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Expériences alliées

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Tarawa ou l’atoll oublié

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Par le CBA Trautsolt

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Moins connue qu’Iwo Jima ou Guadalcanal, la bataille de Tarawa, en novembre 1943, a pourtant été déterminante dans la guerre du Pacifique pour les USA. Déterminante, car elle a permis aux USA de disposer d’un point d’appui dans le Pacifique et parce qu’il s’agissait du premier assaut amphibie de cette envergure d’où sera tiré un certain nombre de leçons et déterminante enfin dans la prise de conscience par le peuple américain des réalités de la guerre se déroulant dans le Pacifique.

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Tarawa ou l’atoll oublié




Moins connue qu’Iwo Jima ou Guadalcanal, la bataille de Tarawa, en novembre 1943, a pourtant été déterminante dans la guerre du Pacifique pour les USA. Déterminante, car elle a permis aux USA de disposer d’un point d’appui dans le Pacifique et parce qu’il s’agissait du premier assaut amphibie de cette envergure d’où sera tiré un certain nombre de leçons et déterminante enfin dans la prise de conscience par le peuple américain des réalités de la guerre se déroulant dans le Pacifique.



Tarawa : un intérêt stratégique inversement proportionnel à sa taille

Le choix de mener un assaut sur Tarawa a été pris en septembre 1943, les îles Marshall ayant été jugées bien trop protégées et trop éloignées, à plus de 400 km au nord ouest de Tarawa.

L’atoll de Tarawa, d’environ 1 km2, appartient à l’archipel des Gilberts et se situe à 4000 km au sud-ouest d’Hawaï et à 2100 km au sud-est de Truck, principale base navale américaine de la région située dans les îles Carolines.
Trois jours après l’attaque de Pearl Harbour, les Japonais décident de l’occuper, Tarawa devenant ainsi un enjeu pour la suite de la campagne. En août 1942, les Américains tentent une  première  fois  de  reprendre l’île  mais  échouent.  Malgré  cette  victoire,  les  Japonais décident de renforcer les fortifications de l’île afin d’en faire un bastion imprenable. Débute alors la construction d’une piste d’atterrissage sur l’île de Betio. Cette mission est confiée à l’amiral Tomanari Saichiro. En plus des forces d’élite amphibies, 2600 hommes, 1000 travailleurs japonais et 1200 travailleurs coréens sont mis à contribution pour faire de Betio une forteresse.
C’est ainsi qu’à l’intérieur de l’île, des réseaux de tranchée pour les soldats sont creusés ainsi que de nombreux fossés antichars. Près de 14 canons de défense, 40 pièces d’artillerie couvrant l’île à 360° et plus d’une centaine d’emplacements fortifiés pour mitrailleuses sont installés.
L’amiral fait également installer 4 canons de 200mm Vickers formant ainsi 2 batteries côtières sur la côte sud de l’île de Betio, une au sud ouest et une au sud-est. Ces batteries sont
composées d’un canon supérieur capable d’effectuer une rotation de 360° et d’un canon inférieur capable d’effectuer une rotation de 270°. Ces canons sont dirigés électriquement mais peuvent l’être aussi manuellement. Une tour d’observation, située à une vingtaine de mètres de la batterie, complète le dispositif. Il ne fallait pas moins d’environ soixante-dix hommes pour servir l’ensemble de la batterie.
L’amiral Saichiro fût bientôt remplacé par l’amiral Shibasaki, officier charismatique et très expérimenté, choisi pour insuffler un meilleur état d’esprit combattant. Sous son impulsion, les travaux de défense progressent plus vite tandis qu’une confiance totale s’installe dans l’esprit des Japonais, l’amiral ayant déclaré qu’il faudrait « 100 ans à une force d’1 million d’hommes pour parvenir à prendre Tarawa ».


Larmada de l’opération GALVANIC

L’amiral Spruance se voit confié la mission par l’amiral Nimitz de prendre Tarawa pour permettre d’avoir un point d’appui avant de se lancer à la conquête des îles Marshall.

Dès le début de la planification de la manœuvre, le renseignement apparaît comme une des clés de la réussite de l’opération. Les officiers renseignement de la 2ème division de Marines, en charge de l’assaut, peuvent s’appuyer sur le témoignage de nombreux Britanniques, Australiens et Néo zélandais, les îles Gilbert ayant été un protectorat britannique jusqu’en
1915.
Néanmoins, une opération de reconnaissance semble indispensable. Le sous-marin Sculpin
avec à son bord le capitaine de vaisseau Cromwell, commandant les divisions de sous-marins
203, 43 et 44 est envoyé en mission de reconnaissance à partir du 7 novembre. Ayant repéré un groupement naval japonais dans la nuit du 18 novembre, le Sculpin reçoit l’ordre de l’attaquer à l’aube. Au moment de l’attaque, le Sculpin est détecté ce qui l’oblige à plonger en profondeur. Afin de détecter une éventuelle présence ennemie résiduelle, le sous-marin remonte mais à cause de la défaillance d’un profondimètre non détectée par l’officier en charge des plongées, le sous-marin fait surface trop vite. Le destroyer japonais, le Yamagumo, resté  en couverture le prend alors à partie. Le CV Cromwell décide alors de replonger mais en est empêché par le destroyer. Il engage alors le combat en faisant surface pour permettre à

l’équipage quitter le sous-marin endommagé par les premières salves. Le CV Cromwell, de part ses fonctions, connaissait l’ensemble des plans liés à l’opération GALVANIC. Craignant de révéler ces informations classifiées pouvant mettre en péril l’opération, il reste à bord préférant  sombrer  avec  le   sous-marin.  Les   survivants  furent  fait   prisonniers  et   le CV Cromwell devint après la guerre un véritable héros et fût décoré à titre posthume de la Medal of Honor.


Début novembre 1943, ce sont donc près de 17 navires de guerre, 12 croiseurs, 66 destroyers et 36 transports de troupe, embarquant la 2ème division de Marines –soit près de 35 000 soldats
– qui prennent la direction de Tarawa.
La 2ème division de Marines, commandée par le général Smith, est forte de 6000 hommes. Ce chiffre est à comparer aux 4800 Japonais défendant Tarawa.
Devant le peu d’alternative des modes d’action, le général Smith planifie un assaut frontal par le nord de l’île qui présente le terrain le plus favorable et le moins de défense.
Avant l’assaut, le commandant des forces navales US, l’amiral Kingman annonce à ses troupes de débarquement « messieurs, nous ne neutraliserons pas Betio, nous ne la détruirons pas, nous la rayerons ! ».

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Lassaut

Le 20 novembre, jour J.
Peu après 5h, les premiers obus américains, tirés par les navires et par les avions, tombent sur
Betio. Au nord, l’heure H est repoussée par deux fois si bien que les tirs de couverture cessent avant que les premiers débarquements n’aient eu lieu laissant ainsi le temps aux Japonais de préparer leur défense en dépit de lignes de communication coupées. L’assaut sera composé de trois vagues successives embarquées sur amtracks, véhicules de transport de troupe amphibies. Mais ceux-ci ne peuvent s’approcher à moins de 500 m des plages à cause d’une barrière de corail, laissant les Marines avancer à découvert,

à la merci du feu ennemi.
A la tombée de la nuit, une unique bande de plage de 100 m de large et de quelques mètres de profondeur a été conquise. A la fin du premier jour, sur 5000 hommes engagés, 1500 étaient morts ou blessés.
Le 21 novembre, J+1.
Au début du deuxième jour, les 3 bataillons de Marines qui avaient réussi à prendre pieds reçoivent l’ordre d’attaquer à 6h pendant que les éléments de réserve franchissent la barrière de corail. Les défenses japonaises déciment encore une fois les nouvelles vagues de débarquement malgré une tentative d’attaque par l’est par un bataillon de Marines. Le débarquement de chars va alors permettre d’avancer vers l’ennemi.
Le 22 novembre, J+2.
Les trois bataillons progressent bénéficiant de l’appui des chars tandis que des troupes débarquent par le sud. A la nuit tombée, les Marines tiennent la partie ouest et le centre de Betio. Durant la nuit, les Japonais tentent de nouvelles contre-attaques sporadiques qui échouent systématiquement.
Le 23 novembre, J+3.
Au matin, seules quelques poches de résistance perdurent. Vers 13h, après trois jours de combat, Betio est considérée comme sécurisée.
Seuls 17 Japonais et 129 travailleurs coréens se rendent et sont faits prisonniers. Les Américains déplorent un millier de morts et plus de deux mille blessés.

Les leçons de Tarawa

Les nombreuses pertes américaines peuvent s’expliquer par de multiples raisons.
Un terrain défavorable : la présence de barrières de corail et une profondeur plus faible que prévue ont empêché les barges de débarquement de s’approcher au plus près des plages obligeant les Marines à avancer sous le feu ennemi pour atteindre le rivage.
Des   bombardements  de   préparation   (aériens   et   navals)   peu   efficaces :   malgré   ces bombardements, les défenses japonaises n’ont pas été totalement détruites ce qui rendra très difficile l’avancée des premières vagues de débarquement. Il faut ajouter à cela un manque de coordination entre les appuis et les troupes de débarquement, les tirs d’appuis s’étant arrêtés bien avant le premier débarquement.
La  tactique  employée  par  la  marine  a  également  contribué  à  desservir  l’assaut.  Le commandant de la force naval voulait que Betio soit saisi le plus rapidement possible afin de limiter le temps d’attente statique des bâtiments, période de vulnérabilité aux sous-marins et bâtiments ennemis. L’objectif était d’éviter ainsi les pertes de Guadalcanal. Il était donc convenu que dès la piste saisie, la flotte pourrait se redéployer.
Il faut enfin ajouter l’extraordinaire combativité des troupes japonaises qui appliquèrent à la lettre le Bushido (code des samouraïs selon lequel tout soldat ou tout groupe de soldats isolés a l’obligation de combattre jusqu’à la mort ou de se suicider).

Malgré les erreurs commises et les nombreuses pertes, la prise de Tarawa offre désormais un point d’appui dans la Pacifique pour les USA afin de poursuivre leur campagne. 9 semaines après cette bataille, l’amiral Nimitz quittera Tarawa pour aller conquérir les îles Marshall.

De nombreuses leçons seront néanmoins tirées de cette bataille. Au niveau du matériel, le blindage des chalands de débarquement sera renforcé et mieux réparti. Au niveau tactique, des équipes de démolition sous-marine seront créées pour pouvoir dégager le terrain d’éventuels obstacles (barrière de corail, obstacles de défense sous marine) afin de permettre de débarquer au plus près des plages.



Surtout Tarawa allait rapidement être un nom familier pour les Américains. En effet, avec les Marines allaient débarquer plusieurs photographes  militaires.  Ceux-ci  allaient  photographier  toute  la bataille et pour la première fois la filmer. Le résultat final fût si réaliste qu’il fallut l’autorisation personnelle du président Franklin Roosevelt, contre l’avis d’un certain nombre de ses conseillers, pour pouvoir projeter With the Marines at Tarawa1 aux Etats-Unis.

Des enseignements pour aujourd’hui

Moins connue que d’autres batailles du Pacifique, Tarawa mérite cependant d’être étudiée tant les leçons pour les engagements d’aujourd’hui sont nombreuses :
-     l’importance de la coordination interarmées ;
-     l’importance vitale du renseignement avant toute opération ;
-     l’importance de la prise en compte du facteur médiatique.
La confrontation avec un ennemi déterminé, prêt à mourir plutôt qu’à se rendre, n’est pas sans rappeler les combats contre les djihadistes au Mali ou les Talibans en Afghanistan ;
L’assaut amphibie d’une île fortement fortifiée reste une des manœuvres les plus complexes.


1 Le film est visible à l’adresse suivante www.youtube.com/watch?v=l4q4NZH-eVM.
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