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Sciences et technologies

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Intelligence économique et renseignement

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Par le chef d'escadron FRANÇOIS-PIERRE DU CLUZEL de REMAURIN

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Définie au tournant des années 90 et liée aux évolutions géopolitiques, l’intelligence économique est au cœur de la bataille économique mondiale. Empruntant beaucoup au monde du renseignement, elle prend une place toujours plus importante dans la vie des Etats, mais souffre encore d’une image trouble en France.

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L’intelligence économique (IE) emprunte beaucoup au monde militaire et les références qui lui servent de base font appel à des stratèges militaires, de Sun Tsu à Clausewitz.

Apparue tardivement en France par rapport à de nombreux pays, notamment anglo-saxons, l’intelligence économique a été définie au tournant des années 90. Elle se distingue d’emblée du monde du renseignement par le fait qu’elle repose exclusivement sur des fondements légaux ; ni barbouze ni agent secret, uniquement des sources ouvertes… Intimement liée à la géopolitique (on parle de plus en plus de géo-économie), l’IE a connu ces dernières années une progression fulgurante. Pour cela, elle a été codifiée puis a développé à la fois des modes d’action et des outils efficaces de veille.

En France, par la grâce de quelques précurseurs, l’IE prend une place toujours plus importante et l’État y joue un rôle essentiel, même s’il reste encore à insuffler une vraie culture de l’intelligence économique.

Une évolution complexe

L’effondrement du monde bipolaire a été le point de départ d’un changement radical d’objectif pour les États ; la grille de lecture des rivalités entre les puissances était à peu près univoque, mais, en quelques mois, les alliés d’hier devinrent des adversaires potentiels dans ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la «guerre économique».

Les États-Unis l’ont bien compris qui ont «reconverti» prestement de nombreux agents de leurs services de renseignement, à des fins stratégiques, mais sur un autre terrain de bataille. Cette décision fut naturellement dictée par l’importance croissante des affrontements commerciaux dans le jeu global de la concurrence entre les puissances.

Car aujourd’hui la recherche de la croissance économique et financière est considérée comme une priorité absolue, parfois bien au-delà de la capacité à dominer militairement l’adversaire, notamment pour les puissances dites moyennes. Pour étayer cette idée, on peut noter que le politique se met de plus en plus au service des intérêts économiques des entreprises ; ainsi, les voyages présidentiels sont l’occasion pour les chefs d’État de jouer les VRP des entreprises.

À cela s’ajoute que nous sommes entrés de plain-pied dans l’ère de la société de l’information et de l’économie de la connaissance, qu’on a souvent tendance à confondre et qui sont pourtant bien distinctes : l’information se rapporte à la médiatisation tandis que l’économie de la connaissance signifie l’utilisation de données à des fins d’action (le terme utilisation renvoyant à l’analyse et l’interprétation des données).

En outre, le capitalisme actuel sous-entend une concurrence toujours plus vive avec pour objectifs le plus grand profit possible et l’élimination de l’adversaire. On comprend donc l’intérêt pour les entreprises d’utiliser de manière offensive l’information et la connaissance.

Ainsi, pour reprendre la célèbre formule provocatrice de John Arquilla et David Rundfeldt, «ce n’est plus celui qui a la grosse bombe qui l’emportera dans les conflits de demain, mais celui qui racontera la meilleure histoire».

Codification et outils de l’IE

La définition communément admise en France de l’intelligence économique souligne que l’IE «regroupe...l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économiques…» (extrait du rapport Martre 1994).

Même si la mauvaise image en France du monde du renseignement a sans doute dicté le choix du terme «d’intelligence économique» (plutôt que «renseignement économique»), il n’en demeure pas moins que celle-ci s’est largement inspirée du renseignement militaire.

Le cycle de l’information n’est d’ailleurs que la transcription intégrale du cycle du renseignement : expression des besoins, collecte, traitement et diffusion.

Là où l’intelligence économique diverge du renseignement, c’est dans les objectifs qu’elle poursuit et ce faisant dans son but ultime : il s’agit in fine de maîtriser et d’exploiter l’information par le biais de sources ouvertes exclusivement.

Pour cela, l’intelligence économique consiste en trois volets distincts :

·                veille sur l’environnement (technologies, marchés, réglementations, concurrents, clients…)

·                protection de l’information (propriété industrielle, sécurité des systèmes d’information, formation du personnel…)

·                stratégies d’influence (lobbying, travail en réseau…)

L’outil principal du «veilleur» est naturellement l’outil informatique ; le savoir et l’information sont disponibles à tous via Internet. L’explosion du volume d’information amène une hausse exponentielle de la complexité et il devient ainsi extrêmement difficile de déceler les signaux faibles puis de les analyser. Trop d’informations peuvent tuer l’information en somme (c’est d’ailleurs sans doute la raison d’être du futur système HERISSON), mais cela peut aussi apporter un accès à des informations inédites et utiles à la prise de décision. Mais on ne saurait faire reposer toute la pertinence de l’intelligence sur la veille des réseaux de l’information. Ici, comme pour le renseignement, il s’agit d’avoir des capteurs humains spécialisés dans la recherche et la protection de l’information d’origine humaine. Il en va de même de la sécurité et de la compétitivité des entreprises.

État des lieux en France

La France a pris en marche le train de l’IE et accuse encore un certain retard en la matière, à l’exception des grandes entreprises nationales qui ont d’ores et déjà mis en place les outils indispensables à leur survie. L’État a le devoir d’assurer la protection et la sécurité économique du pays au même titre que la défense nationale. Il s’agit là d’une mission de souveraineté qui doit permettre in fine de défendre le patrimoine industriel français via la législation, les normes, les brevets…Tous les domaines industriels sont concernés et pas seulement les industries dites sensibles ou à très haute valeur ajoutée. Or, le problème se pose avec acuité pour les PME (petites et moyennes entreprises) qui n’ont rarement ni les moyens de se défendre des agressions d’entreprises puissantes, ni conscience des dangers qui les guettent. L’action de l’État, dans le respect absolu des règles et conventions internationales, est donc totalement légitime. Aujourd’hui donc, l’intelligence économique est organisée par les pouvoirs publics de façon rationnelle et tous les services de l’État y concourent, des ministères aux ambassades. En quelques années, la France a su développer des ramifications de l’intelligence économique jusqu’aux plus près des utilisateurs (Chambres de commerce, universités, centres régionaux de veille stratégique…)

Cela étant, bon nombre d’entrepreneurs sont encore peu au fait des avantages stratégiques que peut leur procurer l’IE. Cela tient aussi bien à la méconnaissance de l’autre (en particulier de la concurrence) qu’au fait que l’intelligence économique est souvent confondue avec le renseignement à l’image sulfureuse en France. La majorité des entrepreneurs des pays amis ou rivaux, occidentaux ou non, n’a pas ces scrupules…

Il y a donc indéniablement un lien entre le renseignement et l’intelligence économique; l’explosion de la société de l’information a bouleversé les rapports du monde et le renseignement devient une activité toujours plus proche de ce qu’est l’intelligence économique tant il est vrai que la majorité des renseignements utiles sont à portée de main. Encore faut-il savoir où chercher, comment trouver et analyser.



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