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Armée de Terre dans la société

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SCYFCO: pierre angulaire d’un nouveau service citoyen?

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Par le Chef de bataillon Matthieu LARA

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Le modèle initié par Saint-Cyr formation continue (SCYFCO) est un exemple à suivre et à développer à l’échelle de toute la France. In fine, une centaine d'emprises militaires pourrait servir de base d’accueil en vue du rétablissement progressif d'un service citoyen d’une durée d’une semaine à un mois.

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Des cadres de Bouygues aux étudiants en Master of Business Administration (MBA) de l’ESSEC participant à des formations en leadership, des rugbymen suivant un stage au centre national d’entraînement commando (CNEC) aux chefs d’entreprises effectuant leur baptême de l’air à bord d’un Alphajet, les immersions dans l’univers militaire connaissent un succès croissant. L’école spéciale militaire de Saint-Cyr a d’ailleurs scellé de nombreux partenariats de formation avec des écoles comme HEC, l’ESSEC ou Sciences Po.

Créé en 2011, Saint-Cyr formation continue (SCYFCO) propose des formations liées au développement de l’esprit d’équipe, au leadership ou à la gestion de conflits au profit des entreprises, des grandes écoles ou des institutions publiques. Ces formations reposent sur des mises en situation pratiques et symbolisent un lien entre les mondes militaire et civil. SCYFCO, en plus de renforcer les compétences humaines de ses participants, représente un outil formidable: par la qualité de son encadrement (anciens militaires notamment issus des forces spéciales) et la pertinence des thèmes abordés, il séduit fortement le monde de l’entreprise.

Ce succès indéniable traduit la capacité de transformer un cœur de compétences militaires reconnues en un ensemble d’outils utiles et transposables au monde civil. Il démontre aussi qu’il existe un besoin non seulement au niveau individuel mais aussi sociétal alors que la résilience de la nation a été fortement éprouvée par les attentats djihadistes de janvier 2015 à Paris. À ce titre, ces attaques terroristes ont été révélatrices de la nécessité de renouveler un sentiment patriotique et républicain en France.

Une solution consisterait à élargir l’expérience de SCYFCO en s’appuyant sur les entités militaires existantes. En effet, la «journée défense citoyenneté» (JDC), rendez-vous citoyen obligatoire depuis la suspension du service national, présente des insuffisances. Limitée à une journée, la JDC repose essentiellement sur des présentations théoriques et se doit d’évoluer pour informer différemment et surtout convaincre. Ainsi, et pour aller encore plus loin, une adaptation des formations de SCYFCO aux besoins spécifiques de notre société pourrait, in fine, servir de base au rétablissement d’un service citoyen.

Succès et intérêt du modèle SCYFCO


Entre 2011 et 2014, SCYFCO a vu le nombre des participants à ses formations augmenter de 70%, son chiffre d’affaires pratiquement doubler pour atteindre plus d’un million d’euros et le nombre de formations quasiment tripler (54 stages en 2014 représentant 146 jours de formation).

Ainsi, SCYFCO a mis en évidence les apports que le monde militaire pouvait offrir au monde civil. En effet, il a prouvé la faisabilité du modèle et a ouvert des perspectives prometteuses. Il doit devenir une source d’inspiration pour le développement de formations qui ne se cantonneraient pas aux grandes entreprises ou aux grandes écoles. Désormais, les armées doivent prendre le relais et saisir l’opportunité de développer à plus grande échelle cette initiative.

De surcroît, tous les ans, de nombreux militaires se reconvertissent à l’issue de leur contrat ou par choix personnel. Les personnes qui ont un minimum de connaissance du monde militaire sont d’autant plus à même de comprendre l’intérêt de recruter des militaires dans leur entreprise. Par le truchement d’une formation dirigée par des militaires au profit de civils, les préjugés et les a priori s’effacent. Beaucoup seraient convaincus, à l’issue des formations, des plus-values incontestables en termes de savoir-être et de professionnalisme que représente le recrutement d’un ancien militaire dans leur entreprise.

L’approche innovante de SCYFCO élargie à l’ensemble des armées contribuerait fortement à leur rayonnement. Aussi, plusieurs axes de développement pourraient être envisagés.

Dupliquer et développer le modèle SCYFCO


·Une expansion géographique

Actuellement, l’implantation géographique de SCYFCO est relativement limitée à l’échelle nationale (camp de Coëtquidan, Angers, Saumur, Chambéry, École militaire de Paris). Toutefois, des partenariats ont d’ores et déjà été noués avec différents régiments et établissements militaires (Bordeaux, Bourges, Strasbourg, Orléans, Lille, Draguignan). Mais les emprises militaires composent un réseau qui pourrait être autant de «succursales» à l’échelle régionale ou locale. Par exemple, chaque emprise militaire du niveau du régiment de l’armée de Terre, de la base aérienne ou navale, serait en mesure de créer et développer à l’échelle de sa ville d’implantation ou de son département un pôle local décentralisé de SCYFCO.

·Une extension des populations cibles

Les formations de SCYFCO sont essentiellement réalisées au profit de grandes entreprises (Bouygues, Veolia, Vinci, Thales, Décathlon, Safran, Groupama…), et en particulier pour les cadres, de prestigieuses grandes écoles (HEC, ESSEC…) et d’institutions publiques. Même si SCYFCO a déjà réalisé des séminaires pour des mairies, des formations pour des entreprises locales et des élèves de master de l’université de Paris 2, ces formations demeurent, de facto, plutôt élitistes.
Or elles pourraient également être proposées à d’autres populations:
  • les petites et moyennes entreprises, voire certaines associations,
  • les écoles de management et d’ingénieur de renommée moindre dans un premier temps, voire les instituts universitaires de technologie (IUT) ou certaines universités. Pourquoi ne pas proposer certains stages aux lycées dans le cadre de l’enseignement de l’instruction civique?
  • les institutions publiques: des formations pourraient être instaurées dans le cadre de partenariats avec les préfectures et systématisées avec les mairies de villes accueillant une unité militaire en mesure d’assurer ce type de formation.

·Multiplication des thèmes de formation et exploration de thèmes connexes

Les thèmes principaux des formations de SCYFCO sont le leadership, la gestion de conflits, le développement de l’esprit d’équipe voire la gestion de projet ou la connaissance de la défense. Pour autant, l’expertise des armées ne se résume pas uniquement à ces thèmes. Par exemple, le retour d’expérience (RETEX), l’analyse après action, aussi appelé débriefing, sont bien souvent négligés dans les entreprises par manque de temps ou par peur des critiques. Or, dans les armées, le RETEX est une étape essentielle pour progresser, transmettre les savoirs essentiels et ne pas commettre les mêmes erreurs.

D’autres thèmes pourraient faire l’objet d’ateliers spécifiques ou de sujets de formation: l’exemple du travail en équipe en état-major ou de la formulation des ordres, la gestion du stress, l’adaptation au changement, les méthodes de raisonnement et la prise de décision dans un environnement incertain… Autant de domaines qui préoccupent, à titre personnel ou professionnel, nombre de Français. Par ailleurs, tout soldat ayant connu une projection opérationnelle sur un théâtre d’opération extérieur est en mesure de faire partager son expérience par le biais d’un témoignage. Ces témoignages suscitent bien souvent la curiosité et l’intérêt des auditoires et sont des véritables vecteurs de rayonnement pour les armées.

  • Coût de l’extension du modèle
Grâce à un dispositif de financement novateur permis par la loi de modernisation de l’économie et par la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, les revenus générés par SCYFCO viennent abonder le budget de recherche et formation des écoles de Coëtquidan.

Ainsi, dans le contexte de contrainte budgétaire que les armées connaissent depuis quelques années, transposer et développer le modèle de SCYFCO au niveau des armées serait un moyen de transformer en partie des unités, traditionnellement «centres de coûts» en «centres de profits» en mesure de réinjecter des bénéfices dans les budgets de fonctionnement des corps.

Certes, les militaires (d’active ou réservistes) en charge de cette mission ne seraient plus tournés uniquement vers leur cœur de métier militaire. De nouveaux postes devront certainement être créés et des investissements seront nécessaires pour permettre l’accueil de ces formations au sein des unités militaires. Par ailleurs, les salaires, les équipements et les locaux mis à disposition seront autant d’éléments à prendre en compte dans le chiffrage du coût. Il est clair qu’une étude de financement ultérieure sera nécessaire. Mais à ce jour, SCYFCO fonctionne avec une équipe limitée à sept membres permanents et a pourtant assuré 54 stages en 2014, soit la formation de 1450 stagiaires[i]. Surtout, il est important de garder en mémoire que SCYFCO est un modèle financièrement rentable à ce jour.
De plus, il n’est pas certain que les petites et moyennes entreprises à dimension régionale voire locale aient les capacités pour payer ces formations à l’instar des grandes entreprises qui ont déjà participé à une formation de SCYFCO. Toutefois, les formations proposées aux entreprises pourraient être notamment prises en compte dans le cadre du compte personnel de formation (CPF) qui remplace depuis le 1er janvier 2015 le droit individuel à la formation.

Dépasser le modèle: vers un nouveau service national?


Lorsque le service national a été suspendu en 1997, il a été précisé qu’il serait «rétabli à tout moment par la loi dès que les conditions de la défense de la Nation l’exigent ou que les objectifs assignés aux armées le nécessitent»[ii]. Alors que la France a vécu une épreuve traumatisante avec les attaques djihadistes du 7 au 9 janvier 2015, le président de la République a ordonné l’engagement de l’armée de Terre sur le territoire national à hauteur de 10.000 hommes.

Depuis la suspension du service national obligatoire, chaque Français a l’obligation de suivre une «journée défense et citoyenneté» (JDC). Or, aux yeux des jeunes, le seul intérêt de la participation à la JDC est l’obtention du document justifiant qu’ils y ont effectivement assisté, sésame pour leur permettre de passer leur permis de conduire notamment. Que retiennent au final les 800.000 jeunes Français qui sont accueillis tous les ans dans les 250 sites en France et hors métropole à l’occasion de leur JDC? Ce qui les marque le plus, c’est bien souvent l’initiation aux gestes de premiers secours[iii], une activité pratique qui pourra s’avérer utile dans leur avenir. Preuve s’il en fallait de la nécessité d’adapter les formations proposées aux besoins spécifiques des participants.

À terme, avec un réseau de pôles régionaux et locaux bien établis et reposant sur le dispositif des unités militaires, notamment des régiments de l’armée de Terre, il est envisageable de franchir une étape encore plus ambitieuse que la proposition de formations au niveau local.

Ainsi, alors que 80% des Français sont favorables à la remise en place d’un service national[iv], il serait possible d’imaginer que la «journée» défense et citoyenneté évolue en «semaine», voire en «mois». À cette occasion, les participants alterneraient des ateliers pratiques axés autour de l’esprit d’équipe, de l’engagement et du dépassement de soi. Autant de valeurs qui semblent parfois faire défaut aux jeunes de nos jours. Le tout renforcé de quelques connaissances élémentaires sur la défense, indispensables à la prise de conscience des risques et menaces qui peuvent toucher notre société. En fonction de sa durée, le programme de ce service citoyen pourrait être étoffé par d’autres activités comme la formation aux premiers secours (prévention et secours civiques de niveau 1 par exemple), une initiation à la préparation et remise en condition physique, voire la formation à la citoyenneté ou l’enseignement de connaissances civiques. Il est certain que ces jeunes tireraient davantage de profit personnel que lors des JDC. Avec une pédagogie adaptée, marque de fabrique de SCYFCO, ils comprendraient aisément l’intérêt de ce service dans leur vie professionnelle et en tant que citoyen français.

Conclusion


SCYFCO a montré aux armées que les savoir-faire relatifs à ses domaines d’expertise peuvent intéresser le monde civil. Le succès de SCYFCO a donné une impulsion. Désormais, cette initiative doit se développer à plus grande échelle. Plus qu’une option, c’est une opportunité à saisir pour les armées. Au final, un service rétabli contribuerait non seulement à développer un savoir-être citoyen mais il permettrait aussi de renforcer le lien armée-nation.

Le coût du rétablissement d’un service national pour au moins 600.000 jeunes par an a été évalué par certains analystes à 1,5 milliard d’euros pour une durée de trois mois[v]. Le service citoyen proposé dans cet article durerait un mois au maximum, mais il est à ce stade difficile d’évaluer son coût. Ce qui est certain, et à la différence de certaines propositions faites, c’est que le modèle prôné ici recevrait des bénéfices financiers qui permettraient de réduire son coût total. Dans tous les cas, ce coût sera sans doute inférieur au tribut qui risque d’être payé à l’avenir par la France en raison des conséquences de la déliquescence de son modèle sociétal.

Saint-cyrien de la promotion «Général Béthouart» (2000-2003), le Chef de bataillon Matthieu LARA a réalisé sa première partie de carrière au sein de régiments de transmissions avant de servir au corps de réaction rapide européen. Il a effectué plusieurs missions dans différents pays des Balkans, ainsi qu’en République de Côte d’Ivoire. Breveté de la promotion «Ceux de 14» de l’École de guerre, il suit actuellement un MBA (Master of Business Administration) à l’ESSEC (École supérieure des sciences économiques et commerciales). Au début de sa scolarité, il a eu l’occasion de suivre une formation organisée par SCYFCO.











[i] Chaque formateur de SCYFCO encadre un groupe de 10 personnes en moyenne.
[ii] Article L. 112-2 du Code du service national
[iii] Enquête de satisfaction de la journée défense citoyenneté, page 11, Dicod, janvier 2014
[iv] Ouest France Dimanche, 25 janvier 2015
[v] http://www.leparisien.fr/societe/bertrand-ump-un-nouveau-service-national-est-indispensable-pour-la-republique-19-01-2015-4459173.php
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