreté (couverture, flanc-garde) : pensée de Napoléon.
-Protéger ses lignes d’opération et ses axes logistiques : pensée de Jomini et de Napoléon.
-Mobilité (marches et contremarches) : pensée de Malborough, de Condé.
-Choisir son terrain (études, saisie des points clefs).
-Prendre en compte l’environnement (contre-insurrection, population,…).
-Saisir les opportunités par une subsidiarité accrue (notion d’effet majeur).
-Protéger le combattant en favorisant sa résilience (confiance dans son matériel, zones sécurisées, adaptation à la menace).

3-La « Force protection », une notion à réfléchir selon 3 piliers :

Fort de ce constat, il paraît opportun de proposer une analyse globale de la « Force Protection » sur tout le cycle d’engagement d’une unité au sens large, de la doctrine au combat en passant par l’entraînement et la conception des ordres. On voit de fait émerger 3 piliers qui se complètent et se suivent chronologiquement.
Pilier 1 Conception et préparation
Equipements adaptés (exemple protection contre les engins explosifs improvisés…).
Doctrine adaptée aux conflits du moment ou du futur.
Prise en compte de la FP dans toutes les étapes de la planification comme facteur clé (temps, lieu, mission, environnement,…).
Détermination des points faibles de la force (à protéger en priorité).
Branch plans (cas non conformes)
Articulations adaptées et réactives adaptées au terrain, à la mission, à l’ennemi.

Pilier 2 conduite de la manœuvre
-Recueil et traitement du renseignement
-Contre-ingérence.
-Sûreté tactique (flanc-garde, couverture).
-Protection des moyens de C2 (Command and control) par la furtivité des postes de commandement, la sécurité des moyens de communication,…
-Liberté d’action par des modes d’action audacieux ou réversibles.
-Capacité à réagir à l’imprévu (réserves.
-Saisi de l’initiative (audace, diversion, déception, surprise, saisie des opportunités).
-Imposition du tempo à l’adversaire (numérisation, cycle de décision).
-Appuis importants (feux, génie,…).

Pilier 3 Protection de la ressource / réversibilité
-Sécurisation des axes et des enceintes (bastion walls, lutte contre les attaques indirectes, check points, abris anti-explosions,…).
-Protection du combattant (moyens balistiques, blindage, brouilleurs, camps retranchées).
-Détection des agressions (moyens d’observation passifs, drones,…).
-Résilience et capacité à durée (soutien du combattant, soutien santé).
-Prise en compte des menaces nouvelles (impacts sur les familles, agressions cyber, utilisation des réseaux sociaux, désinformation,…).
-Disposer d’un tissu industriel capable de répondre dans l’urgence aux besoins évolutifs des armées (exemple des équipements développés pour le théâtre afghan.
-Développer l’exploitation rapide du retour d’expérience.


En conclusion, on le perçoit, la « Force Protection » n’est pas seulement l’assertion réductrice liée aux engagements des forces armées sur des théâtres d’opérations lointains face à des ennemis dits asymétriques cherchant à produire de lourdes pertes sur des combattants surprotégés. En fait, la « Force Protection » doit se réfléchir sur l’ensemble du spectre qui définit la guerre et ce, afin de revenir aux principes fondamentaux souvent délaissés.

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