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Engagement opérationnel

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Sommes-nous préparés à combattre l’ennemi les yeux dans les yeux ?

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Par le Chef de bataillon Brillant

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« Je me souviens du terroriste qui m’a visé avec sa mitrailleuse. En une fraction de seconde, j’ai compris qu’il allait me tirer dessus. Puis j’ai senti les balles me transpercer le corps. Je me suis effondré sur le sol, mon fusil baissé. J’ai compris que la première balle m’avait frappé au dos, et j’ai pensé que la prochaine viserait ma tête ». Capitaine Yoni Roth de la 1ère Brigade d’Infanterie de Tsahal lors de la bataille de Bint Jbeil au Liban en juillet 2006.

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Le concept de guerre « zéro mort », lié à la notion de supériorité technologique, a longtemps donné l’illusion que les armées pouvaient gagner les batailles sans engager de troupes au sol, sans affronter l’ennemi en face à face. Bombes « intelligentes », drones et autres moyens techniques furent ainsi mis en œuvre de façon quasi-exclusive.
Toutefois, la réalité de la guerre a rapidement rattrapé ceux qui la déniaient. La complexité des conflits infraétatiques, le retour d’acteurs combattants « irréguliers » et le souci de mieux contrôler le milieu humain ont fini par rendre inopérante une stratégie uniquement fondée sur le dogme de la puissance aérienne. A ce titre, la guerre de juillet 2006 entre Israël et le Hezbollah a souligné toute la difficulté pour une armée conventionnelle moderne à affronter un ennemi hybride dilué dans la population, mais capable de mener de vraies actions de combat direct. 
Face à cette nouvelle donne, les forces terrestres ont été remises au cœur des engagements. Elles se retrouvent ainsi confrontées à une dangereuse problématique : la radicalisation de la violence armée. Du Mexique au Pakistan, en passant par le Mali et la Syrie, des groupes armés pratiquent une « violence décomplexée » qui n’a de sens qu’au travers de la terreur générée par la cruauté des modes d’action. Même si une logique asymétrique perdure[1], ces groupes n’hésitent plus à engager un combat jusqu’au boutiste en face à face. Sans risquer la caricature, le combattant « irrégulier », qu’il soit terroriste ou insurgé, s’attire la reconnaissance de ses pairs en combattant l’ennemi au corps à corps, avec l’idée de se sacrifier pour la cause.
Pour le militaire confronté à ce type d’ennemi, le défi réside avant tout dans la prise en compte psychologique de ce phénomène. En effet, savoir que l’on risque de se faire tirer dessus est une chose. Etre certain d’affronter l’ennemi à courte distance en est une autre.
Longtemps engagées dans des « missions à but humanitaire », durant lesquelles la rencontre avec l’adversaire n’était qu’un cas fortuit, certaines armées occidentales ont redécouvert depuis peu le combat rapproché en face à face. Au-delà de la nécessaire acceptation du risque de perdre des hommes, les forces terrestres sont-elles suffisamment préparées à tuer les yeux dans les yeux ?
En d’autres termes, comment s’assurer que le soldat saura combattre dans ces situations éprouvantes et accepter la violence de l’autre comme la sienne ?

En se recentrant depuis 2008 sur l’aptitude au combat rapproché et la « rusticité », les forces terrestres ont entamé la capitalisation d’une formidable expérience « guerrière ». Tout comme une entreprise qui mise sur « l’esprit » de sa marque pour attirer, fédérer et fidéliser clients et employés, l’armée de Terre a développé une culture collective propre, à la fois fixatrice d’identités et idéal à atteindre.
Comprendre l’importance du facteur humain au combat et notamment la nécessité de conserver cette fameuse culture du combat rapproché, sorte « d’esprit combattant », impose de se pencher sur des cas concrets explicites. Ainsi, l’étude comparée de l’emploi des troupes israéliennes lors de la guerre de juillet 2006 contre le Hezbollah avec celui de la force Serval face aux groupes armés djihadistes au Mali en 2013 est intéressante à plus d’un titre. Elle souligne à la fois les dangers courus par la perte d’une force de combat au sol résiliente, tout en mettant en lumière l’indispensable expérience à conserver.

L’ennemi continuera toujours à surprendre
Lorsque le Hezbollah a brutalement attaqué une patrouille de l’armée israélienne le 12 juillet 2006, aucun état-major de Tsahal n’avait la moindre idée de ce qu’était devenue la milice chiite. Tétanisé par la surprise et la violence de cette mortelle embuscade[2], le commandement de la région militaire Nord tergiversa plusieurs heures quant à la suite à donner à cet affront. L’envoi d’unités terrestres pour donner la chasse aux hommes du parti de Dieu tarda. Le souvenir de la première guerre du Liban avec ses engins explosifs improvisés avait encore un fort pouvoir inhibiteur. De plus, le chef d’état-major des armées israélien, le général aviateur Dan Halutz, était un grand partisan des frappes aériennes. Il pensait avant tout représailles par la projection de puissance et non pas guerre avec une projection de forces en territoire libanais. Ainsi, souvent décidées dans la précipitation, les opérations terrestres que Tsahal réalisa, n’apportèrent que de maigres résultats, quand celles-ci ne furent pas des échecs retentissants.
Le 19 juillet, le Sayeret Maglan[3] connut à ses dépens le premier échec de la force terrestre israélienne à proximité du village libanais de Marun Al Ras. Infiltré pour réaliser une mission de guidage pour d’éventuelles frappes de l’aviation, le commando israélien ne rencontra aucun obstacle durant sa progression jusqu’aux premières zones urbanisées. Surpris de ne pas trouver « une tente et trois kalachnikovs » en guise de position du Hezbollah, ses hommes se dévoilèrent. Aux aguets et bien retranchés dans leur abris souterrains, les miliciens chiites ouvrirent alors un feu nourri. Fixés sur place, les soldats de Maglan ne durent leur salut qu’à l’arrivée des chars Merkava de la 7ème brigade blindée, chargés de procéder à leur évacuation. Durant ces violents combats, les Israéliens furent stupéfaits de voir les membres du Hezbollah combattre avec des procédures similaires aux leurs, utiliser les lance-grenades RPG 7 comme des armes antipersonnel et surtout chercher le combat rapproché pour infliger un maximum de pertes.
Cette stupéfaction s’explique notamment par le tropisme du « tout-sécuritaire » qui avait envahi l’armée de Terre israélienne depuis les années 80. En effet, celle-ci était majoritairement employée dans des opérations de police en « Territoires occupés » (la fameuse culture « check point »). Privilégiant les actions de très faible envergure sans mise en œuvre de l’interarmes, elle avait perdu les réflexes combattants de la glorieuse armée du Kippour. Le fossé entre la réalité de l’ennemi et la perception de celui-ci par les forces terrestres s’était ainsi irrémédiablement creusé. Ce décalage se révéla encore plus douloureux lors de la bataille de Bint Jbeil.
Du 25 au 28 juillet 2006, plusieurs bataillons de Tsahal appartenant aux prestigieuses brigades Golani et parachutiste, tentèrent de s’emparer sans succès de cette ville clé du Sud Liban pour la poursuite de l’offensive vers le Nord du pays. Persuadé que l’aviation avait réduit à néant toute volonté de résistance, l’état-major de Tsahal avait conçu une opération simple, avec peu de soutien et presque pas d’appui. De fait, au petit matin du 25, deux compagnies d’infanterie de la brigade Golani pénétrèrent dans le centre-ville sans se méfier. Elles tombèrent alors dans le piège des miliciens du Hezbollah. Attaqués simultanément par plusieurs positions ennemies, les soldats israéliens subirent sans pouvoir riposter. En effet, sans les feux de l’artillerie ou des chars Merkava, les Golani ne purent que se réfugier tant bien que mal dans les habitations à proximité immédiate du lieu de l’embuscade. Bloqués dans celles-ci, les conscrits épuisèrent rapidement l’eau et les munitions, l’état-major n’ayant conçu qu’une action de courte durée (moins de 12 heures). Ce n’est qu’au bout de deux jours qu’ils finirent enfin par se replier et abandonner la ville après avoir perdu une soixantaine d’hommes dont dix-huit tués. Interrogés à leur retour, les « rescapés » confièrent leur stupeur d’avoir affronté des hommes extrêmement déterminés, « en uniformes impeccables avec leur plaque militaire recouverte de ruban noir pour ne pas briller dans la nuit ». Ils souligneront aussi la propension des hommes du Hezbollah à chercher l’imbrication systématique pour semer la confusion et démoraliser les troupes.

Pour les Forces de Défense Israéliennes, une des grandes leçons de cet « épisode » est directement liée à la perte de l’expérience de la guerre, et notamment d’une culture du combat rapproché. Armée de conscription, Tsahal ne dispose en effet que de très jeunes cadres. Rares sont les officiers ayant servi au Liban dans les années 80 et encore présents dans les unités en 2006. Même si le Hezbollah qu’ils avaient côtoyé à l’époque ne correspondait plus à la force paramilitaire qu’il était devenu, leur expérience du feu aurait pu être utile. De plus, sur le plan tactique, l’armée israélienne a clairement oublié les fondamentaux du combat : aucun rapport de force favorable n’a été mis en œuvre comme préalable à toute action terrestre. Pour la conquête de Bint Jbeil, les états-majors décidèrent d’envoyer des fantassins sans appuis, les Merkava ne pouvant se déplacer dans les ruelles étroites et l’artillerie fut jugée non indispensable…

Le sang versé en Afghanistan a servi au Mali
L’opération Serval au Mali apparaît aujourd’hui comme un véritable succès militaire. Toutefois, il ne faut pas oublier le chemin parcouru par les forces terrestres pour être au niveau d’un tel engagement[4]. Comme d’autres nations, il aura fallu un électrochoc pour remettre en question nos certitudes et accepter l’idée que nous n’étions pas prêts au combat, encore moins rapproché.
Pour la France, la surprise est venue d’Afghanistan. En effet, le durcissement des opérations à l’été 2008[5] a initié une véritable réflexion quant à l’état de notre préparation opérationnelle, jugée finalement déconnectée de la réalité. L’aguerrissement, les fondamentaux du combattant[6] ainsi que les procédures opérationnelles ont fait l’objet d’une remise à niveau sans précédent. De même, le processus du retour d’expérience a été rénové et davantage orienté vers les enseignements au combat, permettant ainsi d’adapter la doctrine d’emploi des forces, d’améliorer l’entraînement et surtout de créer le mécanisme de « l’adaptation réactive »[7].
Ces leviers, trempés par l’expérience du feu, ont fini par faire émerger une sorte de culture combattante, orientée sur l’engagement rapproché.  Mise à l’épreuve au Mali, celle-ci a démontré que les choix effectués par l’armée de Terre durant « l’aventure afghane » avaient été pertinents, notamment parce qu’ils contribuaient à préparer la guerre en général et non pas une guerre en particulier.
Engagés au Mali sur deux fronts distincts et distants de 500 kilomètres (région du grand Gao et le massif de l’Adrar des Ifoghas), les soldats français ont fait face à un ennemi fanatisé, entraîné et ultraviolent.
Au Nord, les groupes de combat d’Al Qaïda au Maghreb Islamique étaient installés en défensive. Certains de ces djihadistes, porteurs de vestes explosives cachées sous leurs tuniques, allèrent jusqu’à se rendre les mains en l’air pour ensuite se faire littéralement exploser dès qu’ils furent faits prisonniers. La Force tchadienne perdit ainsi 28 de ses soldats le 22 février 2013. Face à ce jusqu’au boutisme effrayant, le général commandant la brigade Serval se fixa alors un impératif : prendre l’ascendant sur l’ennemi en moins d’une semaine, avant que les limites physiques et psychologiques des unités ne soient atteintes. Les efforts furent concentrés dans la zone Nord du massif de l’Adrar, en direction des points clés du terrain[8] où l’ennemi semblait s’être retranché. Appuyée par l’ensemble des moyens de la 3ème dimension[9], la progression des unités de mêlée fut lente et méthodique, afin d’éviter toute imbrication favorable à l’ennemi. Aucun point de résistance des terroristes ne fut oublié. Lors des fouilles de certaines cavités et autres grottes, les contacts s’effectuèrent le plus souvent à très courte distance (- 5m), nécessitant parfois de pénétrer dans des anfractuosités très étroites, en s’allégeant au maximum. Plus de 200 djihadistes furent neutralisés durant les opérations Panthère.
Dans la zone Centre à proximité de Gao, le groupement d’infanterie blindée français ainsi que plusieurs sections maliennes ont combattu les sarrya[10] du MUJAO[11]. Le 1er mars, lors de l’opération Doro, un détachement franco-malien en reconnaissance à proximité du village d’Imenas, a engagé le combat avec un ennemi agressif et dissimulé dans la végétation. Combattant sans esprit de recul, les terroristes du MUJAO menèrent de véritables actions de freinage, contournant sans relâche pour défendre leur zone refuge. Durant ces 7 heures de combat, les djihadistes n’hésitèrent pas à monter à l’assaut des VBCI français avant d’être détruits par les tirs des canons de 25mm, à parfois moins de 20 mètres des engins. Les militaires français et maliens, débarqués de leurs véhicules, firent systématiquement face à des hommes déterminés, porteurs de ceintures explosives. Pour cette seule journée, 54 terroristes furent tués. Même si aucune perte amie ne fut à déplorer, les soldats français furent marqués par l’extrême détermination du MUJAO et par la vision des effets de leurs armes à très courte distance.

Une question dérangeante vient à l’esprit : le résultat sur le terrain aurait-il été le même si les unités françaises déployées dans le cadre du premier mandat de l’opération Serval n’étaient pas toutes passées par l’Afghanistan et son exigeante préparation opérationnelle ?

Mourir en martyr…et si possible pas tout seul
Face à une armée conventionnelle disposant de la supériorité technique, le combattant irrégulier n’a qu’un choix limité en matière de modes d’action pour infliger des pertes à l’ennemi et espérer, à terme, remporter la victoire. En effet, ne pouvant risquer de s’engager dans une bataille décisive, il va plutôt chercher à appliquer des tactiques de guérilla, dont l’objectif premier sera de se dissimuler pour frapper et  user progressivement la détermination des troupes conventionnelles. Le temps devient donc sa meilleure arme. S’il décide de mettre en œuvre une « stratégie d’évitement » pour préserver des ressources fragiles, il  frappera ponctuellement (attentats, pose d’engins explosifs, tirs de roquettes) pour entretenir un climat d’insécurité préjudiciable à la Force dans la durée. S’il choisit une stratégie plus offensive, il va patiemment préparer chacune de ses actions pour attaquer sur court préavis un objectif de préférence isolé, donc vulnérable[12]. Pour cette dernière, « l’irrégulier » doit prendre en compte ses propres faiblesses et les transformer en avantages difficilement parables. C’est notamment pour cette raison qu’il va systématiquement rechercher à engager le combat à courte, voire même très courte distance. A titre d’exemple, lors des accrochages de l’opération Doro au Mali, les combattants du MUJAO, dissimulés en zone boisée, attendaient le dernier moment pour se dévoiler et ouvrir le feu presqu’à bout portant.    
Ce souci de la confrontation rapprochée vise à inverser le déséquilibre entre le fort et le faible.
En effet, en misant sur l’imbrication, les éléments armés cherchent avant tout à neutraliser le véritable atout au combat de leur adversaire : les appuis de la 3ème dimension.
De plus, comme l’ont démontré les combats au Sud-Liban, un ennemi qui vous traque et cherche le corps à corps peut tétaniser et donc inhiber les réactions. A la fin de la guerre de juillet 2006, les soldats de Tsahal confièrent à certains médias[13] leur peur de repartir au Liban et d’affronter un ennemi surgi de nulle part, au plus près et souvent dans le dos.
Enfin, il ne faut pas négliger les « bénéfices » tactiques et psychologiques d’une action suicide perpétrée au cours de combats rapprochés. Ce n’est pas un hasard si nombre de membres d’AQMI et du MUJAO étaient porteurs de vestes ou de ceintures explosives, destinées en dernier recours à se suicider au contact des soldats de Serval. L’action suicide n’était pas vue comme une « mission en soi » mais plutôt comme le moyen le plus sûr de ne pas être pris vivant, tout en faisant diversion au profit d’autres camarades terroristes chargés de l’action principale. 

Plaidoyer pour la conservation d’une culture du combat rapproché
Même si les guerres se suivent sans se ressembler, les conflits récents dévoilent donc une constante dans la radicalisation de l’emploi de la violence armée. En conséquence, un des défis futurs pour les forces terrestres françaises sera de préparer ses soldats à combattre dans des conditions de plus en plus difficiles, face à un ennemi imprévisible et fanatisé, pour lequel la mort, la sienne comme celle de l’autre, est une victoire en soi.
Toute compétence acquise est vouée à disparaître si elle n’est pas régulièrement nourrie ou au moins entretenue. Lorsque les vétérans des conflits afghan et malien auront quitté l’institution militaire, le risque de perdre cette précieuse expérience sera bien réel. Ne pourrait-on alors pas utiliser la simulation pour préparer mentalement les soldats et ainsi remplacer tout ou partie de l’expérience perdue ?
La cellule de soutien psychologique de l’armée de Terre (CISPAT) répond par la négative en expliquant, d’une part que chaque individu étant différent par nature, la réaction aux horreurs de la guerre ne peut donc pas être prévisible, et que d’autre part, seule la confrontation avec la réalité crée le traumatisme. Ainsi, entraîner les soldats à recevoir des images de violence accrue par la simulation ne prépare pas à la guerre. Pire, la simulation pourrait avoir l’effet inverse soit en déshumanisant l’adversaire avec les risques du manque de discernement, soit en fragilisant certains sujets. L’excellence au combat doit donc se cultiver.
Comment construire alors cette force mentale qui pousse les soldats à se dépasser dans la pire des situations, celle du combat rapproché ?
La plupart des récits de guerre aborde cette problématique. La lecture de certains d’entre eux, notamment les ouvrages d’Erwan Bergot[14], met en lumière la force du collectif doublée de l’expérience du feu, comme facteurs d’émergence d’une culture du combat rapproché.
En s’affranchissant de la pudeur propre aux sociétés qui ne côtoient la guerre qu’au travers du prisme de la télévision, les forces terrestres doivent donc mettre l’accent sur la construction d’un « esprit combattant » et la conservation de cette forme particulière de culture qu’est celle du combat rapproché.
Mais qu’entend-on par esprit combattant ?
Ce schéma explicatif permet de mieux en cerner les constituants.
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Réduite à sa plus simple expression, cet « esprit combattant » pourrait se résumer en deux éléments constitutifs majeurs : l’esprit de corps et la préparation opérationnelle.
Le premier est le fil de l’émulation qui va lier et fédérer les soldats autour de valeurs communes, comme le culte de la mission, le sens du sacrifice ou bien encore le courage. C’est l’honneur de servir ou « le pour quoi je vais me battre ». On cherche à persuader, c’est-à-dire à agir sur les sentiments des soldats au travers de l’histoire des anciens et d’exemples de bravoure. Transmis au sein des régiments, cet esprit de corps garantit que « le tout » soit plus efficace que la somme des individualités aussi brillantes soient-elles. Cette cohésion doit servir de bouclier protecteur contre les adversités du combat.
Le second est l’aiguille qui tisse le fil de l’émulation en une maille solide et éprouvée. C’est la façon de se battre ou « le comment je vais affronter l’ennemi ». On cherche à convaincre, c’est-à-dire à agir sur la raison des soldats au travers de cas concrets travaillés à l’entraînement. Certes, rien ne remplace l’expérience du feu, mais une préparation opérationnelle réaliste en centre d’entraînement sera gage de crédibilité en mission. Cet entraînement doit amener les hommes à tutoyer leurs limites sans pour autant les user avant leur déploiement. A ce titre, le maintien du Détachement d’Assistance Opérationnelle de Canjuers est une nécessité pour ne rien perdre des enseignements durement acquis.

« Les démocraties ne préparent la guerre qu’après l’avoir déclarée ».
Bien que réaliste, cette citation de George Mandel n’est peut-être pas complète. Elle a certes le mérite de poser le problème de la compréhension des enjeux de défense dans nos sociétés éloignées de la souffrance que nos grands-parents ont pourtant connus. Elle ne fait cependant qu’effleurer une problématique plus vaste, celle de la différence d’appréciation du prix de la vie selon que l’on est « militaire occidental » ou combattant extrémiste. La mort d’un camarade fragilise la troupe militaire qui y est confrontée. Pour l’insurgé ou le terroriste, mourir n’est bien souvent que la suite logique de son engagement.
Sans susciter la polémique, le concept du « vivre ensemble » ne nous a-t-il pas rendus plus vulnérables face à un ennemi qui n’a pas la même conception de la vie ? 
Cette assertion doit être prise pour ce qu’elle est : un avertissement. Le déni de réalité qui habite aujourd’hui nos sociétés quant à l’idée de préparer la guerre, c’est-à-dire de s’entraîner à tuer son semblable, n’est pas partagé par d’autres nations. Cette différence initiale d’appréciation pourrait vite se muer en faute coupable le jour où les cartes seront rebattues…


[1] L’auteur entend par « logique asymétrique », le fait d’éviter toute confrontation frontale avec un ennemi plus fort. Le combattant irrégulier va plutôt chercher à frapper sur les arrières, parfois de façon indirecte afin de créer un climat d’insécurité propice à user les forces conventionnelles sur le long terme.
[2] 3 soldats furent tués et 2 enlevés.
[3] Les Sayerot sont des unités de forces spéciales réputées. Au niveau tactique, chaque brigade dispose de son propre commando. Au niveau stratégique, chaque armée met aussi en œuvre sa propre force spéciale : le sayeret Mat’kal pour l’armée de Terre, le sayeret Shaldag pour l’armée de l’air et le commando Yami pour la marine.
[4] Pour la majorité des soldats engagés au Mali, les conditions de combat ainsi que l’ennemi ont été jugés nettement plus éprouvants que ce qu’ils avaient connus par le passé, notamment en Afghanistan.
[5] Embuscade d’Uzbin du 18 août 2008 ainsi que l’envoi d’un bataillon dans la province de Kapisa, à l’Est de Kaboul.
[6] Notamment le tir et le secourisme au combat.
[7] Les documents de doctrine de contre insurrection, d’emploi des unités en zone montagneuse sont issus de cette remise en question. De même, le Détachement d’Aguerrissement Opérationnel (DAO) de Canjuers est né d’une démarche initiée par le RETEX. Processus d’étude et d’achat d’équipements en urgence, l’adaptation réactive a notamment permis la fourniture de matériels de protection individuelle (gilets pare-balle de nouvelle génération) et de surblindage pour les engins blindés.
[8] Les vallées d’Ametettaï et de Terz
[9] Avions de chasse, hélicoptères de combat, drones et canons d’artillerie.
[10] Une Saryya est un terme sahélien décrivant une compagnie, soit un peu plus d’une centaine d’hommes.
[11] Mouvement pour l’Unicité du Djihad en Afrique de l’Ouest.
[12] Ce mode d’action est bien explicité par la tactique sahélienne du « rezzou » qui vise à attaquer de façon brutale et surprise, avec des moyens très mobiles (pick-up), un objectif présenté comme « faible ».Le but ici n’est pas de s’en emparer mais d’infliger un maximum de destructions.
[13] A partir du 20 juillet, le journal Haaretz se fit régulièrement l’écho des angoisses des conscrits, appelés à faire une guerre pour laquelle seul le Hezbollah s’était préparée.
[14] La Légion au combat, Narvik, Bir-Hakeim, Dièn Bièn Phu et Les sentiers de la guerre aux Presses de la cité ; Commandos de choc en Indochine, les héros oubliés chez Grasset.
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