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Engagement opérationnel

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Trois fondamentaux pour l’ALAT

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Par DESTIA

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En Afghanistan, en Côte d’ivoire, en Libye et au Mali, les cinq dernières années ont vu un engagement soutenu et remarqué de l’ALAT dans des situations tactiques exigeantes. Cette mise en valeur lors d’opérations couronnées de succès s’est par ailleurs accompagnée d’une reconsidération plus globale de la place de l’aviation légère au sein de l’armée de Terre, en dépit parfois de résistances sur le positionnement de l’aérocombat au cœur de la fonction contact et non plus dans le domaine des appuis. Une telle prise de conscience a sans doute bénéficié d’un contexte favorable et d’interventions imprévues. Elle repose néanmoins sur des fondements solides et sur la conjonction de plusieurs évolutions, matérielle et doctrinale notamment.

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En effet, c’est en grande partie la pertinence de quelques choix, et la fidélité à des principes forts qui ont pu garantir les succès récents. C’est donc en retour à ces choix qu’il convient de rester attachés pour assurer l’avenir, et ils tiennent en peu de mots : structure organique cohérente, doctrine aboutie et préparation opérationnelle sans concession, unités modulaires mais aux seules couleurs de l'armée de Terre. L'annonce abrupte de ces principes demande d'être expliquée plus en détail. Elle manque  aussi de  rendre  honneur  à  la  qualité  des  équipages et  leur  valeur  en opération, mais cet aspect pourtant primordial est intimement lié au processus de sélection  et  de  formation  initiale  qui  sortent  à  proprement  parler  du  domaine opérationnel traité ici et sur lequel nous pouvons dès à présent revenir.

L’organisation  en  mode  centralisé,  c’est-à-dire  le  commandement  et  le contrôle des régiments d’hélicoptères de combat par la division aéromobilité constitue un atout tant dans le domaine de la préparation opérationnelle que dans l’emploi. Elle représente en tout état de cause une solution cohérente et pertinente compte tenu de moyens limités.

Sans décrire par le menu le cheminement complexe qui sépare les aérostiers de Fleurus des équipages de Tigre survolant le désert malien, il n'est pas inutile de revenir sur les dernières étapes de l'évolution  ayant amené la direction des forces aéromobiles au sein même du Commandement des Forces Terrestres (CFT). En effet, c’est à la fin des années 90 que la structure actuelle se dessine. La contraction du format des armées provoque le regroupement de l’ensemble des unités au sein de la 4e  brigade aéromobile. Perdant en apparence le caractère interarmes affiché auparavant par la 4e Division Aéromobile, elle entame en réalité une reconquête de son intégration dans la manœuvre terrestre. Faisant passer progressivement l’action autonome au second plan, l’équipement et les capacités relativement homogènes des RHC placés sous un commandement unique permettent à l’ALAT de s’entraîner et d’agir aux côtés de l’ensemble des unités combattantes.  En 2010, la 4e BAM devient la division aéromobilité du CFT. Conservant le commandement direct des unités, cette adaptation présente l’avantage d’ancrer visiblement l’ALAT au cœur des forces terrestres. Mais une architecture très centralisée est-elle la plus adaptée pour nos unités ? En effet, le choix français est relativement original et ne correspond pas aux modèles retenus chez nos principaux alliés.

Le cas américain peut, il est vrai, être assez vite écarté dans la mesure où s'il est d'une efficacité redoutable, la différence d'échelle rend toute comparaison hasardeuse. Pourtant, une mise en perspective de l'importance accordée à l'Army Aviation est révélatrice de l'intérêt porté à l'aéromobilité. L'US Army étant articulée en divisions, chacune d'entre elles comprend une brigade aéromobile (Combat Aviation Brigade) lourdement équipée aux côtés de quatre brigades interarmes. Une transposition à ratio de forces équivalent se traduirait par la présence de deux brigades aéromobiles dans l'armée de Terre. Nous en sommes loin. Ce choix traduit pourtant la conscience aigüe aux Etats-Unis du rôle primordial de l'hélicoptère dans les conflits modernes.

La situation est encore différente du côté britannique où l'ensemble des unités composant l'Army Air Corps (AAC) constitue la base de la 16e Air Assault Brigade, véritable unité interarmes aéromobile…sur le papier. Ne comportant que des hélicoptères d’attaque et de reconnaissance, les unités de l’AAC restent trop cantonnées à un rôle d’appui1. Ce modèle comporte également l'inconvénient majeur de  n'exister  qu'en  un  exemplaire  unique.  Deux  conséquences  en  découlent  : quelques unités (bataillons d'infanterie et appuis de la 16 AA) sont parfaitement interopérables avec les hélicoptères tandis que le reste des forces s'en trouve plus éloignée encore. De plus, les nécessités opérationnelles et les relèves sur un théâtre d'opération imposent de mettre en œuvre les unités de l'AAC au profit de toute l'armée de Terre et non des seuls bataillons organiques de la brigade, reprenant ainsi d'une main ce qui leur est donné de l'autre.

Aussi le choix français paraît-il justifié car le plus abouti avec des moyens comptés. Le concept américain ou l'exemple britannique méritent l’attention mais la limitation drastique des ressources fait de leur concentration et de leur subordination à un commandement unique un gage d'efficacité. Il convenait néanmoins en décidant de dissoudre la 4e BAM de ne pas perdre l’essentielle capacité à commander un grand nombre d’appareils, afin de tirer tout le bénéfice de l’aérocombat dans la manœuvre interarmes. C’est le sens de l’action menée entre 2010 et 2011 et visant à garantir la pérennité d’un poste de commandement aéromobile.

Mais, au fond, pourquoi conserver une telle capacité se juxtaposant aux structures de commandement existantes (EMF, EM de BIA) ?

Au-delà du seul aspect tactique, la maîtrise des caractéristiques techniques et des procédures spécifiques à l'ALAT se révèle primordiale. Les possibilités multiples de l’hélicoptère sont aussi indissociables de contraintes dont la méconnaissance conduit immanquablement à un emploi inadapté ou un sous-emploi. De plus la capacité désormais reconnue à l'ALAT et démontrée en Libye de mener une action autonome de type raid ou destruction dans la profondeur rend nécessaire une capacité de commandement propre.

Pour répondre à cette exigence, la division aéromobilité (éventuellement renforcée), est  à  même  de  constituer  un  détachement  d'appui  aéromobile  (DAA)  venant s'intégrer au poste de commandement interarmes (brigade, division voir corps). Son but opérationnel est d’assurer toutes les fonctions tactiques nécessaires à la manœuvre aéromobile. Fort pour sa composante état-major d’une dizaine de personnes, armant l’ensemble des fonctions nécessaires, le DAA peut agir soit groupé  (il  peut  alors  commander  une  opération  limitée),  soit  réparti  dans  les différents niveaux de commandement et les différentes cellules d’état-major de composante tactique.

En cas d’engagement majeur (2 GAM2 ou responsabilité importante), le Poste de Commandement Aéromobile Principal (PCAP) sera déployé, seul ou adapté à un état-major de niveau supérieur.

Les applications opérationnelles de ces principes ne manquent pas et ont permis de valider  les  différents  types  d'intervention.  Ainsi  l'opération  Harmattan  a-t-elle nécessité la mise en œuvre du PCAP renforcé par les éléments non organiques (notamment en renseignement), démontrant au passage la capacité de conduire une action autonome sous commandement d'une task force interarmées.

Au terme -provisoire- d'un processus entamé dès les années 50, l'organisation des forces aéromobiles de l'armée de Terre paraît avoir atteint un format et une structure adaptés à la mission et compatibles avec les ressources allouées. On peut alors considérer que ce format, non idéal mais rationnel et désormais éprouvé, constitue l'un des piliers de l'ALAT. Une fois ce cadre établi il faut encore offrir aux équipages et aux chefs deux outils indispensables avant la mission : une doctrine et une préparation opérationnelle.

On ne peut concevoir de partir en guerre, ou en mission sans s'y être entraîné. Il faut pour cela des matériels, il faut également des ressources financières mais surtout il faut une vision du niveau à atteindre déclinée en savoir-faire, objectifs chiffrés et lignes d'efforts : c'est là tout l'objet de la préparation opérationnelle. On ne doit pas faire preuve à ce sujet de fausse modestie car la préparation opérationnelle des équipages de l'ALAT est bonne, en raison notamment de la cohérence de son mode d'élaboration et de son caractère générique. En pleine continuité avec les directives du CFT, la préparation opérationnelle de l'ALAT est décrite dans un document révisé annuellement3 fixant de manière exhaustive les objectifs à atteindre dans l'ensemble des domaines (technique et tactique, individuel et collectif). Tout en prenant en compte les nouvelles capacités et les enseignements éventuels des engagements récents, ce document de référence  fixe un entraînement à "la guerre". Cela signifie qu'en préalable à toute Mise en Condition à la Projection (MCP), les régiments, bataillons et escadrilles ont pour objectif le maintien d'un niveau opérationnel correspondant à un socle très large de compétences.

Ce choix ne va pas forcément de soi et nécessite de faire preuve de pédagogie envers ceux qui le mettent en œuvre. En effet, des objectifs exigeants et touchants de multiples types de vols et modes d'action se révèlent souvent difficiles à atteindre. La tentation est alors grande d'identifier ce qui "ne sert à rien", n'est plus adapté aux opérations du moment. Et pourtant. S'il reste une certitude c'est bien l'imprévisibilité de la guerre. Le meilleur exemple est celui de l'opération Harmattan : alors que la décennie précédente avait fortement orienté l'emploi des hélicoptères vers l'appui feu au contact (Close Combat Attack - CCA), il eut été facile d'abandonner la pratique régulière des exercices d'infiltration de nuit et de destruction dans la profondeur, ou encore de limiter l'entrainement aux opérations embarquées. C'est au contraire la volonté de conserver l'expertise dans ces domaines qui a contribué à mettre sur pied sans délais puis à relever un GAM dont les résultats peuvent être qualifiés d'exceptionnels. Cette satisfaction ne doit pas masquer cependant la fragilité de l'édifice, car pour fonctionner, il est incontournable de disposer d'un volume d'heures de vol suffisant. Certes la simulation offre un complément appréciable mais ne peut en  aucune  façon  se  substituer  au  vol  réel  qui  seul  reproduit  l'ensemble  des conditions  de  la  mission  (sentiment  de  risque,  météorologie,  perceptions sensorielles, etc). Les difficultés parfois inquiétantes des unités à réaliser les niveaux seuils ne doivent pas conduire à abaisser l'exigence mais à lutter sans relâche pour obtenir la disponibilité technique requise.

La qualité de la préparation opérationnelle est ainsi prépondérante dans la réussite de la mission, de même que la structure de commandement organique et opérationnelle se révèle cohérente. Afin de lier l'ensemble, de fournir une base de travail, un guide au cours de l'engagement et une référence commune à tous, une doctrine consolidée est indispensable. En effet, au même titre que la préparation opérationnelle, la doctrine doit se garder des modes pour conserver en trame de fond ceux des principes qui sans être immuables semblent validés par le temps et les expériences opérationnelles. Mais pour être pertinente, lue et comprise elle ne peut rester à la traîne des évolutions techniques et de la nature des conflits lorsque ceux- ci semblent offrir des caractéristiques constantes. Or, il est précisément remarquable de constater l'important effort de remise à jour et de prospective consenti dans ce domaine au cours des cinq dernières années4. Anticipant l'arrivée des nouveaux appareils et mettant à profit parfois avec une grande réactivité les retours d'expérience, les cellules impliquées sont parvenues à (re)construire un corpus doctrinal complet couvrant l'ensemble des niveaux, de la patrouille Viviane ou Tigre au sous groupement et groupement aéromobile (GAM). Un document en particulier mérite l'attention: l’ALAT 20.001 qui décrit avec précision l'emploi, le commandement au niveau tactique/opératif des forces aéromobiles. Cet outil et tous ceux qui constituent la doctrine ALAT doivent être diffusés et commentés en milieu interarmes en vue de développer la connaissance de l'aérocombat par les chefs et les états- majors.

Pour réussir l'examen nous avons décrit la structure de l'école, nous avons convenu qu'il fallait un programme, des cours et des exercices. Avec une trousse complète il reste encore la classe. Celle-ci gagne à la mixité mais ne peut combiner les filières. L’armée de Terre doit ainsi disposer de toute la gamme des moyens en ne dissociant pas outre mesure les différentes catégories afin de garantir la parfaite interopérabilité du tout.

Les opérations récentes ont confirmé la nécessité du travail en patrouille mixte, c’est- à-dire la réalisation d’une mission par un module incluant tout ou partie des capacités d’appui, destruction, transport. Or, ce qui est adopté en opération doit correspondre à ce qui est fait à l’entrainement. L’appartenance de l’ensemble des capacités (manœuvre,  reconnaissance,  attaque)  à  l’armée  de  Terre  est  un  facteur  de cohérence et d’efficacité. Elle s’appuie sur le partage d’un socle commun acquis dans les écoles de formation et sur le caractère multi rôle des RHC. Disposant de toutes les composantes, le régiment assure la connaissance réciproque des équipages et des procédures mais permet la préparation opérationnelle spécifique par domaine au sein des bataillons (ou des escadrilles).

  encore,  ce  système,  toute  proportion  gardée,  nous  rapproche  du  modèle américain lui aussi très cohérent, à l’inverse du modèle anglais où les hélicoptères sont depuis longtemps répartis par rôle au sein des trois armées. De manière schématique, les capacités de  transport appartiennent à la Royal Air Force (et la Royal Navy) tandis que les hélicoptères de reconnaissance ou d'attaque constituent l'Army Air Corps. Ce choix entraîne une différence notable de culture des équipages et une séparation organique hors projection. A cela s’ajoute une difficulté de commandement puisque l'emploi opérationnel des hélicoptères ne peut se concevoir que dans une action combinée des différents types d'appareils. Cette difficulté à donc amené les britanniques à créer le Joint Helicopter Command (JHC), organe interarmées visant à coordonner l'emploi et l'engagement des moyens, avec toute la friction que représentent les arbitrages permanents entre armées.

C’est en ce sens qu’il faut se garder du leurre de l’interarméisation des capacités hélicoptère. De la même manière que la Marine et dans une moindre mesure l’armée de l’Air conservent des savoir-faire spécifiques répondant pleinement à leur domaine d’emploi (lutte anti sous-marine, secours en mer, défense aérienne du territoire), l’ALAT seule peut s’inscrire naturellement dans la manœuvre tactique terrestre à travers son concept d’aérocombat. Cette affirmation ne sous-entend en aucun cas une différence de compétence des équipages. Elle remet néanmoins en cause une tendance actuelle consistant,  par manque de moyens,  à combler  des  capacités insuffisantes de l’ALAT par un renfort de l’armée de l’Air en opération5. Ce procédé ne peut masquer les différences de culture, de procédures, de préparation opérationnelle mais aussi le coût logistique inacceptable induit par deux modes de maintenance différents. La diminution de moyens ne peut s’accompagner que d’une concentration, d’une centralisation de ceux-ci. Chaque armée doit ainsi disposer du juste équipement pour accomplir la mission correspondante sans renforcement. La réflexion des chefs militaires doit alors porter sur la pertinence de telle ou telle mission spécifique pour accorder ensuite les moyens adéquats à la composante de mise en œuvre.

Ainsi a-t-on pu voir sur quelles bases essentielles s’est développée l’ALAT d’aujourd’hui pour en faire une arme efficace, par la conjonction de savoir-faire maîtrisés, de la montée en puissance du concept d’aérocombat et de l'entrée en service des appareils de nouvelle génération.

Il ne faut pas croire pour autant que le modèle atteint  est désormais figé. Tant les avancées technologiques que la nature versatile des conflits exigent une adaptation permanente de l'outil militaire, mais celle-ci peut se poursuivre sans remettre en cause les principes que nous venons de passer en revue car ils constituent un cadre qu'il convient de stabiliser en permettant l'évolution du contenu.

Il apparaît aussi que le niveau atteint et le rapport favorable du volume de moyens engagés aux résultats obtenus peuvent difficilement être remis en cause. Ils impliquent  cependant  un  coût  élevé  et  nécessitent  des  investissements considérables pour la formation et l’entraînement des équipages puis dans l’acquisition et le maintien en condition opérationnelle des matériels dont on sait qu’il est toujours croissant.

Alors, si les fondamentaux évoqués ici sont pour partie immatériels (doctrine) ou d’un coût non critique (structure organique), il demeure qu’en période de contraction budgétaire et de choix pour l’avenir de notre défense et de notre Armée de Terre, le maintien des efforts au profit des unités de l’aérocombat constitue une nécessité et un choix pragmatique pouvant être exprimé ainsi : un coût humain et un volume de force limité pour un résultat opérationnel important. Il impose néanmoins un certain courage en cas d’arbitrages : celui de ne pas procéder à de nécessaires efforts financiers par une réduction homothétique des capacités mais à privilégier la sauvegarde de matériels modernes et des qualifications élevées, c’est-à-dire à ne pas se priver ou réduire fortement ce qui est long et difficile à obtenir après un abandon. D’autres Nations ont fait ce choix d’avenir en préservant l'aéromobilité malgré de sévères restrictions budgétaires. Il serait dommageable de ne pas en tenir compte.

1 Les conséquences de cette différence notable d’organisation se sont manifestées au cours de l’opération Harmattan. L’absence de capacité de commandement et d’une doctrine d’aérocombat ont conduit à un emploi

2 GAM : groupement aéromobile.

3 La Directive Annuelle de Préparation Opérationnelle (DAPO)

4 Trois documents majeurs ont notamment été publiés entre 2011 et 2012 : ALAT 10.001 Concept d’emploi des Forces Aéromobiles au sein de l’armée de Terre, ALAT 20.001 Doctrine d’emploi des forces aéromobiles de l’armée de Terre, ALAT 30.401 Manuel d’emploi du groupement aéromobile/ GTIA à dominante a érocombat.

5 Ce cas de figure s’étant produit en Afghanistan puis au Mali ne repose sur aucune nécessité opérationnelle avérée. Il est à différencier de l’engagement conjoint d’hélicoptères Terre et Air lorsqu’il s’agit de répondre à un besoin spécifique (cas de la recherche et sauvetage au combat- RESCO- en Lybie.



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