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Histoire et Stratégies

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Un exemple d’espace lacunaire contrôlé: La bataille de la Marne, côté allemand

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Par le Lieutenant-colonel CLAUDE FRANC

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Depuis la disparition des dispositifs linéaires des créneaux de l’Alliance, une notion agite beaucoup les esprits en matière de réflexion tactique, celle dite des espaces lacunaires. Il s’avère qu’en la matière, l’exemple de la bataille de la Marne est édifiant.

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Lors de la bataille de la Marne, c'est un intervalle de 120 km de profondeur sur 60 de large, survenu dans le dispositif allemand entre les deux armées de l'aile droite qui a occasionné la prise de décision de la retraite.
 
Comment s'est constitué ce véritable «espace lacunaire» et comment le commandement allemand s'y est-il pris pour résoudre le problème auquel il était confronté?
La création de l'intervalle entre les 1ère et 2ème armées allemandes
 
Au matin du 6 septembre 1914, les corps d'armée de premier échelon de l'aile droite allemande en poursuite des armées françaises et britanniques et composée des 1ère (von Klück) et 2ème armées (von Bülow), ont franchi la Marne et ses affluents sud, les Grand et Petit Morin. Paris est masqué et von Moltke pense donner l'estocade à une armée française défaite aux frontières. Il avait, au préalable, confié la coordination des armées de l'aile droite à Bülow, le plus ancien des commandants d'armée qui, de ce fait, exerçait véritablement des responsabilités de commandant de groupe d'armées. C'est dans ce cadre que, depuis le retour offensif français de la 5ème armée à Guise, fin août, Bülow avait prescrit à Klück de progresser en échelon refusé par rapport à lui, de manière à le couvrir, le cas échéant. Mais, s'appuyant sur de vagues directives de l'O.H.L. (le haut-commandement allemand) qui lui lâchaient la bride, le commandant de la 1ère armée n'en a eu cure et a poursuivi sa propre progression, sans tenir compte de la demande de couverture de Bülow. Ses têtes se trouvaient même en avance par rapport à celles de la 2ème armée, début septembre.
 
C'est dans cette situation que Joffre déclenche la contre attaque de la 6ème armée de Maunoury dans le flanc exposé de Klück, depuis la vallée de l'Ourcq, tout en portant un immense coup d'arrêt à la progression allemande sur toute l'étendue du front depuis le sud de la Marne jusqu'à Verdun, tout en s'assurant du «verrouillage» du Grand Couronné et de la trouée de Charmes.
 
Surpris par cette action à laquelle il ne s'attendait nullement et constatant qu'elle pouvait constituer un menace sérieuse, Klück fait, en pleine bataille, roquer deux corps d'armée du sud vers le nord ouest de son dispositif. Mais, ce faisant, s'il se garde au nord, il perd la liaison avec la 2ème armée à son est. Privé pour la première fois de la campagne de sa liberté d'action, son aile droite bloquée dans sa progression, le commandement allemand est dans l'impossibilité de manœuvrer son aile marchante. Pire, du fait de l'indiscipline de Klück, les deux armées d'aile droite progressent de manière divergente, si bien qu'au lieu de se soutenir mutuellement, elle se trouvent disjointes et, lorsque Klück s'est trouvé dans l'obligation de prélever des forces sur son échelon de tête pour parer l'attaque de Maunoury, il a irrémédiablement créé un intervalle entre son dispositif et celui de Bülow. La brèche ainsi créée accuse une profondeur de 120 kilomètres sur une soixantaine de large.
La prise en compte du problème par le commandement allemand
 
Confronté à ce péril mortel, le chef d'état major allemand, von Moltke envoie auprès des commandants d'armées son chef du bureau Renseignement, le lieutenant-colonel saxon Hentsch, avec une totale délégation de pouvoir. C'est lui qui décide le repli de l'aile droite allemand qui devait, à court terme, amener la disparition de cette brèche.
 
Mais auparavant, Moltke avait pris des mesures conservatoires; notamment, puisqu'il lui était impossible dans l'immédiat de résorber cette brèche, il avait décidé de la masquer par un rideau de cavalerie, mission confiée au corps de cavalerie commandé par von der Marwittz. Ce n'était pas là un emploi courant des grandes unités de cavalerie, mais face à un problème inédit, Moltke a su trouver une solution palliative. Lors de la retraite jusqu'à l'Aisne, c'est ce rideau de cavalerie qui a masqué ce véritable «espace lacunaire» entre les deux armées allemandes de l'aile droite. Mais quand bien même: Joffre avait réussi à porter un coup d'arrêt à l'avance allemande, puis à faire retraiter son adversaire, mais il ne disposait plus, au bout d'un mois de campagne épuisant au cours duquel les pertes furent lourdes, du moindre outil d'exploitation; les corps de cavalerie français, épuisés et squelettiques, étaient incapables d'une action d'ensemble, même si une de leur division a réussi à manœuvrer pratiquement jusqu'au camp de Sissonne[1], démontrant la persistance de cet intervalle ouvert jusqu'à la mi- septembre.
Enseignements
 
Résultat d'une faute tactique de von Klück qui avait contrevenu aux ordres de Bülow, l'espace lacunaire entre les 1ère et 2ème armées allemandes - à l'époque on le dénommait intervalle ou brèche - devait impérativement être contrôlé pour éviter l'enveloppement de la totalité de l'armée d'aile droite, la 1ère de Klück. Ne pouvant faire prendre en compte cette mission par aucune des deux armées concernées, et ne disposant d'aucune réserve à cet effet, Moltke eut recours à un subterfuge en utilisant un corps de cavalerie entier pour la masquer sous la forme d'un rideau de cavaliers déployés et retraitant au même rythme que l'ensemble de l'aile gauche. Ainsi, Moltke a-t-il pu conserver la cohérence de son dispositif d'ensemble durant toute la phase extrêmement critique de la retraite, ce qui a permis son rétablissement sur l'Aisne à hauteur de laquelle le front a commencé à se figer.
 
 
 
[1] Voir l'ouvrage du général Chambe: Adieu cavalerie.
 
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