Traitement en cours, merci de patienter...
Saut de ligne
Saut de ligne
Saut de ligne
Image
Image
Saut de ligne
 
Saut de ligne
Image
Saut de ligne
Expériences alliées

Image
Saut de ligne

Retrait d’Afghanistan : être présent sans y être.

Image

Par le CDT LAFARGUE

Image

Réalité ou perception de la réalité, telle est l’une des questions au sujet de la place des occidentaux en Afghanistan.

Image
Image
  A moins d’un an du retrait des forces de la coalition d’Afghanistan, alors que les autorités afghanes ont pris en main les destinées de la sécurité du pays depuis juin 2013, comment les afghans perçoivent-ils l’action de leurs propres forces de sécurité ?  Pour nombre d’entre eux, les forces afghanes dépendent encore trop du soutien de la coalition et plus particulièrement des Etats-Unis. 
Dans ce processus de retrait, l’action de l’ISAF consiste en un jeu subtil entre achever la formation de cette jeune armée afghane et diminuer sa visibilité afin que la population soit persuadée que les forces afghanes président effectivement aux destinées de la sécurité du pays. 
Dans ce cadre, l’ISAF a mené une réflexion sur les actions sur les perceptions. A travers ces actions, c’est bien l’information qui est ciblée.
L’information doit être interprétée de façon positive par la population, qui demeure l’enjeu. Elle est partie intégrante de la manœuvre.
L’action de la Coalition sur la maîtrise de l’information est d’autant plus cruciale que l’insurrection en fait un mode d’action privilégiée pour valoriser des actions de modeste envergure mais à forte valeur symbolique.
Pour lutter contre le sentiment d’abandon ressenti par les Afghans, la Coalition doit
mettre en œuvre les outils qui convaincront  la population que les forces afghanes sont aux commandes.
Dans l’optique du retrait de la coalition, celle-ci doit persuader la population que les forces gouvernementales sont capables d’assumer seules la sécurité du pays.

 La diminution de l’empreinte de l’ISAF s’accompagne d’opérations de communication opérationnelle qui visent à valoriser les acquis des forces de sécurité afghanes autant qu’à répondre aux actions sur l’information des insurgés. Ces actions trouvent leurs limites dans les lacunes capacitaires des forces de sécurité afghanes qui nécessitent encore une aide occidentale.

*

L’empreinte de l’ISAF.

Engagée dans une mission dénommée
« Train, Advise and Assist », l’ISAF tend à se placer en arrière-plan en même temps qu’elle laisse les forces de sécurité afghanes prendre en main la sécurité du pays. 
Le but est d’assurer et de pérenniser la transition pour rendre l’Afghanistan à ses forces nationales. Cette décision doit se traduire de façon suffisamment claire pour la population afghane. L’action sur les perceptions trouve sa place en ce domaine. La population doit être convaincue que la coalition occidentale n’est plus aux commandes des opérations. La persuasion vise l’adhésion volontaire, le consentement. Elle a par ailleurs des effets bien plus durables et bien mieux tolérés.  L’information est le levier des mécanismes de sortie de crise. Réduisant ses opérations à caractère cinétique, la Coalition se tourne vers l’information afin d’obtenir un rendement significatif et permettre à l’opinion de prendre conscience du but recherché.

La volonté des forces de la coalition est de se retirer progressivement de la mission « Train, Advise and Assist » vers une simple mission de conseil. 
Etre impliqué le moins possible pour des raisons de retrait des forces mais aussi pour laisser la main effective aux forces de sécurité afghanes. Leur taux d’attrition mensuel élevé témoigne de leur rôle désormais prédominant dans les opérations. En clair, les occidentaux seraient peu présents sur le terrain et se borneraient à des actions de conseil, posture totalement transparente pour le paysan afghan.
Ce glissement se traduit par une modification des comportements occidentaux dans le but d’agir sur la perception de la population. Montrer pour convaincre. Des propositions sont faites pour diminuer la proportion de soldats américains au sein des patrouilles conjointes. Cette inversion tend à démontrer le rôle réduit de la Coalition. De la même manière, au sein des villes et particulièrement de la capitale, les véhicules américains 4X4 blindés avec antenne sur le toit sont extrêmement reconnaissables et devraient être modifiés, au risque de réduire leur protection. Il en est de même au sujet des convois militaires blindés en ville qui sont bien trop visibles et identifiables. Concernant les vols d’hélicoptères : voler à très basse altitude au ras des demeures rappelle à la population l’omniprésence de la Coalition. Voler plus haut réduirait le bruit produit mais augmenterait leur vulnérabilité.  Enfin, lors des réunions entre forces afghanes et forces de la Coalition, trop d’uniformes américains peuvent encore accentuer cette impression d’omniprésence. Il s’agit, certes de détails mais qui, mis bout à bout, vont à l’encontre du but recherché. 

 Au-delà de ces détails relatifs aux équipements ou aux comportements, la diffusion de la bonne information vers la cible appropriée permet d’engranger des bénéfices significatifs pour un coût réduit.


*

L’information au cœur de la manœuvre.
Les actions de communications vis-à-vis de la population afghane ont pour but la recherche de son soutien et de son adhésion. Le second aspect est une réaction aux actions lancées par les insurgés.
Jeune (selon les standards occidentaux), l’armée nationale afghane découvre un certain nombre d’outils non-cinétiques qui font partie de la manœuvre. La communication opérationnelle en fait partie. Amenant un bouleversement dans les mentalités afghanes, la COMOPS participe à l’efficacité opérationnelle en précisant le sens de l’intervention ou de l’opération. Elle vise à valoriser l’image des forces armées et leurs capacités à réaliser la mission.

Elle tend à garantir une perception de l’action de la force susceptible d’une part d’en assurer la compréhension et le soutien par l’opinion, et, d’autre part, de faciliter l’action militaire par la contribution à la création d’un environnement favorable. L’état final recherché est bien la promotion des forces de sécurité afghanes à travers une valorisation de ses succès et la diffusion d’une image positive vis-à-vis de la population-cible. 
Le levier consiste bien à donner confiance en l’armée afghane soupçonnée de corruption, de violences, de relations avec les insurgés. Une image positive a aussi un impact sur les militaires eux-mêmes qui peuvent se rendre compte de leur popularité.

Ainsi les conseillers occidentaux poussent les commandants de brigades et de kandaks à mener de telles opérations à leur niveau de responsabilité. Ils convoquent la presse, les responsables locaux pour célébrer telle ouverture d’hôpital militaire, expliquer les buts de la dernière opération.
Il s’agit bien de convaincre la population afghane de la capacité de l’armée à mener des opérations militaires, à assurer la sécurité dans le pays sans le concours des forces occidentales. 

L’utilisation de la COMOPS vise également à répondre aux actions adverses. La manipulation de l’information est un outil privilégié dans les guerres d’insurrection. Les insurgés valorisent la moindre de leurs actions. Elle leur permet de créer un retentissement médiatique bien supérieur à l’étendue réelle du succès. C’est un outil simple d’utilisation, bon marché, bénéficiant du plus large moyen de diffusion au monde, internet.  Face à l’insurrection, les forces afghanes doivent être présentes sur les réseaux mondiaux pour répondre à ces attaques.

            La valorisation et la promotion des actions des forces de sécurité afghanes trouvent leurs limites dans des lacunes qui requièrent      une      présence          des      forces occidentales avant qu’elles ne soient comblées.


*


Les lacunes capacitaires des forces de sécurité afghanes réclament une présence occidentale.

La Coalition est parfaitement consciente que les forces afghanes souffrent encore de nombreuses lacunes qui empêchent de les abandonner en l’état après 2014. Elle se doit donc d’être encore présente, discrètement, aux côtés des forces gouvernementales.

Pour certaines fonctions opérationnelles, l’ISAF - ou bien la force qui lui succédera - est et sera sans doute pour quelque temps, le seul pourvoyeur. Elle devra conseiller tout en restant en retrait. Là encore peu importe la réalité du soutien occidental, Un point important semble être, pour les forces afghanes, l’acquisition d’une dynamique des opérations. Là est la pointe d’effort. Les opérations ont été la plupart du temps décidées et conduites par l’ISAF. Désormais, les forces afghanes doivent prendre l’initiative de lancer les opérations de manière aléatoire pour bousculer et gêner l’insurrection. 

Dans un affrontement asymétrique, l’occupation est un des points clefs pour dénier à l’ennemi toute capacité d’action et de nuisance. Tenir le terrain est essentiel et satisfait à plusieurs exigences en même temps : entraver le ravitaillement de l’insurrection, l’empêcher de constituer des zones-refuges, gêner ses opérations et montrer à la population que les forces loyales sont présentes et capables de les protéger. Si après une opération de ratissage, le terrain est laissé inoccupé, en quelques jours, le gain obtenu est perdu et l’insurrection reprend possession de l’espace. C’est pourquoi l’action militaire doit être suivie d’une action politique appuyée par une action de communication dans la zone reprise.
L’attitude active des forces afghanes est le garant d’une perception positive de la population à son égard. 


*


Le désengagement d’une force multinationale dans un pays comme l’Afghanistan exige souplesse et finesse en termes d’image. Comment se retirer d’un théâtre après plus de dix ans de présence sans donner l’impression d’un abandon pur et simple alors que le pays n’est pas pleinement autonome d’un point de vue militaire ? Aux opérations cinétiques succèdent les opérations liées à l’information qui devient l’outil de sortie de crise. C’est un moyen d’amener la transition en douceur et de gommer les imperfections. Subtil balance entre valorisation des succès et minimisation des erreurs, la bataille de l’information sort des schémas tactiques classiques et impose une vision globale de l’engagement. Elle suggère en outre une réflexion hors du strict cadre militaire du fait de la cible visée, la population civile.
Image
Image